SOS Enfants : Les enfants en Haïti face à une polycrise

Les chocs successifs et l’instabilité mettent en péril l’avenir de toute une génération

Haiti. A child gazes to the camera as he waits for his turn at a UNICEF-supported mobile clinic in Boucan Carré, Haiti.
UNICEF/UNI792737/Joseph

Haïti est confronté à une crise humanitaire dévastatrice, qui évolue rapidement. Les enfants en paient le prix fort, alors que la violence ne cesse de s’intensifier, que les déplacements internes se multiplient et que les familles sont privées de services élémentaires, notamment de nourriture, de soins, d’éducation et de protection.

Si aucune mesure ferme n’est prise, l’avenir de toute une génération est en péril.

En bref

Haïti. Une fillette est assise, un crayon à la main, à un bureau installé dans une école temporaire
UNICEF/UNI653421/Rouzier

Quelles sont les conséquences pour les enfants ?

En 2025, en Haïti, plus de 3,3 millions d’enfants ont besoin d’une aide humanitaire. Le niveau d’insécurité sans précédent a conduit au déplacement de plus de 680 000 enfants, souvent à plusieurs reprises. Parallèlement, la malnutrition aiguë, le recrutement des enfants, la violence liée au genre et d’autres violations graves des droits des enfants ont également augmenté.

Quelles sont les causes de la crise ?

La crise qui touche actuellement Haïti ne s’explique pas par un événement unique, mais par des décennies de chocs successifs et par une instabilité chronique. La fragilité politique associée aux inégalités économiques, aux catastrophes naturelles et à l’affaiblissement des institutions a créé l’une des situations d’urgence humanitaire les plus complexes au monde.

Pour beaucoup de familles, tout a basculé avec l’assassinat du président Jovenel Moïse, en 2021, qui a plongé le pays dans un vide politique et a entraîné une escalade brutale de la violence armée. Depuis, les groupes armés ont étendu leur contrôle à différents quartiers, aux ports et aux routes nationales, paralysant les services, perturbant les échanges commerciaux et terrorisant les communautés.

Parallèlement, les Haïtiens ont subi plusieurs catastrophes naturelles. Pour ne parler que des 15 dernières années, le pays a été frappé par un tremblement de terre de magnitude 7 en 2010, par l’ouragan Matthew en 2016 et par un autre séisme de magnitude 7,2 en 2021. Ces catastrophes ont détruit les infrastructures, affaibli les stratégies d’adaptation et mis en difficulté un État déjà fragile.

Haïti. Un garçon se tient devant un bâtiment détruit dans le quartier Capicot Camp Perrin à Haïti.
UNICEF/UN0503463/Rouzier Un garçon se tient devant un bâtiment détruit dans le quartier Capicot Camp Perrin, en Haïti.

Les enfants en Haïti sont confrontés à une crise de protection urgente

Aujourd’hui, en Haïti, les enfants ne sont pas seulement des victimes collatérales. Ils sont directement ciblés. L’ampleur et l’intensité de la violence envers les enfants et les femmes ont atteint des niveaux très préoccupants, les violations graves des droits des enfants étant désormais quotidiennes dans les zones contrôlées par les groupes armés.

Le traumatisme constitue le quotidien d’innombrables enfants, et si les services de protection ne sont pas rétablis d’urgence, une génération entière risque de grandir dans la peur, exposée sans cesse à la violence et à l’exploitation.

Haïti. Une femme porte sa fille sur le dos après avoir fui le quartier Carrefour-Feuille à Port-au-Prince à la suite d'attaques menées par des groupes armés.
UNICEF/UNI769137/Noel Une femme porte sa fille après avoir fui le quartier Carrefour-Feuille à Port-au-Prince à la suite d'attaques menées par des groupes armés.

La santé et la nutrition des enfants menacées à long terme

Plus de 1 million d’enfants sont en situation d’insécurité alimentaire sérieuse. Dans de nombreux endroits concernés, l’insécurité et les activités des groupes armés empêchent les familles d’accéder aux marchés alimentaires et à l’aide humanitaire. La hausse des prix des produits de base a réduit le pouvoir d’achat des familles, les obligeant à sauter des repas ou à adopter une alimentation pauvre en nutriments.

Dans beaucoup de sites pour personnes déplacées et de zones contrôlées par les groupes armés, les infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement se sont effondrées. Plus de 1 million d’enfants n’ont pas régulièrement accès à de l’eau salubre, ce qui accroît le risque de maladies transmises par l’eau.

Le système de santé est débordé et sous-doté, et l’insécurité a entraîné la fermeture de nombreux centres de santé, en particulier à Port-au-Prince et aux alentours. La couverture thérapeutique de la malnutrition demeure quant à elle dangereusement faible, bien inférieure au seuil requis pour prévenir une crise plus importante.

Haïti. Une enfant serre son père dans ses bras dans la salle de vaccination de l'hôpital Justinien à Cap-Haïtien.
UNICEF/UNI578167/Le Lijour Une enfant serre son père dans ses bras dans la salle de vaccination de l'hôpital Justinien à Cap-Haïtien.

Des obstacles considérables à l’apprentissage

Le système éducatif haïtien périclite, et c’est l’avenir de toute une génération qui est en jeu.

Conflits, déplacements, pauvreté et insécurité sont autant de facteurs qui rendent l’apprentissage presque impossible pour des centaines de milliers d’enfants. Au cours de l’année scolaire 2024-2025, de nombreuses écoles ont été directement touchées par la violence : plus de 1 600 établissements ont fermé leurs portes, et des dizaines ont été occupés par des groupes armés.

Dans les hébergements et les sites pour personnes déplacées surpeuplés, les enfants n’ont accès ni à des manuels, ni à des supports pédagogiques, ni à des enseignants qualifiés. Beaucoup d’adolescentes abandonnent complètement leur scolarité pour des raisons de sécurité, parce qu’elles doivent s’occuper de leurs proches ou à cause de l’absence de produits d’hygiène menstruelle.

Haïti. Un garçon suit un cours de rattrapage organisé par l'UNICEF dans un site pour personnes déplacées.
UNICEF/UNI653423/Rouzier Un garçon participe à un cours de rattrapage organisé par l'UNICEF dans un site pour personnes déplacées.

Raviver l’espoir : l’appel de l’UNICEF

Haïti est au bord de la rupture. L’avenir de ses enfants dépend des choix opérés aujourd’hui. L’inaction et le temps perdu coûteront des vies. Si une aide internationale est apportée d’urgence, qu’une action coordonnée est menée et que l’accès aux services de base est rétabli, il est encore possible de protéger les enfants et de mettre un terme à la funeste spirale dans laquelle est engagé le pays.

L’UNICEF continue à exhorter la communauté internationale et les acteurs concernés en Haïti à prendre les mesures urgentes suivantes :

  • D’abord et avant tout, l’accès à l’aide humanitaire doit être rétabli et protégé. Les groupes armés doivent respecter le droit international humanitaire, garantir la protection des personnes et des infrastructures civiles, et faciliter l’acheminement sûr et sans entraves de l’aide humanitaire. Les couloirs humanitaires et les garanties de sécurité négociés sont essentiels pour atteindre les populations les plus vulnérables.
  • Ensuite, le niveau et l’étendue du financement de l’aide humanitaire doivent immédiatement augmenter. En juin 2025, l’appel en faveur de l’Action humanitaire pour les enfants de l’UNICEF en Haïti n’avait permis de réunir que 13 % des fonds demandés, soit une somme bien inférieure à celle nécessaire. Les gouvernements donateurs et les partenaires internationaux doivent immédiatement mobiliser des ressources suffisantes permettant de soutenir des programmes essentiels en Haïti, notamment pour la protection de l’enfance, la santé, la nutrition, l’eau et l’assainissement, et l’éducation, et ainsi veiller à ce que tous les enfants aient accès à des services vitaux.
  • En outre, les services de base doivent être rétablis et protégés, en particulier dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’eau et de l’assainissement. Il s’agit notamment de réparer les infrastructures, de soutenir les prestataires de service locaux et de veiller à ce que les agents de première ligne puissent atteindre la population en toute sécurité. Les investissements en faveur d’une prestation de service mobile et communautaire sont essentiels dans les endroits inaccessibles par les moyens traditionnels.
  • De plus, les enfants déplacés doivent être protégés et soutenus, et doivent pour cela bénéficier d’un logement sûr, d’une gestion de leur cas, de services de recherche et de réunification des familles ainsi que d’un soutien psychosocial. Les retours ne doivent avoir lieu que s’ils sont sûrs, volontaires et dignes, et une aide adaptée à la réintégration doit être proposée, conformément aux normes internationales. Les victimes des violences liées au genre doivent également être protégées et soutenues, afin qu’elles puissent retrouver une forme de vie normale.
  • Enfin, il faut investir en faveur d’une stabilisation à long terme et d’un relèvement centré sur les enfants. La crise en Haïti n’appelle pas seulement une aide humanitaire. Elle nécessite également un engagement politique durable et des investissements en faveur d’une stabilisation à long terme et d’un relèvement centré sur les enfants. Si le pays ne parvient pas à se diriger vers une gouvernance inclusive et un développement équitable, et si rien n’est fait pour que les auteurs de violences répondent de leurs actes, il sera impossible de sortir du cercle vicieux du conflit et de la vulnérabilité.

L’UNICEF appelle la communauté internationale à faire des enfants en Haïti une priorité, à agir avec l’empressement qu’exige cette crise, et en y mettant les moyens nécessaires. Les outils et les ressources permettant d’aider Haïti à sortir de cette crise existent. Il est temps d’en faire usage – pour chaque enfant.

Points forts

Haïti est confronté à une crise humanitaire dévastatrice, qui évolue rapidement. Les enfants en paient le prix fort, alors que la violence ne cesse de s’intensifier, que les déplacements internes se multiplient et que les familles sont privées de services élémentaires, notamment de nourriture, de soins, d’éducation et de protection.

Si aucune mesure ferme n’est prise, l’avenir de toute une génération est en péril.

Date de publication
Langues
Anglais, Français