Dans les coulisses des crèches, aux côtés des enfants touchés par Ebola

En République démocratique du Congo, des crèches offrent un espace sécurisé aux enfants et aux bébés séparés de leurs parents en ces terribles circonstances.

Par Sam Waterton
République démocratique du Congo. Échange de regards entre un bébé et sa maman dans un centre de traitement d’Ebola.
UNICEF DRC/Nybo

25 septembre 2019

BENI, République démocratique du Congo – Collette danse de bonheur en voyant Guerrishon, son fils de 5 mois, faire un geste dans sa direction, le sourire aux lèvres. Même si une cloison de plastique les sépare, la visite de son fils aura illuminé sa journée. C’est seulement la deuxième depuis son admission précipitée dans un centre de traitement d’Ebola à Beni, dans l’est de la République démocratique du Congo.

« Je suis tellement heureuse de voir mon bébé », s’exclame Collette. « Je ne voulais pas me séparer de lui, mais je savais que c’était trop risqué [de ne pas venir] », déclare-t-elle. C’est ce qui l’a poussée à se présenter au centre pour être prise en charge. Heureusement, elle se porte bien et les médecins affirment qu’elle pourra sortir et prendre Guerrishon dans ses bras d’ici une semaine.

La présence apaisante des « berceuses »

Pendant la convalescence de sa mère, Guerrishon est entre de bonnes mains. Une crèche soutenue par l’UNICEF se trouve juste à côté du centre de traitement et s’occupe des enfants jusqu’à ce que leurs parents soient guéris ou jusqu’à ce qu’un autre soignant puisse prendre le relais si un parent décède des suites d’Ebola. Les enfants font également l’objet d’une surveillance visant à déceler l’apparition d’éventuels symptômes. C’est un endroit accueillant : le sol est jonché de jouets et les murs sont égayés de dessins colorés.

Toutefois, ce n’est pas une crèche ordinaire.

Avant d’entrer, les membres du personnel doivent se désinfecter les mains et passer leurs chaussures au chlore. Tous parmi eux ne sont pas autorisés à entrer en contact physique avec les enfants ; des protocoles stricts ont été mis en place. Ebola est une maladie extrêmement contagieuse, qui se transmet par contact avec des liquides organiques infectés comme la transpiration, la salive et le sang. Toutefois, cette crèche nous rappelle que le virus n’a pas seulement un impact physique sur les familles. Il fait aussi peser sur elles un énorme fardeau émotionnel, car les patients infectés (ou faisant partie des cas probables) n’ont pas droit au tendre réconfort de leurs proches.

C’est Madelaine qui s’occupe de nourrir, de cajoler et de distraire Guerrishon, car elle a survécu au virus Ebola. Elle est donc immunisée et peut jouer le rôle de « berceuse » au sein de la crèche. C’est ainsi qu’on surnomme ces aidantes à la présence si apaisante.

République démocratique du Congo. Une femme tenant un bébé dans ses bras.
UNICEF DRC/Nybo
Madelaine, aidante dans une nurserie soutenue par l’UNICEF à Beni, en République démocratique du Congo, tenant dans ses bras le petit Guerrishon âgé de 5 mois.

« C’est un bébé très souriant et rieur », raconte Madelaine en lui essuyant affectueusement la bouche. « Je veux qu’il se sente bien et qu’il reçoive beaucoup d’amour, pour que sa mère ne lui manque pas trop », explique-t-elle. « Je veux prendre soin de Guerrishon comme sa mère le ferait. »

Outre cette prise en charge 24 heures sur 24, les enfants bénéficient d’un soutien spécialisé sur le plan psychologique et nutritionnel.

« Je suis fière d’accomplir ce travail », souligne Solange Kamuha, psychologue à la crèche. Elle tisse des liens très forts avec les enfants dont elle s’occupe. « Je suis émue quand ils repartent. »

Une femme sourit,
UNICEF DRC/Nybo
Solange est une psychologue soutenue par l’UNICEF qui fournit un appui psychologique aux enfants et aux familles touchés par Ebola, ainsi qu’aux « berceuses ».

Dans le cadre de son travail, Solange aide notamment à réunir les familles et les enfants qui ont vaincu Ebola. C’est un processus délicat, car les enfants associés à cette maladie sont souvent stigmatisés lorsqu’ils reviennent dans leur communauté. Si un enfant a perdu ses deux parents, Solange joue fréquemment le rôle de médiatrice au moment où il faut décider s’il sera confié à sa famille paternelle ou maternelle.

La crèche de Beni a été la première du genre à ouvrir ses portes, en novembre 2018. Presque un an après, plus de 375 enfants en ont franchi le seuil. Huit autres crèches sont installées près des centres de traitement d’Ebola en République démocratique du Congo. Ensemble, elles prennent en charge des milliers d’enfants jusqu’à ce que leurs parents soient sur pied ou qu’on leur trouve une famille adoptive.

Alors que le pays approche la barre des 3 000 cas confirmés d’Ebola, les « berceuses » officiant dans les crèches, notamment à Beni, offrent une figure d’attache vitale aux enfants comme Guerrishon qui, malgré les circonstances, ont toujours besoin d’autant de câlins, d’amour et de soins que n’importe quel autre bébé.