Mon enfant régresse-t-il à cause de la pandémie de COVID-19 ?

Si vous remarquez une régression chez votre enfant, sachez que vous n’êtes pas seul(e).

By UNICEF
Une mère embrasse sa petite fille.
UNICEF/UN0202875/Serbia
30 mars 2021

La plupart des enfants sont impatients d’avancer dans leur développement. Cependant, la joie de ces nouveaux apprentissages s’accompagne aussi de stress. Ce stress peut engendrer une régression, à savoir des reculs temporaires dans le développement.

La pandémie de COVID-19 a exacerbé la crise de la garde d’enfants et de l’apprentissage. Avec l’interruption de la scolarité, des jeux entre amis et d’autres habitudes appréciées, les comportements régressifs sont de plus en plus courants. Votre enfant peut ainsi avoir du mal à faire des choses qu’il maîtrisait avant, comme être propre et s’endormir, et éprouver des difficultés à gérer sa colère, sa tristesse et son anxiété.

Nous nous sommes entretenus avec Nancy Close, titulaire d’un doctorat et maître de conférences au Child Study Center de l’École de médecine de Yale et directrice adjointe du programme d’éducation de la petite enfance de Yale, sur les problèmes que vous êtes susceptible d’observer chez vos enfants (qu’ils sachent à peine marcher ou qu’ils étudient à l’université) et la manière de les surmonter ensemble, en faisant preuve de gentillesse et de compréhension.

 

Quels types de régression observez-vous chez les enfants durant la pandémie de COVID-19 ?

Je vois beaucoup de comportements régressifs qui dépassent les comportements habituellement observés au stade de développement de l’enfant. Chez certains, cela se manifeste par un retour au « parler bébé », d’autres ont besoin d’aide pour réaliser les gestes du quotidien, d’autres encore pour s’endormir et se laver, et ce, dans des proportions bien plus importantes que la normale. Les émotions fortes sont parfois très difficiles à gérer et à exprimer, si bien que nous observons des accès de colère chez les enfants de tout âge, même chez des étudiants à l’université. Même les adultes régressent lorsque leur niveau de stress augmente ou lorsqu’ils font face à des changements et à des transitions. Je pense donc qu’il est important de garder à l’esprit qu’il s’agit d’un phénomène lié au développement qui concerne tout le monde, de l’enfance à l’âge adulte.

Nous observons également beaucoup de problèmes comportementaux. Nous remarquons que les enfants sont très tristes d’être privés de leurs amis ou de leurs enseignants et que leurs émotions et leurs comportements sont exacerbés par la modification de leur environnement scolaire. Toutes ces incertitudes sont d’autant plus présentes et frustrantes que nous recherchons tous la normalité et la prévisibilité. Or, nous découvrons que la cohérence et la prévisibilité sont plus difficiles à trouver durant la COVID-19. Cette situation peut provoquer de l’anxiété et du stress chez les enfants et se traduire par un dérèglement du comportement.

 

Certains parents sont témoins d’accès de colère chez leur enfant adolescent. Comment doivent-ils réagir ?

Aidez-le à trouver des techniques pour réguler ses émotions, en sortant marcher ou courir, en faisant des exercices de respiration, en dessinant ou en peignant, par exemple. Cherchez des moyens pour qu’il reste en contact avec ses amis et la famille. Sachez toutefois qu’il ne pourra pas appliquer ces stratégies durant ses accès de colère. Une fois calmé, parlez-lui : « Tu étais très contrarié. Je me demande ce qu’il se passe. ». N’hésitez pas à émettre des hypothèses sur les émotions latentes qui ont pu provoquer cet accès de colère. En général, il s’agit d’un mélange d’émotions – colère, peur, tristesse, anxiété, etc. N’hésitez pas non plus à reconnaître à quel point la COVID-19 a changé notre vie et l’a rendue difficile et admettez que c’est très dur à gérer. L’adolescence est une période éprouvante pour les parents et les enfants, car la principale tâche de développement consiste à faire des pas de géant vers l’indépendance. Ce processus, qui commence durant la petite enfance, est rempli d’excitation, de douleur, de combats et d’anxiété à la fois pour les parents et pour les adolescents.

 

D’autres parents remarquent que leur enfant en bas âge, qui avait appris à être propre, fait de nouveau pipi au lit. Quels conseils leur donneriez-vous ?

C’est une régression très courante. Demandez-vous s’il y a des changements à la maison ou à l’école qui pourraient expliquer cette régression. S’il s’agit d’un événement qui provoque de l’anxiété chez votre enfant, efforcez-vous de le soutenir. À cet âge, n’hésitez pas à lui mettre une couche ou une couche-culotte pour dormir. Faites attention à sa consommation de liquide et limitez-la avant le coucher et soyez attentif(ve) à la fréquence à laquelle sa couche est propre le matin. Vous aurez ainsi une indication des progrès de votre enfant pour se contrôler la nuit. Rassurez-le sur le fait que vous allez l’aider à réussir à ne plus se mouiller la nuit. Parallèlement, aidez-le à devenir plus autonome pour s’habiller et se déshabiller, se laver les mains, manger et faire de petites tâches adaptées à son âge, comme débarrasser son assiette (s’il en est capable). Le fait de favoriser et de développer une autonomie adaptée à son âge dans d’autres domaines stimule le développement des compétences et de l’estime de soi et peut faciliter la maîtrise de tous les aspects de l’apprentissage de la propreté.

 

De nombreux enfants sont affectés par les perturbations survenues dans leur environnement scolaire, leur mode de garde et leur environnement de jeu et/ou d’apprentissage habituels. Que recommandez-vous aux parents confrontés à cette situation ?

Nous savons que les enfants reproduisent souvent le comportement des personnes qui s’occupent d’eux. Il me semble donc important que les parents se fassent aider pour gérer leur propre stress, car cela peut contribuer à terme au bien-être de leur enfant. Mes enfants sont adultes maintenant et je n’aimerais pas être à la place des parents aujourd’hui ! En plus de devoir participer à l’école à distance ou en présentiel, beaucoup doivent gérer la garde de leur enfant à la maison tout en se préoccupant de leur travail et de leur santé et de celle de leur famille.

Le sentiment de culpabilité éprouvé par les parents s’est intensifié durant la COVID-19. Ils se préoccupent de l’isolement social de leur enfant. Ils s’inquiètent de ses compétences sociales, de ses possibilités de jouer et de son apprentissage. Les enfants sont très forts pour capter les inquiétudes de leurs parents, donc il peut être utile de les exprimer pour rassurer votre enfant. Expliquez-lui ce qui vous préoccupe d’une manière adaptée à son âge, par exemple : « Ce n’est pas facile non plus pour maman et papa, et nous faisons de notre mieux pour t’aider à apprendre et à jouer. »

Les parents se sentent très seuls durant cette période éprouvante. Beaucoup sont rassurés d’entendre que d’autres parents ressentent la même chose qu’eux. Le fait de savoir qu’ils ne sont pas seuls est réconfortant, mais le stress et l’anxiété peuvent rapidement refaire surface quand leur enfant ne fait pas le travail envoyé par l’enseignant, n’écoute pas les cours en ligne, voire refuse de suivre l’école à distance. Je n’ai pas de solution magique à cela. Sachez juste que vous n’êtes pas seul(e), et qu’il est normal de se sentir impuissant(e), frustré(e), coupable et inquiet(ète). C’est une situation très difficile.

 

De nombreux parents s’inquiètent du retard à rattraper après la pandémie. Pensez-vous que les enfants sont capables de rattraper ce retard ?

Je suis incapable de prédire cela. Vu mon naturel optimiste et la curiosité, la motivation et la résilience naturelles des enfants, je dirais qu’ils en sont capables. En attendant, lisez des histoires à votre enfant et trouvez des moyens de passer du temps avec lui. Réfléchissez ensemble aux événements et parlez-en. Jouez avec lui et essayez d’apprendre et de vous épanouir ensemble. N’oubliez jamais que la meilleure chose que vous puissiez faire pour votre enfant, c’est l’aimer et prendre soin de lui.

 

Quel conseil donneriez-vous aux parents en ce moment ?

Tenez bon ! Nous faisons tous de notre mieux. Nous n’élevons pas tous nos enfants de la même manière, donc il est inutile de nous comparer aux autres parents ou de comparer notre enfant aux autres enfants. Accrochez-vous à vos valeurs et à ce que vous voulez pour vos enfants. Chacun fait de son mieux pour s’en sortir.

 


Nancy Close est titulaire d’un doctorat. Elle est maître de conférences au Child Study Center de l’École de médecine de Yale, directrice adjointe du programme sur l’éducation de la petite enfance de Yale, professeure en psychologie et directrice clinique du MOMS Partnership® et du programme de développement de la parentalité et de la famille de Yale. Elle a deux enfants et deux petits-enfants.

Entretien réalisé par Mandy Rich, Rédactrice de contenu numérique, UNICEF