MPOX : la riposte communautaire à Danané

Des agents formés par l’UNICEF et l’Église des Saints des Derniers Jours contribuent à protéger les communautés contre la propagation du mpox à la frontière ouest de la Côte d’Ivoire.

Marie Ella Kouakou
Yves Gnanzou, infirmier de 28 ans au centre de santé régional de Zaguiné, district de Danané, Côte d’Ivoire, lors d’une visite communautaire à une famille ayant survécu au mpox.
Jeunes Reporters Côte d’Ivoire / 2025 / Nicaise Djezou
20 octobre 2025

À l’ouest de la Côte d’Ivoire, les collines verdoyantes de Danané marquent la rencontre entre trois pays : la Côte d’Ivoire, le Libéria et la Guinée. Chaque jour, des centaines de voyageurs franchissent les points de passage reliant ces trois pays. Cette mobilité permanente fait la richesse de la région, mais aussi sa vulnérabilité face aux maladies à potentiel épidémique, tel que le mpox. 

Lorsque les premiers cas de mpox ont été signalés, la peur aurait pu paralyser les communautés du District Sanitaire de Danané. Mais la vigilance et la réactivité des agents de santé ont permis de sauver des vies et d’éviter la propagation du virus. 

Yves, l’infirmier en première ligne

Yves Gnanzou, infirmier de 28 ans au centre de santé régional de Zaguiné, District Sanitaire de Danané, Côte d’Ivoire, en première ligne de la riposte contre le mpox.
Jeunes Reporters Côte d’Ivoire / 2025 / Nicaise Djezou

À 28 ans, Yves Gnanzou, infirmier diplômé d’État au centre de santé de Zaguiné, incarne cette vigilance. 

« Je revenais du centre quand j’ai aperçu un jeune avec des boutons inhabituels sur le corps. C’était le fils d’un chasseur. En posant quelques questions, j’ai compris que ce n’était pas une simple éruption. J’ai immédiatement référé le cas », se souvient-il. 

Quelques jours plus tard, le diagnostic tombe : mpox confirmé. 

Heureusement, Yves venait tout juste de suivre une formation organisée par l’UNICEF, grâce à l’appui financier de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. Il savait exactement quoi faire : isoler le patient, suivre les cas contacts, informer le voisinage et alerter les autorités sanitaires. 

« Avant, nous n’avions pas toujours les moyens nécessaires. Aujourd’hui, nous avons les gants, les masques et surtout les connaissances qu’il faut pour agir vite », confie-t-il avec fierté. 

Entre le 18 et le 28 juin 2025, 40 professionnels de santé et 25 agents communautaires ont été formés à la prévention des infections, à la communication de risque et au soutien psychosocial. Ces sessions se sont accompagnées de la distribution de kits de protection, de matériel de prélèvement et de supports pédagogiques pour les campagnes de sensibilisation. 

Grâce à ces efforts conjoints, les résultats sont tangibles : 6 cas détectés, tous pris en charge à temps, sans propagation majeure. 

Les agents communautaires ont également organisé des séances d’information dans les villages et sur les marchés, rassurant les habitants et encourageant le signalement précoce des symptômes. 

Anselme, symbole de victoire

Kessé Anselme, 9 ans, en classe de CE1. Premier cas et survivant de mpox dans le village de Guian-Houyé
Jeunes Reporters Côte d’Ivoire / 2025/ Nicaise Djezou

Parmi les histoires de résilience, celle de Kessé Anselme, un garçon de neuf ans du village de Guian-Houyé, illustre la force de la mobilisation communautaire. 

Premier cas détecté dans la zone, il était aussi le seul contaminé de sa maisonnée. 

« Nous pensions que c’était une maladie ordinaire et avions tenté de le soigner avec des plantes. Quand l’infirmier est venu, il a expliqué, prélevé et accompagné le traitement. » explique son grand père. 

Les habitants, déjà sensibilisés lors d’une séance organisée par le district sanitaire à la préfecture, ont immédiatement appliqué les mesures de prévention. Par précaution, le village a décidé de se mettre temporairement en quarantaine, interdisant les allées et venues. 

Rapidement, les autorités sanitaires sont intervenues pour les rassurer et rappeler que la maladie pouvait être maîtrisée grâce à la vigilance et aux gestes de prévention appris pendant la formation. 

Aujourd’hui, Anselme a repris le chemin de l’école, en classe de CE1.  

Cette réussite locale reflète la coordination exemplaire entre les communautés, les agents de santé et les autorités sanitaires. Ensemble, ils ont prouvé qu’une préparation efficace et une communication de proximité peuvent faire toute la différence lors d’une alerte épidémiologique. 

Nous avons un passé avec les maladies épidémiologiques. Grâce à la formation, nos équipes connaissent la maladie, les mesures de prévention et savent qu’il ne faut pas stigmatiser les malades. Cela a renforcé nos comités de veille et permis d’éviter toute confusion avec d’autres maladies comme la rougeole. Nous avons été réactifs et avons garanti zéro décès.

Dr Gouesse Jean Théo, directeur du district sanitaire de Danané
Dr Gouesse Jean Théo, Directeur du District Sanitaire de Danané présentant le trophée de Danané, district champion des maladies épidoméologique.
Jeunes Reporters Côte d’Ivoire / 2025/ Nicaise Djezou

Le Mpox est une maladie virale zoonotique provoquant fièvre, douleurs musculaires et éruptions cutanées. Elle se transmet par contact direct avec une personne infectée, ses fluides corporels ou des objets contaminés. Dans une région à forte mobilité transfrontalière, la vigilance locale devient un bouclier collectif. 

Depuis 2025, l’UNICEF, avec le soutien de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, appuie le Ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle à travers la Task Force nationale PCI-EHA (Prévention et Contrôle des Infections, Eau, Hygiène et Assainissement). Cette collaboration vise à renforcer les systèmes de santé communautaires, à former les agents de première ligne et à fournir des équipements essentiels aux zones les plus vulnérables. 

En Côte d’Ivoire, cette approche intégrée renforce la résilience locale, la confiance et l’autonomie sanitaire des populations. Elle démontre que la santé publique ne se construit pas seulement dans les hôpitaux, mais aussi dans les villages, là où la solidarité est un rempart contre les épidémies.