Journée internationale de la fille 2020

À toutes ces jeunes filles et ces femmes qui nous inspirent

par l'UNICEF
Journée internationale de la fille 2020 : À toutes ces jeunes filles et ces femmes qui nous inspirent
UNICEF
10 octobre 2020

Dans le cadre de la Journée internationale de la fille, nous avons demandé à des femmes inspirantes de nous rejoindre en rendant hommage ou en écrivant une lettre à une fille qui les inspire, que ce soit une jeune leader, un membre de leur famille, une belle rencontre, leur meilleure amie ou encore l’adolescente qu’elles ont été. Voici leurs récits!

Orphelie thalmas blogueuse
UNICEF/Yann Sery Moussé

À cette fille que j’ai rencontrée lors d’un panel,

Tu dois parfois te demander pourquoi tu vis tout ça et pourquoi personne ne t’a crue quand tu as dénoncé les abus sexuels de cet adulte proche de la famille. Ils ont même dit que tu étais une « fille gâtée », que tu aimais les bêtises et que tu t’habillais mal. Ils t’ont coupé la parole et ils ont ri. Si tu insistais, peut-être qu’on t’aurait battue. Tu as un peu grandi depuis. Tu es au collège dans un lycée public où tu peines à trouver tes marques. Tu manques de confiance en toi. Tu as laissé grandir en toi un sentiment de culpabilité dû aux agressions que tu as subi plus jeune. Mais ce n’est pas ta faute. Tu n’as fait de mal à personne. On t’a fait du mal.

Tu es une bonne personne et tu mérites le meilleur. Saisis les plus petites opportunités pour faire de grandes choses. C’est possible, crois-moi. Intéresse-toi aux activités extrascolaires dans le social. Deviens U-Reporter avec l’UNICEF, par exemple. Développe un talent (chant, danse, dessin, humour). Écris, vas-y, exprime-toi! Sors ce que tu as en toi. Mais plus jamais ne laisse ce sentiment de culpabilité et de honte te freiner. Je t’aime, je te crois et je te comprends.

Chère Clarisse,

Je suis si contente de pouvoir t’écrire aujourd’hui. Depuis notre rencontre, je n’ai cessé de penser à toi. Ton départ brusque ne m’a pas permis de te dire à quel point notre rencontre avait changé ma perception de la vie, de mon travail et de la défense de nos droits.

Cette nuit-là, l’ambulance t’a emmené à mon service. Tu saignais abondamment. Je t’ai examiné. Je t’ai interrogé. Comme ta mère était présente, tu n’as pas eu le courage de répondre à mes questions. Tu as refusé le diagnostic et nié tout en bloc. J’ai demandé à ta maman d’attendre dehors. Pendant que je m’occupais de toi, tu as rassemblé les forces qui te restaient. Je peux encore sentir ta main tremblante sur ma blouse « tantie pardon faut m’aider ». Avec mes collègues nous avons couru dans tous les sens pour réaliser les premiers soins. Hélas, mon centre ne disposait pas de tout ce dont il fallait pour ta prise en charge. Nous t’avons donc fait évacuer dans un centre hospitalier universitaire. C’est en route que tu as rendu ton dernier souffle. Ma petite Clarisse, je te pleure encore. Tu avais promis ne plus jamais refaire ça si tu t’en sortais. Malheureusement, cet avortement clandestin t’a emporté.

Te perdre m’a fait réaliser qu’il existe un réel besoin d’éducation et d’information des jeunes filles en santé sexuelle et reproductive. Te voir craindre ta mère au point de ne rien vouloir dire sur ton état m’a fait réaliser l’importance de la communication parents-enfants au sujet de la sexualité. Depuis, un zèle brulant et un profond amour pour les adolescentes et les jeunes filles est né en moi. Je travaille chaque jour et je mène des activités pour que tes amies soient informées des dangers des avortements clandestins. Je leur apprends également comment éviter les grossesses indésirables et les IST. Elles m’écrivent et me remercient de les avoir aidés à faire des choix responsables. Je voudrais te transmettre ces remerciements. C’est grâce à toi tout ça. Je t’aime.

Michelle Gonto-Kouame, sage femme.
Édith Brou Bleu, entrepreneure

Bonjour ma petite Édith,

J’espère que tu vas bien. Je suis certaine qu’au moment où tu lis cette lettre, tu dois être à la maison en train de lire un livre. À ton époque, il n’y avait pas encore Internet et les réseaux sociaux. Tu adores écrire. Tu as 12 ans. Tu souffres d’une timidité maladive. Tu n’aimes pas sortir. Tu es une grande rêveuse. Tu es un peu perdue et tu ne sais pas ce que tu comptes faire de ta vie plus tard.

Je voudrais te dire que tu ne dois pas t’inquiéter. Tu deviendras une femme forte. Décomplexée. Engagée. Passionnée. Cultivée. Travaille dur et bien. Reste fidèle à tes principes. Tu éprouveras des moments difficiles et douloureux pour obtenir ton émancipation. Tu développeras ton armure au prix de chagrins et de perte d’estime. Mais n’oublie pas que le meilleur est à venir.

Béné,

la rage contre l’injustice entre les hommes et les femmes que tu avais en toi. Orpheline de père, à 10 ans tu as été frappée par un frère dans ton foyer. À 13 ans, ta meilleure amie s’est fait violer par trois garçons du collège. Consciente de ça, tu décides de ne jamais leur adresser la parole en classe. À 15 ans, tu as été témoin une fois de plus de la violence d’un homme envers deux de tes sœurs. Ton entourage l’a protégé et tu n’as jamais compris, car tu savais que ce n’était pas normal. C’est pour cela que tu portes main courante.

Cette même année tu étais élue au Conseil d’administration de ton lycée ou tu devais voter avec des adultes pour virer un élève très absent. Tu savais qu’il fallait lui donner une chance, alors tu t’es retrouvé la seule à voter contre son expulsion. Ta rage de te battre ne te quittera jamais. Tu voulais être maitresse de ta destinée, car toutes ces expériences t’ont permis de faire de bons et mauvais choix dans la vie. Influencée par les mauvaises personnes, tu as su te retirer aux bons moments, quand tu as compris que ta santé mentale en prenait un coup. Une fille n’aurait pas dû subir toutes ses pressions. Une fille aurait dû voir des adultes honnêtes et encourageants pour que tu te sentes bien et que tu puisses profiter de ta jeunesse.  Les troubles anxieux et la dépression sont des problèmes auxquels certaines jeunes filles ne peuvent pas échapper.

C’est pour cela que j’ai décidé de venir en aide aux jeunes filles qui en subissent trop à travers des débats et même une application mobile. Ayant appris à prendre soin de moi, cela m’a permis de guérir et donc de me battre pour d’autres jeunes filles qui ne sont pas conscientes de ce qui peut potentiellement dégrader leur avenir.

Bénédicte Joan, entrepreneure
sephora kodjo, présidente de sephis
UNICEF/Yann Sery Moussé

Chère Fatou,

Tout ce que tu vois, ce que tu ressens et ce que tu vis à cet âge de fin d’adolescence sont provisoires. Tes sentiments ne sont pas moins importants, mais la vie est une question d’étapes et c’est toi qui décides qu’elle sera la prochaine étape. Continue de croire que ton seul repère est une bonne estime de toi même et travaille pour la construire chaque jour. Elle t’aidera chaque jour, à faire un pas de plus vers la nouvelle étape de ton choix, peu importe laquelle.

Quand les conditions sont réunies, avance. Quand elles ne le sont pas, continue d’avancer dans tes études et dans la construction de ta paix intérieure. C’est toi seule qui décides de la suite de ton histoire, ne l’oublie jamais. 

Je t’aime très fort.

Chère Anna,

Aujourd’hui, je peux te parler depuis mon bureau. Oui, tu as surmonté toutes ces épreuves et passé certains des textes et des challenges de cette vie avec pleurs, douleur, peine, animosité et rivalité. Malgré tout, tu y es arrivée : le bac, l’université et l’exil. Tu as fini par trouver ta voie. Le droit et l’anglais. La Philanthropie et le numérique.

Je peux donc te dire bravo. Tu as montré que cette enfant frêle venue de Dabou, confiée à sa grand-mère au village et qui pouvait à peine placer un mot de français ses premiers jours de classe au village, est devenu une femme.

Oui, cette adolescente frêle — la villageoise, la gawaz, comme on l’appelait parfois au lycée, parce qu’elle venait du village et était un peu gauche — est aujourd’hui la citadine qui retourne au village veiller à ce que chaque fillette trouve le chemin de l’école afin d’avoir les mêmes chances que tous les enfants.

Menet Anna Corine, Présidente de l’association Yiwô zone.