ENACTE : quand les mères deviennent autonomes, les enfants retournent à l’école

Dans la région de la Nawa, les cash transfert et les AVEC aident les familles à mettre fin au travail des enfants.

Marie Ella Kouakou
Associations de Valorisation de l’Entraide Communautaire (AVEC)
Jeunes Reporters / 2026 / Nicaise Djessou
01 juin 2026

Dans la région de la Nawa, au cœur des zones cacaoyères de Côte d’Ivoire, de nombreuses familles vivent de revenus irréguliers et fragiles. Dans ce contexte, la scolarisation des enfants reste souvent incertaine. Lorsque les ressources manquent, certains enfants quittent l’école pour contribuer aux activités économiques du ménage, les exposant ainsi au travail précoce.

Pour répondre à cette réalité, le programme ENACTE agit directement sur l’une des causes profondes du travail des enfants : la vulnérabilité économique des ménages.

Dans les localités d’Okrouyo, Liliyo, Koziayo et Petit Bouaké, 100 ménages ont bénéficié de transferts monétaires de 36 000 FCFA, soit plus de 3,2 millions de francs injectés dans l’économie locale. En parallèle, 65 % des bénéficiaires ont intégré des Associations de Valorisation de l’Entraide Communautaire (AVEC) et développé des activités génératrices de revenus.

La mauvaise gestion des revenus des familles, constitue un défi important, car la mauvaise utilisation de ressources reçues ou produites, maintien les familles dans une situation économique délicate. Le projet ENACTE, à travers l’OIT, accompagne les familles bénéficiaires des transferts monétaires, avec des sessions d’éducation financières qui leurs ont permis de développer des pratiques de gestion efficiente et d’utilisation de leurs ressources pour combler les besoins essentiels y compris de ceux de leurs enfants.

 

Kaly : stabiliser son activité pour scolariser ses enfants

À Okrouyo, Kaly, 55 ans, assume seule l’éducation de ses quatre enfants depuis le décès de son mari. Avant d’intégrer l’AVEC, elle vendait ses produits à même le sol, sous un apatam de fortune, avec des revenus insuffisants et instables. Ses enfants l’aidaient régulièrement dans son activité.

Le cash transfert de 36 000 FCFA marque un nouveau point de départ. Elle réinvestit dans son commerce, puis rejoint une AVEC. Grâce aux crédits obtenus, elle construit progressivement un petit magasin et améliore ses conditions de travail.

Aujourd’hui, son activité est plus structurée et ses revenus plus réguliers. 

Kaly : stabiliser son activité pour scolariser ses enfants
Jeunes Reporters / 2026 / Nicaise Djessou Kaly, bénéficiaire des AVEC dans le cadre du programme ENACTE

Maintenant, je ne vends plus avec mes enfants. Je paie leur scolarité et ils vont tous à l’école.

Matouba : développer son commerce et sécuriser l’éducation des enfants

Dans le quartier Boribana, Diomandé Matouba gère un petit commerce d’huile de palme. Avant d’etre ciblée comme bénéficiaire de l’initiative de transfert monétaire, elle exerçait déjà cette activité, mais avec des moyens limités. Ses revenus ne permettaient pas toujours de couvrir les besoins de ses enfants.

Après avoir bénéficié du transfert monétaire, elle investit dans l’achat de matières premières et rejoint une AVEC. Cette organisation lui permet d’épargner, d’accéder au crédit et de mieux planifier son activité.  

Aujourd’hui, son commerce s’est développé et ses enfants poursuivent leur scolarité.

Son activité se développe progressivement. En parallèle, elle participe aux sessions d’alphabétisation organisées au centre social, ce qui renforce ses capacités de gestion. 

Quand je reçois l’argent, j’achète les régimes de graines pour mon commerce d’huile de palme et je paie la scolarité de mes enfants.

Diomandé Matouba gère un petit commerce d’huile de palme.
Jeunes Reporters / 2026 / Nicaise Djessou Diomandé Matouba gère un petit commerce d’huile de palme.

Isabelle : investir pour créer des opportunités durables

Isabelle, 46 ans, a connu une forte précarité après la perte d’emploi de son mari. Les difficultés financières ont affecté directement la vie du ménage et la scolarisation des enfants. Avec le transfert de 36 000 FCFA, elle choisit d’investir dans l’activité de sa fille en finançant l’achat d’une machine à coudre.

Par la suite, grâce à l’AVEC, elle contracte un crédit de 200 000 FCFA pour lancer un élevage de poulets.

Aujourd’hui, la situation du ménage s’est améliorée ; sa fille et elle disposent chacune de leur propre atelier, le père de famille s’occupe de la ferme et les plus jeunes enfants sont scolarisés. 

On n’arrivait pas à manger. Je me faisais gruger dans des tontines. Depuis que nous sommes dans l’AVEC, notre vie a changé. 

Isabelle, couturiere et bénéficaire des AVEC
Jeunes Reporters / 2026 / Nicaise Djessou

Léontine : relancer une activité agricole après une rupture

Originaire de Bocanda, Léontine s’installe à Okrouyo avec sa famille. Peu après, son mari décède, la laissant sans revenu stable.

Grâce au programme ENACTE, elle reçoit un transfert de 36 000 FCFA et rejoint une AVEC. Elle investit progressivement dans des activités agricoles (igname, arachide, manioc) et développe la transformation du manioc en attiéké. Ces activités lui permettent de générer des revenus réguliers et de soutenir sa famille. Aujourd’hui, ses enfants sont retournés à l’école. 

Léontine
Jeunes Reporters / 2026 / Nicaise Djessou Léontine, bénéficiaire des AVEC

Le programme ENACTE, mis en œuvre avec le soutien de l’Union européenne et de la Suisse, en partenariat avec l’UNICEF, l’OIT et l’OIM — ainsi qu’avec le CNS et le CIM, montre que la lutte contre le travail des enfants passe par l’amélioration des conditions de vie des ménages.

Les transferts monétaires ont facilité l'accès à des ressources pour soutenir les activités des familles, l’adhésion de ces familles aux AVEC ont renforcé leur accès aux ressources conséquente pour développer leurs activités et les formations en éducation financière déployées par l’OIT, ont permis à ces familles de réaliser une meilleure utilisation de leurs revenus en priorisant les besoins et en affectant de façon efficiente les ressources créées, renforcent durablement leur santé économique et leur autonomie.

À Okrouyo et dans les localités environnantes, les résultats sont visibles : les revenus se stabilisent, les activités se développent et davantage d’enfants sont épargnés de l’engagement précoce dans des travaux dangereux.