Assetou jongle entre travail, responsabilités familiales et rendez-vous vaccinaux

Derrière chaque carnet vaccinal en retard, c'est un système qui doit être révisé

Lydia Kouadio
Assetou en plein entretien avec un staff de l’UNICEF.
UNICEF / 2025 / Lydia Kouadio
12 février 2026

Assetou Kassougué, 24 ans est l’aînée d’une fratrie de cinq filles. Elle vit en famille dans un quartier d’Attécoubé avec sa mère et ses sœurs. À la maison, chacune essaie de gagner un revenu, deux sœurs vendent, l’une est ménagère dans une famille, deux sont encore élèves. De plus, Assetou porte une responsabilité supplémentaire : celle de s’occuper du fils de 1 an et 8 mois de sa cadette, qui ne vit pas dans la maison familiale, depuis six mois.

Assetou a quitté l’école en CM1. « Je n’ai pas le niveau. », dit-elle simplement. Pourtant, elle connaît l’importance de la vaccination : elle voit régulièrement les spots passer à la télévision qui rappellent que protéger un enfant commence par la vaccination. Elle entend aussi les préjugés qui circulent, les rumeurs qui inquiètent certaines familles, mais elle choisit de ne pas s’y attarder. Elle fait comme elle peut, avec les moyens du bord avec cet enfant qu’elle considère un peu comme le sien.

Son quotidien est un mouvement régulier entre les tâches ménagères, les courses au marché, les moments de distraction devant la télé, et surtout la préparation et la vente de placali, son activité principale. C’est cette activité exigeante et chronophage qui est souvent sa plus grande barrière pour consacrer son temps à la vaccination de son neveu. 

« Aller au centre de santé me prend 45 minutes car je marche. Je vais souvent avec des amies et le temps de papoter, on perd du temps sur la route. Il m’arrive d’arriver après l’heure prévue pour la vaccination et mon neveu se trouve privé de vaccin. À chaque retard, c’est du temps perdu… et donc de l’argent qui ne rentre pas. » Assetou

Les rendez-vous vaccinaux du petit ne sont pas à jour. Le dernier vaccin remonte à ses 9 mois. Manque de temps, manque d’argent, sentiment d’être seule face à la charge : les raisons s’additionnent. À cela s’ajoute l’expérience difficile au centre de santé. Lorsqu’elle y arrive, essoufflée et préoccupée par son commerce, il suffit que l’infirmière constate plusieurs rendez-vous manqués pour que les reproches fusent. 

Assetou raconte ses défis qui rendent difficile le respect des rendez-vous vaccinaux de son neveu.
UNICEF / 2025 / Lydia Kouadio

Quant aux parents de l’enfant, ils ne connaissent pas les dates des rendez-vous, posent peu de questions, n’ont jamais été très informés eux-mêmes. Ils font ce qu’ils peuvent, mais la vigilance repose essentiellement sur Assetou et sa mère qui elle, l’encourage à y aller.

Pourtant, elle ne demande pas grand-chose. « Si les agents appelaient pour rappeler les rendez-vous, ce serait plus simple pour nous. Un simple appel, pas un reproche. », explique-t-elle. Et si ses conditions de vie s’amélioraient, elle en est convaincue, l’enfant ne manquerait de rien.

Dans une commune où chaque minute passée hors du commerce représente une perte financière, où chaque absence peut fragiliser un revenu déjà précaire, Assetou incarne ces jeunes femmes qui portent leur famille à bout de bras, entre survie économique, charge mentale et amour sincère pour les enfants dont elles ont la responsabilité. Leur quotidien nous rappelle une vérité essentielle : derrière chaque carnet vaccinal en retard, il y a un système qui mérite d’être révisé et une jeune fille accompagnée.

C’est précisément pour que leurs efforts ne soient pas vains, que l’analyse genre menée par l’UNICEF et soutenue par le Canada, cherche à ouvrir des voies nouvelles, plus justes et plus adaptées, afin qu’aucun enfant ne soit oublié.