Tout pour sa fierté

L’histoire de l’engagement d’une promotrice de santé bénévole, sur fond d’épidémie de rougeole au Tchad

UNICEF
Zouleikha, story.
UNICEF/2025/Annadjib
20 août 2025

Parfois, une tragédie change le cours des choses. Elle ouvre un nouveau chapitre et redonne un sens au rôle de mère. Quand Zouleikha Mahamat, 31 ans, a couru à la clinique avec sa fille fiévreuse dans les bras, elle ne savait pas encore que la rougeole allait changer la vie de son enfant — et, en silence, bouleverser la sienne. Aujourd’hui, Zouleikha est une promotrice de santé communautaire respectée à Am Zoer, à 70 kilomètres d’Abéché, dans l’est du Tchad. Ce jour-là, il y a cinq ans, a posé les fondations d’une mission discrète : rendre sa communauté plus sûre, en meilleure santé, et donner aux enfants d’ici une chance de grandir plus forts que ceux qui les ont précédés.

Am Zoer est entourée par les vastes plaines ensoleillées du Sahel. C’est un endroit rarement mentionné sur les cartes ou dans les récits, bien que, pour un bref instant, l’histoire du Tchad y ait laissé sa trace. Beaucoup de ses habitants vivent dans des habitations modestes et dépendent du pastoralisme ou de petits commerces. Les doutes autour de la vaccination persistent encore, et des maladies comme la rougeole sont souvent traitées d’abord avec des remèdes traditionnels. Dans ce paysage, le centre de santé local — modeste mais essentiel — joue un rôle vital, en particulier en période de crise. Et ce sont dans ces moments-là que des personnes comme Zouleikha interviennent, véritables passerelles entre les savoirs anciens et les soins modernes.

« Avant, quand je parlais aux gens, ils ne savaient pas que des maladies comme la rougeole pouvaient être soignées. Les enfants malades mouraient ou devenaient sourds. La perception de la vaccination était négative, marquée par l’ignorance. Aujourd’hui, les gens comprennent l’importance de la vaccination, et pendant les campagnes, les parents acceptent de faire vacciner leurs enfants »,

 explique-t-elle.

La rougeole continue de menacer la vie des enfants au Tchad, notamment dans les communautés où la couverture vaccinale reste dangereusement faible. Seuls 63 % des enfants reçoivent la première dose du vaccin contre la rougeole (MCV1), et à peine 35 % la seconde (MCV2), selon les estimations de l’OMS et de l’UNICEF. En 2024, le pays a enregistré 1 026 cas confirmés de rougeole — et rien que pour les quatre premiers mois de 2025, 181 cas confirmés ont déjà été recensés. Ces chiffres sont bien plus que de simples données : ils rappellent ce que l’on risque lorsque les enfants ne sont pas protégés.

La mémoire de Zouleikha la ramène à ces jours sombres : la fièvre, les remèdes transmis de génération en génération, la montée inexorable du danger. Puis la course vers l’hôpital. Une vie sauvée, mais à un prix. Sa fille a survécu à la maladie, mais a perdu un œil. Une capsule de douleur et de survie humaine, devenue le terreau d’une conviction nouvelle.

« Au début, je ne savais pas que la rougeole était une maladie qui pouvait être soignée », 

dit-elle.

« J’ai utilisé du jus de tamarin et d’autres remèdes traditionnels, mais quand l’état de ma fille s’est aggravé, une voisine m’a conseillé d’aller à l’hôpital. J’ai été choquée d’apprendre que la maladie pouvait être soignée. »

Cette expérience a bouleversé sa vie.

« Avant la maladie de ma fille, je ne savais même pas que des soins étaient disponibles à l’hôpital. Je ne faisais pas vacciner mes enfants. Mais après cela, j’ai compris l’importance de la vaccination et j’ai fait en sorte que mes deux plus jeunes enfants soient vaccinés. Cela leur a permis d’échapper à l’épidémie récente. C’est après la maladie de ma fille que j’ai décidé de m’engager et de transmettre le message à toutes les mères, pour qu’elles acceptent de faire vacciner leurs enfants contre la rougeole et qu’elles les gardent en bonne santé »,

raconte Zouleikha.

C’est une journée ensoleillée comme tant d’autres, et le marché hebdomadaire bat son plein. Au cœur de l’agitation, Zouleikha, vêtue de son chapeau et de sa chemise jaune, commence son travail de sensibilisation comme elle le fait toujours — tôt. De cinq à sept heures du matin, avant de partir à l’école, et souvent l’après-midi aussi, quand elle en a le temps. Elle travaille principalement en ville, surtout les jours de marché, et se rend dans les villages environnants lorsqu’elle le peut.

Elle soutient régulièrement les efforts du centre de santé en matière de sensibilisation, en promouvant l’importance de la vaccination. À chaque campagne, on fait appel à elle pour parler aux mères et les convaincre de faire vacciner leurs enfants contre la rougeole, la polio et la fièvre jaune. Il lui arrive même d’emprunter des haut-parleurs au centre de santé pour amplifier sa voix.

Son travail est entièrement bénévole. Elle ne reçoit aucune rémunération, ne dispose d’aucun moyen de transport pour se rendre dans les villages, et n’a reçu qu’une formation limitée. Pourtant, son engagement est inébranlable — et reconnu. Sa famille la soutient, tout comme le personnel du centre de santé, la communauté, ainsi que les autorités religieuses et traditionnelles.

« Aujourd’hui, les gens comprennent l’importance de la vaccination », 

dit-elle.

« Il y a eu beaucoup de changements. Mon espoir, c’est que grâce à mes efforts, moins d’enfants dans ma communauté — et pourquoi pas dans toute la région — soient touchés par la rougeole. »

Parmi ceux qui l’encouragent, une personne tient une place à part : sa fille Loubassa Hassan, 12 ans

« Elle m’encourage et est fière de moi. Elle espère que, grâce au travail de sa mère, d’autres enfants — y compris ses frères et sœurs — ne souffriront pas de la rougeole. »

Chaque conversation, chaque campagne, chaque matinée commencée avant l’aube, tout cela, c’est pour sa fierté. Et à travers cette fierté, c’est toute une communauté qui est protégée.

Grâce au soutien des partenaires tels que l’Alliance GAVI, le Partenariat global contre la Rougeole et la Rubéole, et d’autres, l'UNICEF appuie le ministère de la Santé Publique du Tchad dans la lutte contre la rougeole, le renforcement des systèmes de vaccination et contribue à protéger et à sauver d'innombrables vies.