Batoul, la voix de confiance qui protège les enfants d’Abéché par la vaccination
À Kamina, Batoul va de porte en porte pour écouter les familles, lever les doutes et rapprocher les enfants des services de santé
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Le soleil est déjà haut lorsque Batoul Atidjani, 40 ans, frappe à la porte d’une maison de Kamina, un quartier populaire d’Abéché, dans la province du Ouaddaï, dans l’est du Tchad. Une jeune mère, son bébé dans les bras, l’accueille avec le sourire. Batoul écoute ses préoccupations, répond à ses questions et prend le temps de dissiper les rumeurs qui alimentent les inquiétudes autour de la vaccination.
Mobilisatrice communautaire, Batoul joue un rôle de lien entre les familles et les services de santé. Elle sensibilise les parents, écoute leurs préoccupations, répond aux rumeurs et accompagne les équipes de vaccination dans les quartiers. Mère de six enfants et enseignante de formation, elle est engagée depuis 2016 dans les ripostes aux épidémies et les activités de vaccination à Abéché et dans ses environs.
Son engagement est pourtant né quelques années plus tôt, en 2010, lorsqu’une épidémie de rougeole a durement touché son quartier.
« Cette année-là, une épidémie de rougeole a frappé durement notre quartier de Kamina. Les enfants tombaient malades les uns après les autres. Dans toutes les familles, la peur s'était installée. Nous voyions la maladie progresser chaque jour, et cette situation nous a profondément marqué. »,
confie Batoul.
« J’ai vu des enfants de ma communauté atteints de la rougeole et la situation était vraiment grave », raconte-t-elle. « J’ai accompagné certains enfants au centre de santé de Kamina, où ils ont été pris en charge. Ce jour-là, j’ai compris que la vaccination pouvait sauver des vies. »
Depuis, Batoul parcourt les quartiers de Kamina. Elle va de maison en maison, écoute les familles et explique pourquoi la vaccination est importante pour protéger les enfants. Pendant les campagnes contre la polio, elle accompagne également les équipes vaccinales, notamment dans les quartiers où certaines familles hésitent ou refusent la vaccination.
« Souvent, l’intervention de Batoul est nécessaire pour pouvoir vacciner les enfants dans certains quartiers »,
explique Abdallah Waradogou, responsable du centre de santé de Kamina.
« Elle est très appréciée dans sa communauté. Grâce à elle, beaucoup de familles acceptent finalement la vaccination. »
Son approche repose d’abord sur l’écoute. Les formations qu’elle a suivies en mobilisation sociale, écoute sociale et communication interpersonnelle en faveur de la vaccination et de la nutrition ont renforcé ses capacités à identifier les préoccupations des familles, comprendre les rumeurs et adapter son dialogue aux réalités de chaque ménage.
Son travail dépasse aussi la vaccination. Elle sensibilise les femmes enceintes aux consultations prénatales et postnatales et les jeunes mères à la nutrition, à l’hygiène et aux soins essentiels aux enfants.
Pour Hawa, l’une des personnes sensibilisées par Batoul, une rencontre communautaire a changé sa perception de la vaccination.
« Quand je voyais Batoul parcourir les quartiers d'Abéché pour sensibiliser les familles, je pensais qu'elle n'avait rien d'autre à faire de son temps. Puis, un jour, elle nous a invités à une rencontre communautaire où elle nous a expliqué l'importance de la vaccination. Cette discussion a complètement changé ma façon de voir les choses. »
Quelques jours plus tard, Hawa reconnaît chez l’enfant d’une voisine des signes qui ressemblent à ceux de la diphtérie évoquée par Batoul et l’accompagne au centre de santé.
« Ce jour-là, j'ai compris toute l'importance du travail de Batoul et l'impact que peut avoir une simple séance de sensibilisation sur la vie d'un enfant. Depuis, je me suis moi aussi engagée aussi comme relais communautaire mobilisatrice auprès du centre de santé pour sensibiliser les familles et contribuer à protéger les enfants de notre communauté »,
confie-t-elle.
Aujourd’hui encore, pendant les campagnes de vaccination, Batoul marche de maison en maison, parfois pendant des heures, afin qu’aucun enfant de moins de cinq ans ne soit oublié.
« Quand je vois un enfant vacciné sourire ou une mère me remercier, je me dis que tous les efforts en valent la peine »,
confie-t-elle.
L'engagement de Batoul rappelle que protéger les enfants ne consiste pas seulement à rendre les vaccins disponibles. Il faut aussi créer la confiance nécessaire pour que les familles puissent poser leurs questions, dépasser leurs inquiétudes et accéder aux services de santé. À Kamina, Batoul joue chaque jour ce rôle de proximité, une famille après l’autre.
L’UNICEF, grâce au soutien du Fonds de lutte contre la pandémie (Pandemic Fund) a renforcé en 2025 les capacités de 2 206 mobilisateurs communautaires dans la province du Ouaddaï en communication interpersonnelle, mobilisation sociale et engagement communautaire pour soutenir la réponse aux épidémies. Ces formations renforcent leur capacité à écouter les familles, comprendre leurs préoccupations, répondre aux rumeurs et accompagner les communautés vers des décisions éclairées en faveur de la santé des enfants et des familles.