Près de 4000 personnes bénéficient désormais d'une eau potable à Maiba

‘‘ Nous avons beaucoup souffert de la consommation d’eau non potable ; en particulier les enfants ’’ : Haché, réfugiée soudanaise mère de 7 enfants

Brice Kevin DA
Une femme porte un bidon d'eau sur la tête.
UNICEF/2026/Da
08 juillet 2026

Sous un soleil de plomb, des dizaines de bidons forment une longue file devant les bornes fontaines. Nombreux, tous attendent le retour des camions-citernes qui assurent l’approvisionnement en eau potable dans ce nouveau camp de réfugiés à Maïba dans l'Est du Tchad. 

Parmi les premières personnes arrivées ce matin-là, Haché, 45 ans, veille sur son bidon. La plupart préfèrent regagner leur abri pour échapper à la chaleur écrasante. Haché, elle, choisit de rester sur place. Être parmi les premiers servis est, pour elle, la meilleure garantie de vite rentrer chez elle avec de l'eau. 

Des bidons disposés en attente de l'approvisionnement en eau par les camions-citernes.
UNICEF/2026/Da Des bidons disposés en attente de l'approvisionnement en eau par camion-citerne.

À quelques kilomètres du camp, Djibril, chauffeur de camion-citerne, attend lui aussi son tour. Devant le forage aménagé par le gouvernement qui alimente la zone en eau potable, camions-citernes, véhicules et charrettes se succèdent dans un ballet bien orchestré. Sous l'œil vigilant d'un délégué, chacun patiente afin de pouvoir remplir ses réservoirs.

Djibril ne cache pas son impatience; il ne quitte pas la file du regard. Il sait que des milliers de personnes au camp comptent sur lui. 

Le puits est aussi un point de ravitaillement essentiel pour les communautés hôtes, les voyageurs de passage et les éleveurs qui y viennent chaque jour pour puiser de l'eau.
UNICEF/2026/Da Le puits est aussi un point de ravitaillement essentiel pour les communautés hôtes, les voyageurs de passage et les éleveurs qui y viennent chaque jour pour puiser de l'eau.

Depuis le début de la guerre au Soudan voisin en avril 2023, des centaines de milliers de personnes en quête de sécurité ont trouvé refuge au Tchad. En mai 2026, le pays accueillait plus de 900 000 nouveaux réfugiés soudanais.

Le camp de Maïba, l'un des plus récents à avoir été aménagé pour répondre à cet afflux de populations, accueille déjà près de 4000 personnes, en majorité des femmes et des enfants. 

Après plusieurs heures, Djibril a enfin fait le plein du camion. Il prend aussitôt la route en direction du camp. Avant même son arrivée, une foule s'est déjà rassemblée autour des rampes.

À peine le camion-citerne est-il raccordé au bladder (réservoir de stockage de 10 m3) installé dans le camp, que les premiers litres d’eau commencent à couler. Sur les visages, c’est un profond soulagement. 

Djibril, conducteur du camion-citerne.
UNICEF/2026/Da Djibril, conducteur du camion-citerne.

Depuis deux mois, deux camions-citernes assurent chaque jour l'approvisionnement en eau dans le camp de Maïba avec en moyenne 80 à 100 m3 par jour. Leur mission commence dès l'aube, au niveau du forage, où l'eau est soigneusement traitée au chlore avant d'être distribuée. 

Chaque jour, trois rotations sont nécessaires pour fournir en urgence de l’eau potable aux populations refugiée et hôte environnante du camp.

« Je suis fier de voir à quel point les gens sont heureux lorsque nous arrivons avec les citernes pleines d'eau. Cela nous rappelle que nous contribuons au bien-être de toutes ces personnes » confie Djibril.  

Le moment tant attendu est enfin arrivé. Après une longue attente, chacun garde précieusement sa place dans la file, impatient de remplir son récipient.
UNICEF/2026/Da Le moment tant attendu est enfin arrivé. Après une longue attente, chacun garde précieusement sa place dans la file, impatient de remplir son récipient.
Haché remplit enfin son bidon. Un sourire se dessine : l'eau est enfin à portée de main.
UNICEF/2026/Da Haché remplit enfin son bidon. Un sourire se dessine : l'eau est enfin à portée de main.

Ça y est ! Haché a fait le plein le son bidon d’eau de 20l. Le sourire aux lèvres, elle se dirige vers un abri de fortune où elle vit avec ses 7 enfants. Aujourd’hui, elle envisage de conserver une partie de l’eau pour la boisson et la préparation de la bouillie. Pour la lessive et les autres besoins domestiques, il lui faudra revenir plus tard, et patienter de nouveau. 

Haché retourne chez elle avec son bidon d'eau pour les besoins de sa famille.
UNICEF/2026/Da Haché retourne chez elle avec son bidon d'eau pour les besoins de sa famille.

Il y a encore quelques mois, avant la mise en place de ce système d'approvisionnement d’urgence en eau potable via les camions-citernes, les habitants de Maïba, réfugiés comme autochtones, n'avaient d'autre choix que de parcourir près de cinq kilomètres pour puiser de l’eau dans un wadi (un cours d'eau saisonnier). Cette eau, pourtant impropre à la consommation, était leur unique source. C’était une question de survie. 

« Regardez par vous-mêmes. C'est ici que nous venions chercher l'eau. La lessive se faisait de ce côté, nous prélevions l'eau de boisson un peu plus loin, et les animaux venaient s'abreuver de l'autre côté. C'était notre quotidien. Nous en avons beaucoup souffert ; en particulier les enfants » se souvient Haché avec émotion. 

Du bout du doigt, Haché montre le cours d'eau qui constituait, jusqu'à récemment, la principale source d'approvisionnement en eau pour elle et les autres réfugiés.
UNICEF/2026/Da Du bout du doigt, Haché montre le cours d'eau qui constituait, jusqu'à récemment, la principale source d'approvisionnement en eau pour elle et les autres réfugiés.

Chaque distribution d'eau est minutieusement orchestrée. Au cœur de ce dispositif se trouve Parfait, un agent de l’ONG nationale Kites, partenaire de l’UNICEF. Avec son équipe, composée d'un superviseur et de six relais communautaires, il veille au bon déroulement de toute la chaîne d'approvisionnement : du traitement de l'eau à la source jusqu'à sa distribution sur le site et même à la sensibilisation des ménages sur l’hygiène. 

Parfait.
UNICEF/2026/Da Parfait.

Nous devons être solidaires, surtout des personnes réfugiées, et leur apporter un minimum de bien-être ; et c’est pour cela que nous sommes ici, mon équipe et moi.

À Maïba, l'accès à l’eau potable change le quotidien des populations. Grâce au soutien financier du Fonds central des Nations Unies pour les interventions d'urgence (CERF) et du gouvernement américain, l'UNICEF et ses partenaires, aux côtés du Ministère de l'Eau et de l'Énergie, fournit de l’eau potable aux populations tchadiennes et réfugiées.

Néanmoins, alors que la crise au Soudan se prolonge et que les besoins humanitaires ne cessent de croître, maintenir et améliorer les services essentiels, notamment l'accès à l'eau potable, à l'hygiène et à l'assainissement, demeure indispensable pour protéger la santé des enfants, réduire les risques d'épidémies et préserver la dignité des familles.

L' eau potable ne devrait jamais être un privilège.