« Nous ne savons pas combien de temps nous pourrons encore tenir dans ces conditions » Howa Adam
Dans la province du Lac, au Tchad, où les violences provoquent des déplacements de populations, l’accès à l’eau potable, aux latrines et aux kits d’hygiène essentiels apporte un soulagement aux enfants et aux familles déplacés.
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La nuit où Howa Adam a fui son village avec sa famille, ni le départ ni la destination n’étaient choisis.
« Nous avions appris qu’il y avait des enlèvements et des tueries en cours dans le village et nous avons immédiatement pris la fuite, laissant tout derrière nous. »
Âgée de 30 ans, Howa vivait à Tchoukou Keina, un village dans les îles du lac Tchad. Il y a quatre mois, des attaques de groupes armés l’ont contrainte à fuir avec son mari, sa mère et son fils Hakim âgé seulement de deux ans. Après une première étape dans un village voisin, ils ont rejoint le site de Fourkoulom, dans l’espoir d’y trouver un refuge et la paix.
Échapper aux violences n’était cependant que le début d’une autre épreuve : celle de survivre, face à d'énormes besoins.
A Tchoukou Keina, Howa et son époux pratiquaient l'agriculture et la pêche pour subvenir aux besoins de la famille. Mais à Fourkoulom, les terres sont peu propices à l’agriculture et les possibilités pour eux de générer des revenus sont très limitées.
« Ici, nous ne menons aucune activité. Les conditions de vie sont difficiles, surtout pour les enfants ; Nous ne savons pas combien de temps nous pourrons encore tenir ainsi. »
Comme Howa et sa famille, des milliers de personnes ont fui l’insécurité dans les îles du lac Tchad et le long de la frontière avec le Niger voisin pour trouver refuge dans plusieurs localités de la province tchadienne du Lac.
Entre mai et septembre 2026, les autorités tchadiennes ont enregistré plus de 75 000 personnes déplacées internes, réparties sur 16 sites d’accueil dans les départements de Fouli et de Kaya, dans la province du Lac. De nouveaux déplacements continuent d’être signalés dans le département de Fouli, tandis que l’insécurité persiste dans plusieurs zones, rendant un retour à court terme des populations, peu envisageable.
À Fourkoulom, l’afflux des familles a profondément bouleversé la vie sur le site ; environ 12 000 personnes y sont désormais installées depuis quelques mois. Qui mieux que Mahamat Barkami, le ''Boulama'' (représentant) du site, lui-même déplacé et arrivé dans la localité il y a un peu plus d'un an, pour témoigner de cette réalité ?
Il y a encore un peu plus de quatre mois, ce site accueillait 300 personnes. Maintenant, la population actuelle se compte en milliers, et cela ne cesse d’augmenter.
Mahamat sert aussi d’interlocuteur auprès des autorités et des acteurs humanitaires, et contribue à la gestion des tensions sur le site le site lié à l’insuffisance/rareté des services sociaux de base. Au quotidien, il voit les besoins s’accumuler à mesure que d'autres familles arrivent.
« Nous manquons de presque tout ici ; la nourriture, les abris, et même l’accès à l’eau restent toujours une préoccupation majeure pour la plupart, »
souligne-t-il.
La situation est d’autant plus préoccupante que la province du Lac fait également face à une épidémie de choléra toujours active et à des conditions agro-pastorales défavorables, liées au déficit pluviométrique. Ce contexte fragilise davantage les moyens de subsistance des familles et accentue les risques de malnutrition chez les enfants.
Grace au financement du Fonds humanitaire Régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (FHRAOC), l’UNICEF en collaboration avec le Comité International pour l’Aide d’Urgence et le Développement (CIAUD) et le Ministère de l’Eau et de l’Energie, a construit 163 latrines /douches familiales partagées sur le site au profit de 3 260 personnes au ratio d’une cabine pour 20 personnes.
1 600 kits d’hygiène et de traitement de l’eau, comprenant notamment du savon, des bouteilles d’eau de Javel, des seaux, des gobelets, des bidons, et des produits de purification de l’eau, ont également été distribués aux ménages.
Pour Howa, cette assistance apporte un soulagement dans un quotidien marqué par le manque, où chaque jour est un nouveau défi pour assurer sa propre survie et celle de sa famille.
« Le forage, les latrines et le matériel que nous avons reçu nous soulagent beaucoup et nous rappellent que des bonnes volontés existent encore »
Howa.
Mais, les arrivées continuent de mettre les infrastructures et les services sociaux de base de la localité sous pression, car dépassant largement les capacités de réponse disponibles. « Nous sommes ravis de disposer de ces latrines, mais la surpopulation du site rend leur nombre très insuffisant », souligne Mahamat.
Avec l’appui de l’UNICEF et du CIAUD, des efforts collectifs de sensibilisation sont mis en place pour améliorer les conditions d’hygiène et renforcer les capacités de la communauté.
Adeï Yosko Hatcha, animateur WASH au CIAUD, est l’une des figures clés de la sensibilisation des familles aux bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement.
Nous sensibilisons les communautés aux bonnes pratiques d’hygiène afin qu‘elles abandonnent les comportements à risque et apprennent à mieux préserver leur santé.
Des comités d’hygiène et d’assainissement, composés de membres de la communauté, ont été mis en place. Des dispositifs de lavage des mains ont également été installés à plusieurs endroits du site. Selon l’animateur, ces efforts commencent à produire des changements, notamment dans le lavage des mains et l’utilisation des latrines.
La construction des latrines a également permis de renforcer les compétences locales. Plusieurs jeunes de la communauté ont ainsi été formés et ont participé à la construction de ces infrastructures.
« Nous sommes fiers d'avoir été impliqué dans la construction de nos propres latrines. Nos jeunes ont ainsi acquis un savoir-faire, et nous sommes vraiment heureux de voir que les choses se déroulent de cette manière »
, explique Mahamat.
Au milieu de cette crise, Howa pense avant tout à son fils Hakim.
« L’avenir de mon fils me préoccupe beaucoup. J’espère qu’il pourra grandir dans de meilleures conditions et avoir une vie meilleure, » dit Howa.
Son souhait rejoint celui de Mahamat, qui espère voir les familles trouver des conditions de vie plus dignes et des moyens de subvenir elles-mêmes à leurs besoins.
Derrière toutes ces personnes déplacées, ce sont des familles qui ont fui la violence, des communautés qui tentent de reconstruire leur quotidien et des parents qui rêvent d'un avenir meilleur pour leurs enfants.
Pour Howa, l’essentiel est de pouvoir offrir à Hakim les conditions nécessaires pour grandir en bonne santé et construire un avenir meilleur.
Mais, pour l’heure, les difficultés du quotidien ne la rassurent pas.