Renforcer l’éducation au cœur de la République Centrafricaine

L’UNICEF et ses partenaires s’efforcent pour améliorer les conditions d’accès à l’école des enfants d’une zone difficile.

Jose Carlos Rodriguez Soto ?UNICEF
Florence Mbata, élève de l’école primaire de Bokolobo, aime résoudre des problèmes mathématiques
UNICEF/Rodriguez
11 juin 2025

Le directeur de l’école centrafricaine écrit sa question au tableau.

“Une cour d’école a un périmètre de 280 mètres. La largeur dépasse la longueur de 30 mètres. Calculez les dimensions.”

Le directeur, Thierry Wamatchi, recule et Florence Mbata, 14 ans, s’empresse de répondre. Au bout de quelques minutes, elle montre la bonne solution et toute la classe applaudit à tout rompre. 

Bienvenue à l’école primaire de Bokolobo, au centre de la République Centrafricaine, une école de 960 élèves (dont 430 filles) entassés dans quatre salles de classe. Il n’est pas seulement le directeur de l’école, il est le seul enseignant qualifié. Quatre autres maitre-parents volontaires l’assistent.

Equiper les volontaires

L’UNICEF, avec le soutien de l’Union Européenne, a lancé un programme de formation accélérée pour les “maitre-parents”, comme on appelle les bénévoles. Le premier atelier de formation a eu lieu pendant les dernières vacances scolaires et les quatre parents enseignants se disent impatients de participer à la deuxième partie, en juin, à la fin de l’année scolaire. Le programme prévoit également la construction et la réhabilitation de 150 écoles dans plusieurs zones du pays, et Bokolobo figure sur la liste.

La route de terre de 75 kilomètres qui relie la ville de Bambari a Bokolobo est dans un état épouvantable et prend au moins cinq heures en véhicule. Pendant plusieurs années, la bourgade a été le quartier général de l’un des groupes rebelles centrafricaines et, bien qu’ils n’y soient plus, les années de conflit ont laissé de traces. L’insécurité est toujours omniprésente dans la région, avec des rapports réguliers de vols et d’enlèvements. Les conflits entre agriculteurs sédentaires et nomades armés transportant du bétail sont également fréquents.

Retour à l’école

“Pendant le conflit, l’école n’a pas pu fonctionner régulièrement”, explique le directeur Wamatchi. C ‘est pourquoi il n’est pas rare aujourd’hui des garçons de 18 ou 19 ans dans les premières années du cycle primaire.

Avec le semblant de stabilité dont les gens jouissent aujourd’hui, les parents sont impatients d’envoyer leurs enfants à l’école, malgré le manque de moyens. Kalkouma, mère de quatre enfants, est fière de les voir tous dans les classes, “pour qu’ils deviennent quelqu’un dans la vie”, et se réjouit d’apprendre que l’école sera bientôt réhabilitée.  

Kalkouka est heureuse de voir ses quatre enfants étudier.
UNICEF/Rodriguez Kalkouka est heureuse de voir ses quatre enfants étudier.

Selon les données de l’UNICEF, seuls 66% des enfants fréquentent régulièrement l’école primaire et 8% l’école secondaire en RCA. Seuls 27% des enfants terminent l’école primaire, et parmi les chanceux qui parviennent à entrer dans les écoles secondaires, seuls 12% terminent le cycle. La plupart des enfants qui abandonnent l’école sont des filles.

Changer cette situation pour le meilleur est l’objectif principal du travail de l’UNICEF dans le domaine de l’éducation en RCA. Soutenu par l’Union Européenne, il travaille dans certains des endroits les plus difficiles à atteindre du pays. Dans ce cadre, en 2024, 1 539 nouveau instituteurs ont été intégrés dans la fonction publique (l’objectif est de 6 000 d’ici 2027).

En plus de la construction de salles de classe et de la formation des maitres parents, les kits scolaires encouragent les enfants à s’inscrire à l’école et à y rester. Le 22 mai 2025, l’UNICEF, par l’intermédiaire de son partenaire COOPI, a distribué des kits scolaires aux enfants de Bokolobo, et de trois autres écoles situées le long de la même route : Digui, Yangouya et Bato Badja.

Aya Abdoulaye avec son nouveau kit scolaire, fourni par l’UNICEF grâce au financement de l’Union Européenne en République Centrafricaine
UNICEF/Rodriguez Aya Abdoulaye avec son nouveau kit scolaire, fourni par l’UNICEF grâce au financement de l’Union Européenne en République Centrafricaine.

A Bato Badja, a environ 40 kilomètres de Bokolobo, nous trouvons une situation similaire : il y a 812 élèves (dont 384 filles) répartis dans quatre salles de classe.

Ezek, 12 ans, est reconnaissant d’avoir reçu un kit scolaire et espère que l’apprentissage à l’école l’aidera dans son futur travail d’agriculteur, sur les traces de son père. “Pourquoi pas ?”, dit-il en escaladant le mur de sa salle de classe pour regarder à l’intérieur, “on peut avoir une vie heureuse et bien nourrir sa famille, mais les études sont importantes, parce qu’elles vous aident à faire du commerce avec vos produits ». 

 Distribution de kits scolaires à l’école primaire de Bato Badja
UNICEF/Rodriguez Distribution de kits scolaires à l’école primaire de Bato Badja.

La visite s’achève par une halte à Digui, un village animé situé à un carrefour routier important, avec des nombreux camions gares à côté de son marché très fréquenté. Le directeur de l’école explique que les jours de mache peuvent avoir un impact sur la fréquentation de l’école, car les enfants effectuent des petits boulots ces jours-là. La présence d’enfants dans certaines mines de diamants artisanales situées à proximité est également l’une de ses préoccupations.

A Digui, les salles de classe sont des abris de fortune et le projet de l’Union Européenne prévoit la construction de deux nouveaux blocs en ciment pour les remplacer. Les travaux devraient être complétés par un bureau, des toilettes et un point d’eau. 

Les salles de classe de l’école primaire de Digui sont inadéquates pour les nombreux enfants qui la fréquentent.
UNICEF/Rodriguez Les salles de classe de l’école primaire de Digui sont inadéquates pour les nombreux enfants qui la fréquentent.

La journée se termine par un match de football animé qui semble obéir à des règles peu conventionnelles : apparemment, il n’y a pas d’équipes, et des dizaines de garçons et de filles courent après le ballon et applaudissent bruyamment chaque fois qu’ils marquent un but dans l’espace entre deux pierres gardées par celui qui semble être le plus grand garçon du coin. Avec un peu de chance, ces enfants auront bientôt d’autres raisons de se réjouir : la vue d’une école flambant neuve ou ils seront assis sur de nouveaux table-bancs, dans des bonnes salles de classe, et utiliseront des kits d’apprentissage tout neufs. 

Ozek et ses amis veulent devenir agriculteurs
UNICEF/Rodriguez Ozek et ses amis veulent devenir agriculteurs.