Des déchets à l’espoir. Le voyage de Caleb

Grâce au soutien de « Education Cannot Wait », l'UNICEF et ses partenaires aident les enfants vivant dans les rues de Bangui à acquérir des compétences professionnelles et à se construire un avenir meilleur.

Jose Carlos Rodriguez Soto/ UNICEF RCA
  Caleb Ngawan aime mettre en pratique les compétences techniques qu'il a acquises.
UNICEF/Rodriguez
20 juillet 2026

Vêtu de son uniforme de mécanicien, qu’il prend grand soin de garder impeccablement propre, Caleb Ngawan, 19 ans, nous raconte ses tout premiers souvenirs d’enfance. Il se souvient avoir du temps lorsqu’il courrait dans la grande cour du monastère du quartier de Boy Rabe, à Bangui.

À l’âge de trois ans environ, fin 2013, il s’est retrouvé à vivre dans la cour du monastère avec sa famille, aux côtés de milliers d’autres personnes qui avaient fui les violences en ville. À l’époque, des combats intenses avaient transformé la capitale centrafricaine en champ de bataille. Mais le pire était encore à venir quelques années plus tard, comme il s’en souvient très bien :

« Un jour, alors que je n’avais même pas dix ans, mes parents m’ont dit qu’ils ne pouvaient plus s’occuper de moi. Du jour au lendemain, je me suis retrouvé à la rue. Pendant six ans, j’ai passé mes journées à ramasser des déchets dans les quartiers, ce qui me rapportait 200 francs CFA (environ 30 cents de dollar) par brouette. Je dormais avec d’autres enfants dans les entrées d’immeubles du centre-ville et j’avais souvent faim. »

Caleb Ngawan, élève de formation professionnelle de l’école Don Bosco

Outre l'odeur nauséabonde des ordures, dont il n'arrivait toujours pas à se débarrasser, deux autres choses restaient gravées dans la mémoire de Caleb : la frustration de ne pas avoir pu étudier, et le nom que les gens donnaient aux enfants comme lui : « godobe », un mot de la langue sango qui désigne les enfants vivant dans la rue et qui a une connotation très négative

« Je déteste le nom godobe. Chaque fois que je l’entends, je me sens profondément offensé. Les gens nous appelaient ainsi pour nous insulter, comme si nous étions dangereux. Quand ils nous voient dans la rue, ils nous évitent. Mais ce n’était pas ma faute si j’ai grandi sans avoir de foyer où vivre avec mes parents, comme les autres enfants. »

Caleb Ngawan

Le destin de Caleb a basculé le jour où il a rencontré des bénévoles du CADMR (Centre d’Action pour le Développement du Monde Rural), une ONG nationale qui menait un recensement des enfants vivant dans les rues de Bangui. Lorsque Caleb les a entendus lui proposer de l’emmener dans une école où il pourrait apprendre un métier gratuitement, il a été fou de joie.

Ils l’ont mis en relation avec une autre ONG, Amici per il Centrafrica, partenaire de l’UNICEF, qui s’est chargée de toutes les démarches nécessaires. L’étape suivante consistait à lui trouver un logement pour le sortir de la rue. Après quelques démarches de médiation, Caleb a finalement pu aller vivre chez l’une de ses tantes, chez qui il réside encore aujourd’hui.

Lorsqu’on lui a présenté les différentes options de formation professionnelle disponibles — mécanique, maçonnerie, électricité, soudure —, Caleb n’a pas hésité.

« J’ai toujours été fasciné par la mécanique. J’adore comprendre comment les pièces d’un moteur fonctionnent pour faire rouler une voiture. Je peux passer des heures à démonter des pièces et à les remonter. »

Christine a également suivi une formation professionnelle au centre Don Bosco
UNICEF/Rodriguez Christine a également suivi une formation professionnelle au centre Don Bosco

Grâce au financement d’« Education Cannot Wait », l’UNICEF, en partenariat avec Amici per il Centrafrica, a dispensé au cours de l’année écoulée une formation professionnelle à 17 garçons et 3 filles en situation de vulnérabilité. La formation s’est déroulée au Centre Don Bosco, dans le quartier de Damala. Afin de leur garantir les conditions nécessaires pour étudier sans interruption, le projet a mis en place un service de transport quotidien en minibus entre leur domicile et le centre, ainsi qu’un repas de midi.

Christine (ce n'est pas son vrai nom), 17 ans, fait partie des élèves qui ont bénéficié de cette formation. Son histoire n'est pas très différente de celle de Caleb.

« J’ai toujours voulu faire des études, et quand, un jour, mes parents m’ont dit qu’ils n’avaient pas les moyens de payer mes études, j’étais tellement en colère que je me suis enfuie de chez moi. J’ai passé plusieurs mois dans la rue. Mon pire souvenir, ce sont les agressions que les filles comme moi devaient subir. Beaucoup d’hommes profitaient de notre situation pour abuser de nous. »

Christine s'est vu offrir la même opportunité de suivre une formation professionnelle au centre Don Bosco, grâce à la même ONG qui avait contacté Caleb. Fin juin, tous deux faisaient partie des 30 adolescents qui ont reçu des certificats attestant de leur participation aux cours.

Pendant sa période de formation, Caleb suit les consignes données par un mécanicien expérimenté.
UNICEF/Rodriguez Pendant sa période de formation, Caleb suit les consignes données par un mécanicien expérimenté.

L'obtention de leur diplôme ne marque pas la fin de leur formation. Au cours des mois suivants, ils doivent encore effectuer plusieurs mois de stage supervisé, qui débute au Centre Don Bosco même et se poursuivra dans d'autres ateliers qui les accueilleront pendant cette période.

Caleb descend dans la fosse des mécaniciens, où il démonte plusieurs pièces d'un véhicule en réparation tout en écoutant attentivement les explications de son formateur. Il est convaincu que le chemin qui s'ouvre devant lui le mènera loin.

« À la fin de la formation, on nous remettra la trousse de mécanicien. Ce que je souhaite par-dessus tout, c’est pouvoir monter notre propre garage avec mes camarades de formation et gagner ma vie. Tout au long de la formation, on nous a toujours répété que, si nous travaillions dur, nous y arriverions. »

Nestor Yamenedji, de l'UNICEF, remet son diplôme scolaire à Caleb Junior, le jour de la cérémonie de remise des diplômes au Centre Don Bosco.
UNICEF/Rodriguez Nestor Yamenedji, de l'UNICEF, remet son diplôme scolaire à Caleb Junior, le jour de la cérémonie de remise des diplômes au Centre Don Bosco.

Depuis 2023, l’UNICEF et ses partenaires ont accompagné 180 enfants en situation de vulnérabilité à Bangui. Ils ont bénéficié des actions de renforcements des acquis scolaires ou des formations professionnelles, visant à favoriser leur réinsertion sociale et scolaire.