Pour les enfants scolarisés en RCA, le handicap n'est pas synonyme d'incapacité
L'UNICEF et ses partenaires, avec le soutien de l'Union Européenne, s'efforcent de mieux intégrer les enfants en situation de handicap, afin de veiller à ce qu'aucun enfant ne soit laissé sans scolariser.
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Depuis sa naissance, Salomon, âgé de 12 ans, ne peut utiliser qu’un seul de ses bras. Même s’il sait que son handicap limite certains de ses mouvements, cela n’a jamais entamé sa détermination.
« Je sais écrire de la main droite. Je suis aussi très doué pour le football et pour réciter en français. »
Salomon vit dans un village situé près de l'école primaire Kobo-Suzanne, dans la préfecture de Kémo en République Centrafricaine, à environ 35 kilomètres de la ville de Sibut. Il n'a commencé l'école qu'il y a trois ans, n'ayant pas pu y aller auparavant en raison de difficultés financières. Son inscription a été rendue possible lorsque le directeur de l'école, Jean-Baptiste Semandele, a décidé de dispenser sa famille des frais d'inscription.
Alors que les enfants de son âge auraient normalement déjà intégré le collège, Salomon est encore en troisième année du primaire. S'il continue sur cette voie, il pourrait entrer au collège d'ici trois ans, lorsqu'il aura 15 ans.
Assurer une transition en douceur entre l'école primaire et l'école secondaire reste l'un des principaux défis de la République centrafricaine. Selon les données de l'UNICEF, seuls 27 % des enfants qui entrent à l'école primaire parviennent à la terminer, et à peine 8 % poursuivent leurs études secondaires de manière régulière — un chiffre encore plus bas pour les filles.
Pour les enfants en situation de handicap, les chances sont encore plus faibles.
« Accorder une attention particulière aux enfants vulnérables, notamment ceux en situation de handicap, est l’un des objectifs principaux de ce programme éducatif quadriennal financé par l’Union européenne »,
Depuis son lancement en 2023, le programme, mis en œuvre par le Conseil norvégien pour les réfugiés, vise à venir en aide à 60 000 enfants en tant que bénéficiaires directs.
À son achèvement, le projet devrait avoir permis de construire ou de rénover 450 salles de classe et de former 750 enseignants – dont la moitié de femmes – dans huit préfectures.
L'école de Salomon, Kobo-Suzanne, fait partie des 46 écoles récemment achevées dans trois préfectures du centre : Kémo, Nana-Gribizi et Ouham-Fafa.
Les trois nouvelles salles de classe de l'école peuvent accueillir environ 300 élèves. L'établissement compte quatre enseignants, dont un seul est diplômé, les autres étant des bénévoles (maitre-parents) ayant suivi une formation limitée.
Le projet de construction comprend également un bureau, des latrines équipées de lavabos et un forage – un atout inestimable dans un pays où la plupart des écoles n'ont pas accès à l'eau potable. Le programme a en outre soutenu une association de parents très active, connue sous le nom de Kundukua, et facilité la délivrance de certificats de naissance tardifs pour tous les élèves.
Salomon n’est pas le seul enfant handicapé à fréquenter les classes de Kobo Suzanne. « Nous avons une autre élève, atteinte d’un handicap moteur », explique le directeur Jean-Baptiste Semandele. « Malheureusement, son domicile est assez éloigné et elle manque souvent les cours », déplore-t-il.
Le programme met particulièrement l’accent sur les enfants vulnérables, notamment ceux qui vivent avec un handicap. Les barrières culturelles et les difficultés financières continuent d’entraver leur intégration à l’école. Pour y remédier, les animateurs qui travaillent avec les groupes de parents et d’enseignants ainsi qu’avec les membres de l’association Kundukua encouragent les communautés à faire un effort supplémentaire, afin de s’assurer qu’aucun enfant, quel que soit son handicap, ne soit laissé pour compte.
À cinquante kilomètres au nord de l'école de Salomon, un bâtiment récemment construit se dresse dans le village de Brouilli, dans la préfecture de Nana-Gribizi. Il accueille 470 élèves, dont trois enfants en situation de handicap. L'une d'entre eux est Dorelle, âgée de 12 ans, qui est née avec une malformation au pied et a du mal à marcher. Heureusement, elle habite suffisamment près de l'école pour pouvoir s'y rendre chaque jour.
La situation de Dhabama Silo, âgé de huit ans, est tout autre. Il est assis avec ses camarades de classe et est heureux d’être parmi eux. « Le problème, c’est que, comme il ne parle presque pas, il est difficile de savoir s’il apprend. Il se contente de sourire, et jusqu’à présent, il n’a pas encore réussi à écrire », explique Elli Passiri, l’une des mères-enseignantes de l’école.
« Mais nous n’avons pas baissé les bras », ajoute-t-elle. « Avec de la patience, je suis convaincue que nous y parviendrons. »
Les enfants qui bénéficient du soutien de leur famille ont les meilleures chances de réussir, et Solomon fait partie de ces chanceux. Son père, Pougaz Blanclaim, qui habite près de l’école, vient souvent lui rendre visite pour suivre ses progrès et l’encourager. « Je veux qu’il étudie comme tous les autres enfants », dit-il.
Pougaz et sa femme, Alima Moteba, sont agriculteurs et ont cinq enfants. Solomon, leur fils aîné, est le plus âgé de trois garçons et deux filles.
« Je n’ai jamais vu mon fils victime de discrimination. Il est heureux, et nous l’avons toujours soutenu, même si nous n’avons pas beaucoup de moyens. Je veux qu’il poursuive ses études aussi loin qu’il le pourra », déclare Blanclaim.
Débordant d’enthousiasme, Solomon aborde la vie avec optimisme, comme s’il n’y avait aucune limite à ce qu’il peut accomplir.
« Je veux devenir enseignant parce que j'aime aider les enfants. Mais si je n'y arrive pas, j'ai un autre projet : j'aimerais être chauffeur pour une ONG. Même si je ne peux écrire que d'une seule main, rien ne m'empêchera de bien conduire avec. »