L’élevage des cabris pour assurer l’éducation des enfants
Grâce à un programme d’aide financière et d’éducation, l’UNICEF et ses partenaires aident les familles de la préfecture de Lim Pende, en République centrafricaine, à mettre en place des moyens durables de financer la scolarité de leurs enfants.
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Elysée Ndorate, un agriculteur d’une quarantaine d’années, est convaincu que l’élevage de chèvres est un excellent moyen de gagner de l’argent pour financer les études de ses huit enfants.
« Si j’achète une chèvre, le bouc de mon voisin s’accouple avec la mienne, et au bout de quelques mois, j’ai des petits qui gambadent et grandissent bien. Je les élève, puis je les vends, ce qui me permet d’avoir assez d’argent pour payer les études de mes enfants. »
Ils vont tous à l'école à Gouze, un grand village de la préfecture de Lim Pende situé à un carrefour routier important. C'est un homme travailleur pour qui ses enfants sont ce qu'il y a de plus important, et il a des idées très claires qu'il exprime sans hésitation :
« J’ai toujours voulu que tous mes enfants aillent à l’école. Ma fille Belya va terminer l’école primaire cette année, et je ferai tout mon possible pour qu’elle poursuive ses études au collège. Il y a des hommes d’affaires fortunés qui proposent des sommes d’argent considérables pour épouser une adolescente, mais je dirai toujours non. La mère de Belya et moi lui répétons sans cesse que le plus important dans sa vie, c’est d’étudier et d’aller à l’université. »
Belya, 15 ans, lève les yeux de son cahier avec un sourire confiant. Elle est ravie d’étudier dans l’une des nouvelles salles de classe récemment construites par l’UNICEF et son partenaire, Plan International. Grâce au financement du consortium « Education Cannot Wait » (ECW), l’école dispose désormais d’un nouveau bloc de salles de classe, ainsi que d’un bureau et de toilettes.
Près de 2 000 élèves fréquentent l'école en deux services, répartis entre les salles de classe neuves et les anciennes. L'école emploie trois enseignants diplômés et huit éducateurs bénévoles, appelés localement « maîtres parents ».
Son camarade de classe, Dieu Beni Dimanche, âgé de 14 ans, partage sa passion pour l’éducation. « Mon projet immédiat pour l’avenir est de passer l’examen de fin de primaire et d’intégrer le collège », dit-il. « Je veux continuer à étudier aussi longtemps que possible. »
Afin d’aider les familles à accompagner la transition de leurs enfants de l’école primaire au secondaire, l’UNICEF, en partenariat avec le ministère de l’Éducation, a lancé une initiative conjointe qui apporte une aide financière aux ménages vulnérables de la préfecture de Lim Pende. L’ECW et l’Union européenne financent ce programme depuis sa création.
À ce jour, 23 écoles ont bénéficié de ce programme : 17 soutenues par l’ECW et sept par l’Union européenne.
La communication communautaire est un élément important du programme. Aujourd’hui, l’UNICEF a organisé une réunion communautaire : 60 personnes sont assises en cercle à l’ombre généreuse des manguiers. Chaque foyer a reçu 15 000 CFA (environ 30 euros) par trimestre scolaire. Les frais de scolarité en République centrafricaine sont nuls, mais les familles doivent tout de même faire face à certains coûts pour envoyer leurs enfants à l'école, comme les frais d'inscription et les fournitures scolaires. Bien que modestes, ces coûts peuvent représenter une charge considérable pour une famille comme celle de Belya ou de Dieubeni, qui comptent chacune sept enfants.
Nestor Yamenendji, responsable de l'éducation à l'UNICEF et membre de l’équipe de gestion du programme d'aide financière, utilise le concept de « capital de départ ». Il écoute patiemment les parents venus aujourd'hui à la réunion communautaire. Il prend bonne note des expériences qu'ils partagent et encourage chaque famille à soutenir l'éducation de ses enfants.
« Vous rendez-vous compte à quel point l’éducation est importante ? C’est la chose la plus importante dans la vie d’un enfant. Si je n’avais pas fait d’études moi-même, je ne serais pas ici aujourd’hui à travailler pour l’UNICEF et à vous parler. »
Mais le programme d’aide financière à l’éducation ne consiste pas simplement à distribuer de l’argent en espérant que les familles le dépensent d’un seul coup pour subvenir à leurs besoins immédiats. Il est conçu pour favoriser une culture de la planification et de l’investissement, en aidant les familles à faire durer davantage ces fonds tout en s’assurant qu’ils servent à soutenir l’éducation de leurs enfants.
La pauvreté généralisée est un facteur déterminant dans les faibles résultats scolaires de la RCA. Les indicateurs sociaux actualisés de la RCA montrent que près de 4 enfants sur 10 ne sont pas scolarisés, cette proportion étant plus élevée chez les filles. Le pays affiche le deuxième pire taux au monde en matière de non-scolarisation des enfants, ainsi qu’en ce qui concerne la proportion d’enfants achevant le cycle primaire. Pour la plupart d’entre eux, l’accès au secondaire reste donc un rêve lointain.
Elysée insiste sur le fait que, grâce au programme d’aide financière à l’éducation, il a trouvé un moyen d’assurer la pérennité de la scolarité de ses enfants, afin qu’aucun d’entre eux ne soit contraint d’abandonner l’école.
« Les chèvres sont le meilleur moyen de faire fructifier son argent. Si je gère les bénéfices à bon escient, je gagne suffisamment pour payer les études de mes enfants. Je ne le gaspille pas en bière ou en autres dépenses inutiles : dès que j’ai de l’argent, je l’investis dans la scolarité de mes enfants. »
Adeline Yassarandji, la mère de Dieubeni, partage ce point de vue. Comme beaucoup de familles, elle et son mari concilient l’agriculture et la vente de produits au marché pour subvenir aux besoins de leur foyer, en particulier à ceux des enfants.
Grâce à ce programme générateur de revenus, leurs enfants commencent à se forger leur propre avenir. Dieubeni dit vouloir faire des études pour devenir directeur d’école et contribuer à améliorer l’éducation des autres enfants, tandis que Belya rêve de devenir infirmière.
Tous deux ont des ambitions bien définies pour leur vie. Ce qui est remarquable, c’est de voir comment des sommes d’argent relativement modestes, confiées à des parents très motivés et débrouillards, peuvent changer le cours d’une vie.