Princesse deviendra reine: les bienfaits de la supplémentation en vitamine A
Un geste simple contre la malnutrition
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Dans le centre de santé de Ouango, à Bangui, Marina Kokouelet tient tendrement sa fille, Princesse, dans les bras. Âgée de 15 mois, celle-ci reçoit sa deuxième dose de vitamine A, un apport essentiel à sa croissance et à sa santé.
L’infirmière Rachèle Kardoum, avec assurance, lui administre les gouttes tout en rappelant leurs bienfaits : croissance optimale, renforcement du système immunitaire et protection de la vision. Pourtant, la fillette se met à pleurer, troublée par ce traitement qui lui est inconnu. D’un sourire, Rachèle tente de la rassurer, lui murmurant que cette vitamine l’aidera à grandir fort et à devenir une reine, comme le destin l’exige pour une princesse.
Dans un pays où 37,9 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique et 5,5 % de malnutrition aiguë sévère, ce geste en apparence anodin est en réalité une arme essentielle pour améliorer la nutrition des enfants. Grâce au soutien du gouvernement canadien (Global Affairs Canada), la vitamine A est désormais administrée dans les hôpitaux et les centres de santé, ainsi que lors des campagnes de vaccination contre la poliomyélite et la rougeole. D’ailleurs, en 2024, plus d’un million d’enfants de 6 à 59 mois, dont 547151 filles ont été supplémentés pour la première dose de vitamine A pendant la campagne polio.
Ce programme inclut également un traitement antiparasitaire à l’albendazole, permettant d’éliminer les vers intestinaux et d’améliorer l’absorption des nutriments chez les enfants.
Si ces efforts portent leurs fruits, c’est aussi grâce à des acteurs de terrain engagés, tels que Thierry Kowawa, relais communautaire depuis 2016 dans le 7ᵉ Arrondissement de Bangui. Chaque jour, il parcourt les quartiers qui lui sont assignés, convainc les parents, répond à leurs interrogations et s’assure qu’aucun enfant ne soit oublié.
Nous sommes une équipe de 30, mais aujourd’hui, nous sommes 10 sur le terrain. L’arrondissement est immense, avec 40 quartiers, mais nous connaissons chaque foyer. Aucun enfant ne doit être laissé pour compte.
Dans le 5ᵉ arrondissement, Gisèle Endjikélémo, présidente de la branche de l’Organisation des Femmes Centrafricaines (OFCA) de sa zone, mène un combat similaire. Depuis 2021, avec son équipe de dix femmes, elle va de maison en maison pour sensibiliser les familles. La tâche est exigeante, mais les résultats sont encourageants : de plus en plus de mères adhèrent au programme et amènent spontanément leurs enfants aux centres de santé.
Nous menons une sensibilisation porte à porte et nous sommes contentes de constater que les parents, surtout les mamans, reçoivent bien le message et elles amènent leurs enfants pour la supplémentation en vitamine A .
Afin de renforcer cette dynamique, l’UNICEF, avec le soutien du gouvernement canadien, organise régulièrement des ateliers de sensibilisation destinés aux leaders communautaires. Lors d’une récente session, Solange Konziavo, membre de l’OFCA, partage un constat alarmant :
Parfois, vous croisez un enfant de neuf ou dix ans, mais à cause de sa malnutrition, il en paraît quatre. Nous visitons les femmes enceintes pour les informer des services gratuits dont elles peuvent bénéficier. Plus nous sensibilisons tôt, plus les enfants grandissent en bonne santé .
Face à cette réalité, les volontaires vont au-delà de la simple distribution de vitamine A. Elles s’emploient à sensibiliser les femmes enceintes, afin qu’elles puissent bénéficier des services gratuits qui garantiront à leurs bébés une croissance harmonieuse et sans carence. Pour Gisele, l’une d’entre eux, cet engagement est bien plus qu’une mission : c’est une cause à laquelle elle consacre toute son énergie. Sa plus grande satisfaction demeure de voir ces enfants sourire, jouer et s’épanouir, témoins vivants du succès de cette lutte contre la malnutrition.
L’histoire de Princesse est celle de milliers d’enfants et de familles en République centrafricaine. Grâce à la mobilisation des relais communautaires et au soutien des partenaires, chaque jour, un enfant est protégé des effets dévastateurs de la malnutrition.
Une seule dose de vitamine A peut faire toute la différence. Elle peut transformer une enfance vulnérable en un avenir plein d’espoir et de force.
Aujourd’hui, Princesse pleure peut-être en recevant sa dose… Mais demain, elle grandira forte et fière comme une reine.