Prendre en charge la santé mentale des enfants après le conflit en République centrafricaine

Le thème de cette journée, célébrée le 10 octobre, souligne l'importance de l'accès aux services de santé mentale pour les victimes de catastrophes et de situations d'urgence.

Jose Carlos Rodriguez Soto/UNICEF RCA
Aissetou, candidate au Baccalauréat, participe à une séance de soutien psychosocial à Bangui
UNICEF/Rodriguez
09 octobre 2025

« Pendant plusieurs jours, je n'ai pas pu dormir ni manger », raconte Aissetou, une lycéenne qui a été témoin de la tragique bousculade survenue en juin 2025 au lycée Barthélemy Boganda de Bangui, capitale de la République centrafricaine.

Un mois plus tard, elle est assise sur les bancs d'une salle de classe du lycée technique de Bangui, un samedi matin, parmi une vingtaine d'élèves qui apprennent à reconnaître les symptômes des situations traumatisantes et à y réagir.

« La nuit, je faisais des cauchemars et je pensais à la mort. Mais malgré tout, je suis déterminée à passer mon examen, car c'est mon avenir qui est en jeu. »

Aissetou, survivante de la tragedie au lycée Boganda.

Les élèves faisaient partie des quelque 5 300 candidats qui passaient leur baccalauréat le 25 juin 2025 au lycée Boganda lorsqu'un transformateur électrique situé dans l'enceinte de l'établissement a explosé dans un grand bruit, provoquant une panique et une bousculade qui ont fait environ 30 morts et au moins 260 blessés parmi les étudiants.

Un élève blessé lors de la bousculade au lycée Boganda raconte son expérience devant une équipe de psychologues.
UNICEF/Rodriguez Un élève blessé lors de la bousculade au lycée Boganda raconte son expérience devant une équipe de psychologues.

En ce samedi matin, des dizaines d'élèves, dont certains marchent avec des béquilles, se répartissent dans plusieurs salles de classe pour suivre des séances similaires sur la gestion des traumatismes, animées par une équipe de psychologues du groupe de travail sur le soutien psychosocial en matière de santé mentale, coordonné par le ministère de la Santé et de la Population et l'UNICEF.

L'ensemble des symptômes présentés par Aissetou correspond à un trouble bien connu en psychiatrie : le syndrome de stress post-traumatique (SSPT), un trouble mental grave qui touche de nombreuses personnes ayant été exposées à un événement traumatisant.

D'un traumatisme a l'autre

Ce n'est pas la première expérience traumatisante dont Aissetou, 19 ans, a été témoin. Il y a environ dix ans, lorsque les combats entre groupes armés faisaient rage dans son quartier PK5 à Bangui, elle, alors enfant, a dû passer d'innombrables nuits à trembler de peur en entendant les détonations d'armes à feu à proximité. Elle a dû quitter sa maison avec ses parents et ses frères et sœurs et vivre dans un camp de déplacés. Les adolescents de la République centrafricaine, où le traumatisme collectif est profond, ont connu de près le conflit, ayant grandi pendant la crise qui a éclaté en 2013.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, les catastrophes naturelles, les conflits et les urgences de santé publique provoquent une détresse émotionnelle, une personne sur cinq souffrant d'un trouble mental.

« Soutenir le bien-être mental des individus pendant de telles crises n'est pas seulement important, cela sauve des vies, donne aux gens la force de faire face, l'espace nécessaire pour guérir, se rétablir et se reconstruire, non seulement en tant qu'individus, mais aussi en tant que communautés »

Leticia Silvela, experte en santé mentale

Leticia Silvela, une psychologue qui travaille depuis plus de deux décennies dans le cadre de programmes de santé mentale gérés par les Nations Unies en Éthiopie, en Angola, en Syrie, en Palestine, au Soudan du Sud et en Ukraine déplore que « le bien-être psychosocial soit souvent négligé dans les premières phases de la réponse à une crise » et soutient qu'«il doit être intégré dès le début de toute action humanitaire ».

Les espaces amis des enfants, comme celui-ci à Bambari, aident les enfants vivant dans des conditions difficiles à faire face à des situations difficiles
UNICEF/Rodriguez Les espaces amis des enfants, comme celui-ci à Bambari, aident les enfants vivant dans des conditions difficiles à faire face à des situations difficiles

Un héritage de traumatismes non guéris

Fournir un tel soutien peut représenter un défi considérable dans un pays comme la RCA, qui ne compte qu'un seul psychiatre qualifié dans le système de santé publique et une modeste clinique de santé mentale, gérée par les Frères de la Charité, ouverte il y a moins de cinq ans.

Rappelant le cas du lycée Boganda en juin dernier, Keven Bermudez, consultant de l'UNICEF sur les services de santé mentale, souligne que, bien que les membres du groupe de travail aient pu se déployer assez rapidement pour fournir les premiers secours psychologiques, aucun mécanisme de coordination regroupant les différents acteurs d'urgence n'avait été mis en place auparavant. Cela signifie qu'étant donné l'ampleur de la catastrophe, de nombreux élèves survivants, enseignants, membres de familles en deuil et amis n'ont pas été pris en charge en temps opportun par des professionnels qui auraient pu leur apporter un soutien significatif.

« À l'époque, il existait peu de services de santé mentale vers lesquels orienter les survivants et les membres de leur famille pour qu'ils bénéficient d'un soutien continu », explique-t-il.

Il est indispensable d'intégrer ce soutien psychosocial dans les réponses apportées aux crises. Comme le souligne Silvela, « ce n'est pas facultatif. Il est essentiel de mettre en place des systèmes de santé mentale solides et de donner aux acteurs locaux les moyens de mener ces efforts afin de guérir les traumatismes collectifs et de favoriser la résilience. »

En RCA, plusieurs éléments culturels peuvent compliquer davantage la situation, les personnes souffrant de troubles mentaux étant parfois victimes de stigmatisation, voire d'accusations de sorcellerie.

D'autres troubles mentaux touchent des segments beaucoup plus larges de la population. Ayant survécu à une série de crises politiques violentes sur une longue période, de nombreux habitants de Bangui sont atteints du « syndrome des dix ans », car ils sont convaincus qu'une nouvelle explosion de violence éclate invariablement tous les dix ans. Des événements tels que la proximité des élections ou les rumeurs de catastrophes imminentes peuvent également être des occasions pour les gens de devenir agités. Ce malaise est facilement transmis par les adultes aux enfants, dont les expériences traumatisantes sont ravivées.

Pour faire face à ces événements traumatisants et à tout autre événement similaire, il est important d'impliquer le groupe de travail sur la santé mentale et le soutien psychosocial dans des partenariats de santé plus larges. Comme le conclut le Dr Bermudez, « on espère que ces partenariats élargis permettront d'améliorer l'accès à la santé mentale et au soutien psychosocial lors de futures catastrophes et situations d'urgence en RCA ».