Pas de mariage, mais l’école pour les filles adolescentes en RCA
L'UNICEF et ses partenaires s'efforcent de mettre fin aux pratiques qui empêchent les filles d'aller à l'école. Un projet financé par l'Union Européenne s'efforce de mobiliser les leaders locaux pour lutter contre l'abandon scolaire
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« Je dis aux femmes qu'ils doivent cesser d'envoyer leurs filles adolescentes au mariage . Ici, les filles sont mariées dès l'âge de 13 ou 14 ans, mais je leur dis que leur place est à l'école. Les choses doivent changer et j'ai bon espoir qu'elles commencent à changer. »
Consciente que les actes ont plus de poids que les mots, elle mentionne souvent que ses deux filles étudient dans la capitale, à l'université de Bangui : l'une se destine à une carrière de juriste et l'autre étudie l'administration des affaires.
Son combat pour maintenir les filles à l'école n'est pas facile. Les mariages précoces et - pire encore - les mariages forcés, ne sont pas rares en République centrafricaine. Selon les données de l'enquête MICS-6 (2018-2019), plus de 6 femmes sur 10 âgées de 20 à 24 ans ont été mariées avant l'âge de 18 ans.
Rakia Anour fait partie des 40 responsables locaux de Bria qui ont participé à un atelier de formation sur la manière de mettre fin aux mauvaises pratiques qui poussent les filles à abandonner l'école. Organisé par l'ONG COOPI, partenaire de l'UNICEF dans la préfecture de Hautte-Kotto, cet atelier a réuni principalement des chefs de quartier et des femmes leaders.
Cette formation s'inscrit dans le cadre d'un projet financé par l'Union européenne qui soutient 150 écoles dans tout le pays. A Bria, trois écoles ont été retenues pour la construction de salles de classe (Katekoundji, Piya et Batago), et trois autres pour la réhabilitation (Piyango, Dounia et Lycée Djialle). Elles sont toutes situées dans des secteurs de la ville où les anciens déplacés internes se réinstallent progressivement.
Mais ces nouvelles salles de classe ne sont pas réservées aux garçons. « Si nous voulons que les filles atteignent la fin de l'école primaire et continuent au-delà, nous devons influencer nos communautés contre les pratiques qui vont à l'encontre de la scolarisation des filles », déclare Rakia.
C'est aussi la conviction d'Iwa Sashita et de Davila Yashika, deux femmes leaders du quartier de Katekoundji
« Dans notre secteur, ce ne sont pas tant les mariages précoces qui empêchent les filles d'aller à l'école, mais le fait que de nombreuses filles tombent enceintes à un âge très précoce, souvent à cause de violences sexuelles. »
Bria est l'une des villes de la République centrafricaine les plus touchées par le récent conflit armé. Pendant plusieurs années, une multitude de groupes armés s'y sont succédé, chaque quartier étant dominé par une milice différente. Finalement, en 2021, le gouvernement a réussi à prendre le contrôle total de la ville.
En République centrafricaine, la pédophilie est un crime grave, passible de lourdes peines. Mais l'application de la loi n'est pas aisée. Les victimes peuvent porter plainte auprès de la police, mais la complexité de la procédure peut décourager leurs familles, qui finissent souvent par opter pour un règlement à l'amiable, en acceptant une somme d'argent qui favorise l'impunité. Cela renforce un cycle qui fait des filles des cibles faciles. Et cela augmente le nombre de filles qui abandonnent l'école.
"Nous savons qu'il est très difficile d'éradiquer la violence sexuelle, mais nous sommes déterminés à l'éliminer. Les filles doivent être libres et il est essentiel pour cela qu'elles restent à l'école", déclare Iwa.
Iwa vit à Katekoundki, un quartier niché sur une hauteur derrière l'aérodrome de Bria. Situé à cinq kilomètres du centre de Bria, il fait partie des nouveaux quartiers où se réinstallent les anciens déplacés. Les routes qui sillonnent ses parcelles sont d'étroits sentiers bordés de nouvelles maisons de briques et d'osier apparues au cours des derniers mois.
Iwa Sashita se tient à l'entrée d'un abri scolaire en chaume, construit par les parents eux-mêmes pour servir de salle de classe.
« Nous sommes heureux de savoir que nous aurons bientôt une nouvelle école et que nos enfants s'assiéront sur de bons pupitres dans de bonnes salles de classe », dit-elle.
Grâce au travail de responsables comme elle et beaucoup d'autres, au moins la moitié de ces futurs élèves seront des filles, nous l'espérons.