Marcher vers un avenir meilleur. Le rêve de paix de Narcisse
Dans cette journée de l’enfant africain découvrons l’histoire d’un enfant déplacé qui s'efforce de changer les choses pour le mieux.
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Chaque jour, peu avant le lever du soleil, Narcisse Yaouesse, 13 ans, se réveille dans la maison de son oncle, à Bouzoukoum, un village reculé de la République Centrafricaine. Il aide sa sœur Flora à se préparer et, une fois qu'ils ont tous deux enfilé leur uniforme et pris leurs cahiers et leurs stylos, ils parcourent à pied les dix kilomètres qui les séparent de leur école, située dans la ville de Bozoum.
Qu'en est-il du petit-déjeuner ? « Parfois, nous le prenons lorsque notre oncle a les moyens d'acheter du lait et du sucre », explique Narcisse. « Mais pas toujours. »
À l'école, Narcisse est assis à son bureau, qu'il partage avec trois autres camarades. Il écoute les explications du professeur sur la grammaire française. « Le français est ma matière préférée », dit-il.
"Je veux maîtriser le français pour bien m'exprimer en public, car mon rêve est de devenir député et ministre. Croyez-moi, mon premier décret ministériel sera d'interdire aux parents d'envoyer leurs enfants travailler dans les mines d'or".
Sa jeune sœur, Flora, âgée de 11 ans, écoute et hoche la tête. Tous deux évoquent - avec une expression triste - le cas d'un de leurs camarades du village, décédé récemment dans l'effondrement d'une mine d'or artisanale. « Vous voyez, s'il nous avait écoutés et s'il était venu à l'école, il serait encore en vie », dit Narcisse.
Un long chemin vers l'éducation
Narcisse et Flora fréquentent l'école primaire de la Divine Providence, à Bozoum, qui compte 418 élèves. Sœur Colette, la directrice de l'école, explique que l'institution gérée par l'Église parraine 70 de ses élèves, dont la plupart sont des orphelins dont les tuteurs ne peuvent pas payer les frais de scolarité. Narcisse est en troisième année et sa sœur étudie l’année précédente.
Leurs deux aînés vivent toujours avec leurs parents à Boyabane, leur village d'origine, situé à 35 kilomètres de Bozoum. Les enfants se souviennent des moments heureux de leur première enfance, lorsqu'ils pouvaient étudier et jouer en toute confiance. Jusqu'à l'arrivée des rebelles.
"Mon père est le chef du village et nous avions du bétail et des chèvres à la maison. Lorsque les hommes armés ont pris d'assaut notre village, ils ont tout emporté," raconte Narcisse.
La plus grande crainte de leurs parents était de perdre leurs enfants : Les rebelles forçaient souvent les enfants à transporter leurs biens pillés, et les cas de recrutement d'enfants étaient fréquents. Leurs parents ont donc envoyé Narcisse et Flora dans le village de leur oncle, plus proche de Bozoum.
Bozoum est le chef-lieu de la préfecture de l'Ouham-Pende. Elle abrite plusieurs écoles, mais leur nombre est insuffisant, notamment en raison du déplacement des enfants des zones plus éloignées touchées par l'insécurité.
Chaque matin, alors qu'ils se rendent à l'école à pied, Narcisse et Flora sont de temps en temps rejoints par d'autres enfants venant de maisons situées le long de la route et qui prennent également la même destination. Le fait d'être au sein d'un grand groupe leur remonte le moral.
« Je ne me fatigue pas. Je sais que j'ai encore beaucoup d'années à apprendre, mais un jour, mon rêve deviendra réalité et je siégerai à l'Assemblée nationale et au gouvernement. Vous entendrez mes discours à la radio »
Sa sœur Flora, qui est restée silencieuse jusqu'à présent, révèle enfin son ambition dans la vie.
« Je veux faire des études pour devenir madame la préfète. »
Lorsqu'on lui en demande la raison, elle n'hésite pas : « Parce que je veux aller dire aux rebelles qu'ils doivent arrêter de déranger les enfants. Qu'ils nous laissent tranquilles. »
Pour l'instant, leur souhait d'un avenir radieux semble encore lointain. Mais avec chaque jour de marche de 20 kilomètres, ils se rapprochent de leur rêve d'un avenir plein d'espoir et de paix.