De l'eau pour une nouvelle vie à Batangafo
Face au défi posé par la croissance démographique, l'UNICEF et ses partenaires, avec le soutien financier des États-Unis, mettent en place un programme visant à fournir de l'eau potable à tous.
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Benon Liji, 25 ans, fait partie du million de Centrafricains qui, au cours des 13 dernières années, ont été contraints de fuir leur foyer, soit à l'intérieur du pays, soit à l'étranger en tant que réfugiés.
Elle se souvient que le pire moment a été en 2019 : « Nous étions habitués à voir des bergers armés errer autour de notre village de Goffo, mais un matin, à l'aube, ils ont pris d'assaut notre communauté, tirant et incendiant les maisons. Certains de mes proches ont été tués, dont mon oncle maternel. J'ai réussi à m'échapper de justesse avec mon fils aîné pour me réfugier à Batangafo, où je vis depuis lors. »
Sept ans plus tard, elle a deux autres enfants et un troisième est en route. Tenant Ostiana, âgée de deux ans, dans un bras et un jerrican vide dans l'autre, elle se tient à côté d'un robinet d'où coule librement une eau propre et fraîche.
« Après avoir nettoyé ma maison, la première chose que je fais chaque matin est de prendre un jerrican et d'aller chercher de l'eau au nouveau point d'eau situé à proximité. Avant, nous devions marcher jusqu'à la rivière et collecter de l'eau sale qui nous rendait souvent malades. Depuis que cette nouvelle installation a été mise en place en novembre dernier, je suis très heureuse, d'autant plus qu'elle est très proche de chez moi. »
Après avoir puisé l'eau, elle rentre chez elle, à seulement 200 mètres. Ses deux enfants aînés sont à l'école et elle se prépare à se rendre dans les champs agricoles voisins, où elle gagne sa vie en tant que journalière pour d'autres familles. Pour une journée complète de travail, elle est payée 2 500 francs CFA (4,5 dollars). Le soir, elle s'arrête au marché avant de rentrer chez elle pour préparer le repas de la famille.
Benon s'approvisionne quotidiennement en eau à un nouveau point d'eau situé dans son quartier. À l'intérieur d'un enclos clôturé se dresse une tour supportant deux réservoirs d'eau d'une capacité de 5 000 litres chacun. Un système de pompage alimenté par l'énergie solaire puise l'eau d'un forage creusé il y a plusieurs années et qui fonctionnait jusqu'alors à l'aide d'une pompe manuelle. Grâce à ce nouveau système, l'eau peut désormais s'écouler simultanément et sans effort de six robinets, évitant ainsi aux utilisateurs de longues heures d'attente.
M. Tom Konou, chef du quartier, parle de l'infrastructure avec beaucoup de satisfaction : « Cette installation alimente en eau non seulement notre quartier, mais aussi les quelque 3 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays qui vivent dans un camp voisin. De plus, comme le point d'eau a été construit dans l'enceinte d'une école maternelle, les élèves bénéficient également d'un accès à l'eau potable. »
Non loin de là, dans un autre quartier de la ville, une installation similaire dans le « quartier arabe » alimente en eau les habitants de cinq quartiers, soit environ 3 000 utilisateurs. Un troisième point d'eau est également en cours d'achèvement dans le centre-ville, au cœur du marché animé de Lakouanga.
Avant la crise, Batangafo comptait environ 15 000 habitants. Depuis 2013, date à laquelle les hostilités ont éclaté en République centrafricaine, la ville et ses environs ont été parmi les plus touchés par le conflit. Des années de violence et de déplacements ont considérablement augmenté la population, qui est aujourd'hui estimée à 40 000 habitants. En réponse à cette situation, l'UNICEF, en partenariat avec l'ONG internationale Oxfam, a mis au point un programme ambitieux en matière d'eau et d'hygiène, soutenu par un financement du Département d'État américain, afin que personne ne soit privé d'accès à l'eau potable. En RCA, on estime que seul un tiers de la population a accès à l'eau potable.
Deux autres quartiers situés à la périphérie de la ville, Boukita et Bissangai, devraient bénéficier de points d'eau similaires dans les mois à venir. De nouveaux forages ont déjà été réalisés et la construction des tours, ainsi que l'installation de pompes et de robinets alimentés à l'énergie solaire, suivront prochainement. Le programme prévoit également de raccorder plusieurs canalisations à un réservoir d'eau existant situé au sommet d'une colline afin d'alimenter d'autres quartiers.
Batangafo a progressivement retrouvé une certaine paix depuis 2021, date à laquelle le groupe armé qui contrôlait la ville a été chassé. À mesure que les camps de déplacés sont démantelés, les personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas retourner dans leurs foyers d'origine se voient offrir la possibilité de prendre un nouveau départ dans des quartiers nouvellement créés à la périphérie de la ville. L'accès à l'eau potable est le premier service essentiel dont elles ont besoin.
Afin de garantir que le système d'approvisionnement en eau soit communautaire et durable, Oxfam a formé et équipé un comité de huit personnes dans chaque installation afin de superviser son bon fonctionnement et son entretien. Genetona Rich, présidente du comité chargé de gérer le point d'eau dans le quartier arabe, explique :
« Chaque jour, avant d'ouvrir les installations aux utilisateurs, nous venons nettoyer le site. Nous sensibilisons également tout le monde afin que chacun contribue à le maintenir propre. Chaque utilisateur verse une petite contribution mensuelle. Il s'agit de notre propre installation d'approvisionnement en eau, et il est de notre responsabilité de la maintenir en bon état de fonctionnement. »
Pour l'instant, Benon Liji n'a pas l'intention de retourner dans son village d'origine. « Je me suis rendue plusieurs fois dans mon ancienne maison, mais elle est en ruines, et chaque fois que j'y vais, je me souviens des horreurs que j'ai endurées le jour de l'attaque, et je me sens très triste. De plus, il n'est pas rare de voir des bergers nomades armés passer encore à proximité, donc il est hors de question d'y retourner. »
Benon et son mari continuent de reconstruire leur vie à Batangafo, en posant des briques d'argile et en construisant une nouvelle maison, meilleure, qui leur appartient.
Interrogée sur ses projets d'avenir, Benon hausse simplement les épaules. « Demain, dit-elle, comme tous les autres jours, je me réveillerai, je prendrai mon jerrican et j'irai chercher de l'eau pour ma famille. »