DE L'EAU POTABLE POUR EMPÊCHER LE RETOUR DU CHOLÉRA

La récente épidémie de choléra en RCA été rapidement maîtrisée. Afin d'apporter leur soutien au ministère de la Santé, l'UNICEF et son partenaire Oxfam interviennent dans les villages touchés par l'épidémie pour prévenir de nouvelles flambées.

Jose Carlos Rodriguez Soto/ UNICEF RCA
Les enfants du village de Wayambo se rafraîchissent le visage pour lutter contre la chaleur grâce à la nouvelle installation d'eau potable qui vient d'être mise en place.
UNICEF/Rodriguez
17 octobre 2026

Nadège Ngambaou, 25 ans, se tient à côté d'une tour sur laquelle est installé un réservoir d'eau de 5 000 litres, dans son village de Bobassa 2, sur les rives de l'Oubangui. Brandissant fièrement deux bouteilles d'eau, elle explique la différence entre les deux :

« Dans ma main droite, vous pouvez voir l’eau trouble que j’ai puisée directement dans la rivière. Dans ma main gauche, vous pouvez voir l’eau propre après traitement à la station d’épuration qui se trouve derrière moi. J’ai sept enfants, et je suis soulagée de savoir que, maintenant que nous avons accès à de l’eau potable propre et sûre dans notre village, ils risquent moins de tomber malades », explique-t-elle.

Nadège Ngambaou montre la différence entre l'eau de la rivière et l'eau purifiée par un système récemment installé dans son village
UNICEF/Rodriguez Nadège Ngambaou montre la différence entre l'eau de la rivière et l'eau purifiée par un système récemment installé dans son village

À ses côtés, Patrick Pamale hoche la tête, le visage marqué par le chagrin. 

« Il y a quelques mois, lorsqu’une épidémie de choléra a frappé notre région, mon fils de sept mois figurait parmi les enfants qui sont morts. Malheureusement, nous ne disposions pas encore de cette installation pour nous fournir de l’eau potable. »

Patrick Pamale, habitant du village Bobassa 2.

Le réservoir surélevé de 5 000 litres fait partie d’un système simple mais efficace appelé « système d’approvisionnement temporaire en eau potable ». Un moteur pompe l’eau de la rivière vers le réservoir, où elle est traitée un jour sur deux avec 300 grammes de sulfate. L’eau est ensuite acheminée vers un réservoir à vessie pour subir un deuxième traitement au chlore avant d’être mise à disposition pour la consommation via un point de distribution équipé de six robinets.

Mirabelle Opangdone se réjouit de la mise en place du nouveau point de distribution d'eau potable dans le village de Wayambo
UNICEF/Rodriguez Mirabelle Opangdone se réjouit de la mise en place du nouveau point de distribution d'eau potable dans le village de Wayambo

À quelques kilomètres de Bobassa 2, dans le village de Wayambo, situé à 27 kilomètres de Bangui et lui aussi au bord de l'Oubangui, Mirabelle Opangdone rejoint un groupe de femmes venues puiser de l'eau dans une installation similaire. Son visage rayonne de satisfaction et de soulagement.

« J’ai sept enfants. Lorsque les premiers cas de choléra ont commencé à apparaître dans notre village, j’étais terrifiée à l’idée qu’ils puissent contracter la maladie. Mais maintenant que nous avons accès à de l’eau potable, je suis rassurée : le risque a été pratiquement éliminé. »

Mirabelle Opangdone, mère de sept enfants au village Wayambo

Les craintes de Mirabelle n’étaient pas infondées. Wayambo compte 843 habitants, et on y a recensé 65 cas de choléra, dont trois ont entraîné le décès des personnes touchées.

Ces installations de purification de l'eau s'inscrivent dans le cadre d'une intervention d'urgence face à la crise du choléra. Elles ont été mises en place dans certains des villages les plus touchés par l'UNICEF et son partenaire Oxfam, grâce à un financement du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) par l'intermédiaire du Fonds central d'intervention d'urgence (CERF).

Conformément au plan national de lutte contre le choléra du ministère de la Santé et de la Population, cette initiative vise à fournir de l'eau potable à 15 000 personnes. Les installations de Bobassa 2 et de Wayambo sont opérationnelles depuis septembre 2026, tandis qu'une troisième installation à Bokassi 2, un village de 687 habitants, est encore en cours de construction.

On a appris aux enfants de Mirabelle à se laver les mains régulièrement pour respecter les règles d'hygiène
UNICEF/Rodriguez On a appris aux enfants de Mirabelle à se laver les mains régulièrement pour respecter les règles d'hygiène

Mireille fait partie d'un groupe d'agents de santé communautaires bénévoles à Wayambo.

« Nous avons expliqué à tous nos voisins que, maintenant que nous avons accès à de l'eau potable, personne ne doit plus boire l'eau directement à la rivière. Nous avons également rappelé à chacun que le fait de maintenir la propreté et l'ordre autour des robinets est une responsabilité partagée — et essentielle pour protéger la santé de toute la communauté. »

Elle habite à côté de l'installation, qui est accessible tous les jours de 6 h à 10 h et de 14 h à 19 h. Le reste du temps, elle est fermée à clé pour des raisons de sécurité et pour laisser suffisamment de temps à l'eau stockée de subir le processus de purification.

À l'entrée de la maison de Mirabelle, un lavabo rappelle l'importance d'une bonne hygiène. « J'ai appris à mes enfants à s'en servir régulièrement. Il est essentiel de respecter les règles d'hygiène si nous voulons éviter une nouvelle épidémie de choléra à l'avenir », explique-t-elle.

La dernière épidémie de choléra a été initialement déclarée le 26 juin 2026 par le ministère de la Santé et de la Population dans les districts sanitaires de Bimbo et de Mbaiki. Trois mois plus tard, le 18 septembre 2026, le président Faustin-Archange Touadéra a officiellement déclaré la fin de l'épidémie, lors du lancement de la campagne de vaccination à Bimbo. Au cours de ces trois mois, 720 cas suspects et 46 décès ont été recensés. Les enfants de moins de 10 ans représentaient 44 % des cas, soit près de la moitié, ce qui en fait la partie la plus vulnérable de la population.

Des agents de l'UNICEF et d'Oxfam inspectent le forage endommagé du village de Bokassi 1, sous le regard de Mureille Danemo et d'une autre femme
UNICEF/Rodriguez Des agents de l'UNICEF et d'Oxfam inspectent le forage endommagé du village de Bokassi 1, sous le regard de Mureille Danemo et d'une autre femme

Le programme de lutte contre le choléra mis en œuvre par l’UNICEF et son partenaire Oxfam prévoit également la remise en état de cinq points d’eau dans les villages voisins. Bokassi 1 est l’un d’entre eux : un forage nécessitant des réparations se trouve à environ un kilomètre de la zone résidentielle principale. Mureille Danemo, mère de cinq enfants vivant dans le village, insiste sur l’urgence de trouver une solution.

« Notre village ne dispose ni d’un centre de santé ni d’une école. Et depuis que le forage est tombé en panne, la rivière est notre seule source d’eau potable. De ce fait, beaucoup de gens sont tombés malades », explique-t-elle.

Selon le chef du village, 66 cas de choléra ont été recensés à Bokassi 1, dont 14 décès.

Eve Guiyama, membre de l'équipe d'intervention d'urgence de l'UNICEF, tient dans ses bras le petit Alfred pendant qu'il reçoit les gouttes de vaccin contre le choléra.
UNICEF/Rodriguez Eve Guiyama, membre de l'équipe d'intervention d'urgence de l'UNICEF, tient dans ses bras le petit Alfred pendant qu'il reçoit les gouttes de vaccin contre le choléra.

À Ndimba, un grand village qui était autrefois un important centre de production de café, la remise en état de deux autres forages est prévue. Avant qu'ils puissent être remis en service, l'eau devra toutefois être analysée en laboratoire afin de s'assurer qu'elle est propre à la consommation humaine.

Ndimba est l’un des rares villages situés sur les rives de l’Oubangui à disposer d’un centre de santé. Celui-ci accueille non seulement la population locale, mais aussi les habitants des villages voisins et les personnes venues de la République démocratique du Congo, de l’autre côté du fleuve, qui viennent y chercher des soins médicaux. Marceline Mbotia, infirmière en chef du centre, indique que, pendant les mois de l’épidémie, ils ont recensé 55 cas suspects de choléra, mais aucun décès.

« Nous avons la chance de pouvoir compter sur une équipe très active d’agents de santé communautaires qui ont travaillé sans relâche pour empêcher la propagation du choléra. Chaque fois qu’un cas suspect était identifié, nous isolions le patient et désinfections son domicile ainsi que la zone environnante dans un rayon de 20 mètres. Maintenant que l’épidémie est terminée, nous menons une campagne de vaccination contre le choléra en porte-à-porte, proposant le vaccin à toute personne âgée d’un an et plus », explique-t-elle.

Alfred, âgé de dix ans, est l'un d'entre eux. Sans hésiter, il ouvre la bouche pour se faire verser les gouttes de vaccin. Puis, d'autres enfants font de même.

L'épidémie de choléra en République centrafricaine est terminée, mais il reste essentiel d'empêcher sa réapparition. Les systèmes de traitement de l'eau, la remise en état des forages, les campagnes de sensibilisation en cours sur l'hygiène et les pratiques sûres, ainsi que la vaccination contre le choléra font tous partie d'une stratégie globale visant à protéger les communautés et à empêcher le retour de cette maladie mortelle.