L’eau c’est la vie, mais c’est aussi un droit fondamental
Plus de 25 000 Soudanais qui ont fui la guerre dans leur pays vivent désormais à Korsi (Birao). L'UNICEF et son partenaire Triangle, grâce à un financement du Département d’État américain, ont mis au point un nouveau systèm d'approvisionnement en eau.
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« Chaque jour, je viens ici quatre ou cinq fois pour aller chercher de l'eau, et je suis contente que ce soit si près de chez moi », explique Khadija Sherif, une réfugiée soudanaise de 40 ans qui vit dans le camp de Korsi, à la périphérie de Birao.
La tour imposante, qui abrite trois grands réservoirs d’eau, a été installée par l’UNICEF et son partenaire, Triangle, en 2025. Khadija, un jerrican à la main, rejoint d’autres femmes et passe un moment à bavarder avec ses voisines. Alimenté à l'énergie solaire, le système d'approvisionnement en eau pompe l'eau des profondeurs du puits vers quatre tours réparties dans tout Korsi. Chaque tour est équipée de deux ou trois réservoirs, d'une capacité de 5 000 ou 10 000 litres. Dans les vastes espaces ouverts autour des tours, de l'eau potable s'écoule de nombreux robinets reliés à un réseau de canalisations, mettant ainsi cette précieuse ressource à la portée de tous.
Les 25 000 habitants de Korsi, tous réfugiés soudanais, disposent désormais d'un accès suffisant à l'eau. Un réseau de canalisations achemine l'eau depuis les principaux centres d'approvisionnement vers 12 points de distribution situés dans les zones les plus reculées du camp. Grâce à un financement du Département d'État américain, le camp est en mesure de répondre aux besoins en eau de l'ensemble de sa population.
Khadija Sherif, 40 ans, et Zeneba Ahmed, 44 ans, sont sœurs. « Nous vivions à Nyala, mais lorsque la guerre a éclaté, en 2023, nous n’avons eu d’autre choix que de fuir », raconte Zeneba. « Mon mari a été tué par des hommes armés et notre maison a été détruite. » Le mari de Khadija a disparu à peu près à la même période. « Nous n’avons plus jamais eu de ses nouvelles depuis et cela nous attriste beaucoup », ajoute-t-elle.
Chacune a quatre enfants. Elles vivent ensemble dans la même cour, qu’elles s’efforcent avec fierté de garder propre et bien rangée. Dans un coin, à l’ombre généreuse des arbustes qu’elles ont plantés, elles conservent ce pot en terre cuite avec autant de soin qu’un bien précieux.
« Dans notre culture, on garde toujours de l’eau fraîche dans la partie de la maison où l’on s’assoit et où l’on se détend », explique Khadija. « Quand on reçoit un visiteur, la première chose à faire est de lui offrir un mug d’eau fraîche pour l’aider à supporter la chaleur de la journée. »
Khadija Assaid, 14 ans, aide ses parents à aller chercher de l’eau à la fontaine voisine, dans leur quartier de Korsi, le « Bloc 6 ». Quatre châteaux d’eau alimentent les 12 fontaines installées dans tout le quartier, rendant l’eau facilement accessible à tous.
Chaque fontaine dispose de quatre robinets, ce qui permet aux habitants de se ravitailler rapidement et efficacement.
« Quand ils ont installé les nouvelles fontaines dans notre quartier, ils nous ont dit d’enlever nos chaussures avant d’entrer, pour garder les lieux très propres, et nous le faisons toujours », explique Khadija.
Outre plusieurs points de collecte d'eau, des espaces dédiés à la lessive ont été aménagés afin que les habitants de Korsi puissent laver leur linge dans de bonnes conditions. C'est le samedi matin que la plupart des gens viennent faire leur lessive, ce qui transforme cette activité en une occasion de retrouver ses voisins, d'échanger des anecdotes sur la semaine écoulée et de nouer des liens avec les membres de la communauté.
Salwa Kamish, 22 ans, était en première année à l’université de Nyala lorsque la guerre a bouleversé son projet de devenir enseignante. Aujourd’hui, elle préside le comité de gestion de la fontaine à eau de son quartier, le Bloc 5. Ce comité, composé de cinq membres, compte trois femmes.
« Nous sommes élues par la communauté, et le fait que la plupart d’entre nous soient des femmes signifie que les gens savent que nous gérons mieux les ressources que les hommes, en particulier l’eau, qui nous donne la vie. Nous nettoyons l’installation deux fois par semaine, collectons l’argent nécessaire aux réparations, veillons à ce que les gens respectent les règles d’hygiène et fermons l’installation à clé la nuit. »
De retour de sa corvée d’eau, Khadija Shewrif profite d’un moment de repos avec ses enfants.
« Je suis très heureuse car nous avons de l’eau juste à côté de chez nous. Nous pouvons faire la propreté, cuisiner et étancher notre soif, et personne ne tombe malade. Nous allons souvent au marché de la ville de Korsi, et les habitants de Korsi viennent aussi à la campagne, où nous avons un grand marché. C’est ainsi que se nouent de bonnes relations. »
Sa principale préoccupation est désormais de savoir quand ils pourront rentrer au Soudan. « Nous voulons rentrer chez nous quand la paix sera revenue, mais nous ne savons pas quand cela arrivera. »