L'eau coule à Zemio, mais c'est la paix qui fait le plus défaut

Malgré l'insécurité et les difficultés logistiques, l'UNICEF en République Centrafricaine et son partenaire APSUD, grâce à un financement du fonds CERF, ont mis en place un système d'approvisionnement en eau potable dans trois villes du sud-est du pays.

Jose Carlos Rodriguez Soto/ Christian Nzengue/ UNICEF RCA
Dieuveille et ses amis jouent près du point d'eau récemment installé dans leur quartier de Kondo, à Zemio.
UNICEF/Nzengue
01 septembre 2026

À l'âge de six ans, Dieuveille passe un moment de bonheur avec ses amis près du point d'eau de leur quartier de Kondo, à Zémio. Pendant que les enfants jouent, sa famille profite de la proximité de cette installation pour aller chercher l'eau dont elle a besoin pour le ménage. Marie Christine Nadjiwi, l’une des mères, raconte en souriant tandis qu’elle regarde ses enfants sauter et rire aux éclats:

« Jusqu’à très récemment, nous devions parcourir un long chemin pour aller chercher de l’eau, et nous rentrions souvent tard à la maison, laissant tout le monde attendre avant de pouvoir préparer le repas et manger. Il y avait aussi une pompe à eau manuelle un peu plus près de chez nous, mais nous devions faire la queue pendant des heures. »

Marie Christine Nadjiwi, habitante de Zémio.

« Quand on voit aujourd’hui l’eau couler à flots des trois robinets en même temps, on a l’impression de rêver », conclut-elle.

En traversant un marécage depuis Kondo, on arrive au cœur de Zémio. Quelques centaines de mètres plus loin, dans le quartier d’Arege, Angélique, une grand-mère de 65 ans qui vit là depuis son enfance, partage ce même enthousiasme alors qu’elle se rend à la pompe à eau récemment remise en état, désormais alimentée par un système d’énergie solaire.

« L’eau potable est une ressource dont nous avons vraiment besoin à Zémio », explique Angélique. « Pendant des années, l’insécurité a contraint bon nombre de nos voisins à se réfugier de l’autre côté du fleuve, en République Démocratique du Congo. Aujourd’hui, la situation s’est quelque peu apaisée, et beaucoup de gens rentrent chez eux, ne serait-ce que pour la soirée. La première chose qu’ils font, c’est de s’assurer d’avoir suffisamment d’eau pour leurs familles. »

En se rendant au marché, par une journée chaude, Aroune s'arrête au point d'eau pour se désaltérer.
UNICEF/Nzengue En se rendant au marché, par une journée chaude, Aroune s'arrête au point d'eau pour se désaltérer.

En route vers le marché d'Arege, où il vend des petites friandises, Aroune, un jeune Peul du quartier de Kondo, s'arrête quelques instants pour se désaltérer au point d'eau installé près du marché. Il fait partie des nombreux habitants de Kondo qui, ces dernières années, se sont installés en grand nombre dans ce quartier après avoir fui les violences et l'insécurité qui régnaient dans les villages situés plus à l'intérieur des terres.

Angelique (right) stands for a photo with UNICEF’s Max Nzil-Dja and Brice, APSUD’s head of the Zemio office .
UNICEF/Rodriguez Angelique (right) stands for a photo with UNICEF’s Max Nzil-Dja and Brice, APSUD’s head of the Zemio office

Max Pacific Nzil-Dja, spécialiste de l’eau et de l’assainissement à l’UNICEF, qui a coordonné ce programme, explique les avantages de ce programme, également mis en œuvre à Rafai et à Obo, deux localités situées elles aussi dans le sud-est de la RCA:

« Ce nouveau système permet de capter et de distribuer l’eau plus efficacement, offrant ainsi à la communauté une source fiable d’eau potable. »

Max Pacific Nzil-Dja, spécialiste de l’eau et de l’assainissement à l’UNICEF.

Alors qu'à Arege, un seul point d'eau suffit à ses habitants, à Kondo – dont la population est bien plus importante –, le système alimenté à l'énergie solaire distribue l'eau via un réseau de canalisations vers trois points de distribution, chacun équipé de trois robinets. Situés à divers endroits stratégiques du quartier, ces points d'eau permettent aux foyers voisins d'accéder plus facilement à un approvisionnement fiable en eau potable.

La tour récemment construite dans le quartier de Kondo, à Zemio, abrite un réservoir d'eau de 5 000 litres qui alimente trois points de distribution.
UNICEF/Nzengue La tour récemment construite dans le quartier de Kondo, à Zemio, abrite un réservoir d'eau de 5 000 litres qui alimente trois points de distribution.

Au cours des derniers mois, l’UNICEF, en partenariat avec l’ONG nationale APSUD, a coordonné cet ambitieux programme d’approvisionnement en eau. Financé par le Fonds central d’intervention d’urgence des Nations unies (CERF) afin de répondre à des besoins humanitaires urgents, ce projet visait à élargir l’accès à l’eau potable pour les communautés confrontées depuis longtemps à la fois à l’insécurité, aux déplacements de population et à des services de base limités, comme c’est le cas dans cette vaste région du sud-est du pays.

Depuis plusieurs années, Zemio, tout comme d'autres régions de la préfecture du Haut-Mbomou, connaît des vagues successives de violence, caractérisées par l'alternance de périodes de conflit armé et de calme relatif.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies en RCA, environ 65 000 personnes déplacées originaires de cette région vivent actuellement à Zapai, sur la rive opposée du fleuve, en République démocratique du Congo. Beaucoup d’entre elles bénéficient du statut de demandeur d’asile, et la grande majorité effectue régulièrement des déplacements transfrontaliers. Chaque jour, des centaines de personnes font la navette entre Zapai et Zémio le matin pour se rendre sur les marchés, accéder aux services et rejoindre leur domicile, avant de retourner en RDC le soir.

L'insécurité intermittente, combinée au mauvais état des routes, engendre d'importants défis logistiques qui rendent la mise en œuvre de projets comme celui-ci particulièrement difficile. Le coût des matériaux de construction à Zémio est extrêmement élevé : un seul sac de ciment peut coûter jusqu'à 50 000 CFA (environ 88 dollars américains). Afin de maintenir le projet dans des limites budgétaires raisonnables, la plupart des matériaux de construction sont acheminés depuis Bangui. Le trajet est long et pénible : il faut souvent trois semaines, voire plus, aux camions pour atteindre Zémio.

Max Nzil-Dja, responsable de l'eau et de l'assainissement à l'UNICEF, vérifie le bon fonctionnement du nouveau point d'eau à Kondo.
UNICEF/Nzengue Max Nzil-Dja, responsable de l'eau et de l'assainissement à l'UNICEF, vérifie le bon fonctionnement du nouveau point d'eau à Kondo.

Mais tout comme les gens ont besoin d'eau pour boire, cuisiner et se laver, une autre soif profonde anime Zémio : après des décennies de conflit, la population aspire à la paix.

Depuis plus d'une décennie, Zémio est en proie à des tensions ethniques persistantes, qui constituent l'un des facteurs à l'origine du conflit. Aujourd'hui encore, sous l'apparence d'un calme de façade, des griefs profondément enracinés, la méfiance et la rivalité continuent de marquer les relations entre les membres de la communauté zandé, majoritaire, et la population musulmane, composée principalement de Peuls et de personnes d'origine arabo-tchadienne.

Des centaines de Peuls vivent dans un campement situé à la périphérie de Zémio, dans le quartier de Kondo, communément appelé le « camp des Peuls ». Les responsables communautaires affirment avoir perdu la quasi-totalité de leur bétail, qui constituait traditionnellement leur principale source de revenus. De ce fait, de nombreux foyers ont été contraints de se tourner vers l’agriculture. Cependant, l'insécurité limite considérablement leur accès aux terres agricoles, ce qui les empêche de s'éloigner de plus de trois ou quatre kilomètres du campement.

Melina Solange Manbawiso est hygiéniste à l'hôpital local de Zemio.
UNICEF/Rodriguez Melina Solange Manbawiso est hygiéniste à l'hôpital local de Zemio.

Le projet de l'UNICEF comporte également un volet important consacré à l'assainissement. Outre l'amélioration de l'accès à l'eau potable, il soutient la construction de latrines communautaires et l'installation d'un incinérateur à l'hôpital afin de renforcer l'hygiène et d'éliminer les déchets générés dans les services hospitaliers et le laboratoire. 

Mélina Solange Manbawiso, qui occupe depuis 2021 le poste de responsable de l'hygiène à l'hôpital de district, joue un rôle important dans la promotion de pratiques d'assainissement sûres.

Peu avant le coucher du soleil, alors que le crépuscule commence à tomber sur Zémio, les déchets médicaux potentiellement dangereux sont introduits dans l'incinérateur et réduits en cendres.

En regardant la fumée noire s'élever de la cheminée, tandis que les flammes consumment les déchets, on ne peut s'empêcher d'espérer que la violence et la haine puissent être éradiquées tout aussi complètement, permettant ainsi à Zémio d'avancer vers un avenir placé sous le signe de la paix, du renouveau et de l'espoir.

Vue sur la route principale qui traverse la ville de Zemio.
UNICEF/Nzengue Vue sur la route principale qui traverse la ville de Zemio.