L’enfant qui a vaincu le cholera
L'UNICEF en République centrafricaine et ses partenaires, en collaboration avec le ministère de la Santé, se rendent régulièrement dans les communautés touchées par le choléra. Il est essentiel de prendre des mesures vitales pour endiguer l'épidémie.
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Joseph Ndro rêve de jouer au football comme Lamine Yamal. À neuf ans, il court et s'amuse bruyamment avec ses amis dans le village de Mondoli, un groupe de petites maisons éparpillées le long d'une bande de terre sur les rives de l'Oubangui, à 60 kilomètres de Bangui, la capitale de la République centrafricaine.
Rien de ce que l'on voit en lui au premier abord ne laisse supposer qu'il y a à peine un mois, les parents du petit Joseph craignaient sérieusement pour sa vie. Le jour où nous nous sommes rendus chez lui, nous avons été accueillis par sa tante, Fabiola Doubouma, qui nous a expliqué que ses parents se trouvaient actuellement à Bangui. Le 11 juin, ils ont tous deux étés pris de panique lorsque le petit garçon a commencé à vomir et à souffrir d'une diarrhée incessante.
« Le petit garçon pleurait sans arrêt ; il était incapable de se tenir debout et son corps ne répondait plus. Ses parents et moi l’avons emmené au centre de santé, où on lui a posé une perfusion pour le réhydrater. Nous avons passé quatre jours dans l’angoisse jusqu’à ce qu’il puisse enfin sortir de l’hôpital. Depuis, il s’est complètement rétabli et nous en sommes ravis. »
Le 26 juin 2026, la République centrafricaine a signalé sa première épidémie de choléra depuis dix ans, et Joseph a été l’un des premiers à tomber malade. Depuis le début de l’épidémie, les enfants de moins de 10 ans sont touchés de manière disproportionnée, représentant 44 % de l’ensemble des cas signalés. Joseph a été la première personne diagnostiquée à Mondoli, le foyer initial de l’épidémie.
Depuis lors, Mondoli a recensé 130 cas, dont 10 décès. « Nous avons également soigné des patients provenant de villages situés de l’autre côté du fleuve, en République démocratique du Congo, où il n’y a pas d’établissements de santé », explique Jean Kaito, responsable du centre de santé local. « Nous dispensons des soins gratuitement et sans aucune discrimination. »
Aujourd'hui, la situation s'est considérablement améliorée. Avec seulement deux patients encore hospitalisés dans l'unité d'isolement et aucun décès signalé depuis fin juin, les professionnels de santé commencent à faire preuve d'un optimisme prudent. Ils soulignent toutefois que la lutte contre le choléra est loin d'être terminée et que les populations doivent rester vigilantes pour éviter une résurgence de la maladie
Au milieu de la rivière, Mondoli se dessine comme un village pittoresque composé de petites maisons en pisé nichées le long de ses rives densément boisées. Compter environ 3 000 habitants, la communauté tire ses moyens de subsistance de l’agriculture, de la pêche et du commerce du bois. Se rendre au village n’est pas une mince affaire : des chemins de terre étroits, praticables uniquement à moto, constituent le principal lien avec le monde extérieur et permettent d’acheminer les marchandises qui approvisionnent les étals de fortune alignés le long de la rive.
Chaque fois que des commerçants arrivent avec leur cargaison de marchandises, ils attirent des foules d’enfants curieux. Joseph est parmi eux. Son regard est rivé sur un maillot du FC Barcelone, bien trop grand pour sa petite silhouette, qu’il rêve de porter un jour. Alors qu’il se tient là, certains adultes qui l’observent chuchotent, émerveillés, qu’un enfant aussi petit ait survécu au choléra. En le regardant maintenant, plein de curiosité et d’énergie, il est difficile de croire qu’il y a seulement quelques semaines, ils craignaient qu’il ne survive pas.
Cette beauté naturelle contraste fortement avec la vie difficile que mènent ses habitants, mais ceux-ci disposent d'un centre de santé, ce qui n'est pas le cas de nombreux villages voisins. Lorsqu'un cas est détecté, le patient est isolé et ses contacts étroits sont identifiés ; ces derniers reçoivent 45 mm de comprimés de cotrimoxazole, un antibiotique qui empêche la propagation des infections dans l'organisme.
« Le choléra entraîne une importante perte de liquides corporels ; c’est pourquoi il est essentiel de veiller à ce que le patient reste bien hydraté jusqu’à son rétablissement complet. En complément des mesures préventives, nous désinfectons un périmètre de 20 mètres autour du domicile du patient. »
À l'instar d'autres villages relevant des districts sanitaires de Bimbo et de Mbaiki, la population souffre d'un manque chronique d'eau potable, car il n'y a pas de forage à proximité. Les habitants sont donc contraints de s'approvisionner en eau à la rivière. Il ne fait aucun doute que cette situation, associée à l'absence d'installations sanitaires adéquates dans les habitations, constitue la principale source de transmission du choléra.
Le petit Joseph a cessé de courir dans tous les sens et se tient désormais aux côtés de Carine Dayo, une jeune femme de 23 ans qui dirige les U-Reporters à Mondoli. Depuis le début de l'épidémie, ces jeunes diffusent le message de prévention dans le cadre d'une campagne de sensibilisation de porte-à-porte :
« Nous recommandons aux gens de ne pas boire l’eau de la rivière sans l’avoir fait bouillir ou purifiée, de se laver régulièrement les mains avec du savon, de ne consommer que des aliments bien cuits et d’utiliser les latrines. Nous sommes ravis que les habitants d’ici aient bien accueilli nos messages. Nous faisons des progrès », déclare fièrement Corine.
Les « U-Reporters » de Mondoli travaillent en étroite collaboration avec l’UNICEF. À ce jour, leurs équipes ont effectué quatre visites à Mondoli. La première, le 2 juillet 2026, était dirigée par le Dr Pierre Somse, ministre de la Santé de la RCA. Les visites sur le terrain s’effectuent en bateau, en naviguant sur l’Oubangui, grâce à une contribution du HCR. Grâce au financement des Fonds thématiques mondiaux de l’UNICEF, l’UNICEF en RCA a pu mettre en place une intervention rapide : des médicaments d’urgence pour les cas suspects, ainsi que des kits complets de purification de l’eau et de lutte contre les nuisibles. Avec un financement supplémentaire du Fonds central d’aide d’urgence des Nations unies (CERF), l’UNICEF va également remettre en état les forages dans les villages les plus exposés au risque. Aujourd’hui, l’équipe a remis au centre de santé des fournitures comprenant 40 seaux, 10 paquets de savon et 40 jerricans.
Ce n’est pas la première fois que le choléra frappe certains des villages les plus pauvres de la RCA. Les conditions de vie difficiles auxquelles sont confrontés leurs habitants entraînent un manque d’hygiène qui favorise la propagation des infections. Dans le cadre de sa recherche de solutions durables, l’UNICEF prévoit notamment la mise en place de sources d’eau potable sûres et le forage de nouveaux puits. À court terme, l’organisation vise à approvisionner d’urgence le centre de Mondoli et d’autres centres de santé, ainsi qu’à former rapidement davantage d’agents de santé communautaires à la gestion des crises sanitaires.
Alors que l'équipe de l'UNICEF quitte Mondoli, le petit Joseph vient lui aussi dire au revoir aux visiteurs avant leur départ. L'un d'eux lui demande s'il n'a pas peur de retomber malade. Sa réponse les frappe :
« Non, parce que Carine et ses amis m'ont dit que si je me lave les mains avant de manger et après être allé aux toilettes, et si je bois de l'eau bouillie, je n'aurai plus jamais la diarrhée. »