Les matrones courageuses de Bebele
L’UNICEF et ses partenaires en République centrafricaine soutiennent les efforts du Ministère de la Santé visant à accroître le nombre de sages-femmes, en particulier dans les zones difficiles d’accès.
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Elodie Derako a installé un bureau de consultation improvisé dans un coin d’un couloir, à l’intérieur du bâtiment exigu qui sert de dispensaire prénatal à Bebelem, un petit village situé à environ 70 kilomètres au nord de Paoua, près de la frontière entre la République centrafricaine et le Tchad. Dix femmes attendent tranquillement leur tour à l’intérieur, tandis qu’une trentaine d’autres sont assises patiemment dehors, à l’ombre clairsemée de deux arbres ; certaines ont marché pendant plusieurs heures pour venir consulter.
« J’ai toujours ressenti un profond désir d’aider les femmes de ma région », explique-t-elle. « En 2012, j’ai suivi une formation de six mois à l’hôpital de Betoko pour devenir sage-femme. Depuis, je travaille ici, au sein de ma propre communauté »,
Pour Elodie, voir chaque jour des dizaines de femmes enceintes — dont beaucoup ont des besoins médicaux importants — est devenu une routine. Aujourd’hui, cependant, leur nombre a explosé. L’UNICEF, en collaboration avec son partenaire Caritas, a organisé une clinique mobile de trois jours desservant plusieurs villages isolés du nord-ouest de la République centrafricaine.
Cette initiative s'inscrit dans le cadre d'une intervention d'urgence destinée à venir en aide à des centaines de familles dont les habitations ont été détruites ou gravement endommagées quelques semaines auparavant, lorsqu'une violente tempête a balayé la région. Les arbres déracinés qui bloquent les routes et les débris éparpillés sur le sol témoignent encore de la force des vents qui ont arraché toits et murs.
Pendant quatre jours consécutifs, l’intervention d’urgence So Fini, soutenue par l’UNICEF et l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida), distribue des fournitures essentielles – notamment des articles ménagers, des bâches, des couvertures et des kits d’hygiène – à 394 ménages. Le programme soutient également la réparation des puits et offre un accès gratuit à la clinique mobile.
Rien qu'aujourd'hui, 74 femmes et 103 enfants bénéficient de consultations prénatales et postnatales. Au cœur de cet effort se trouvent les sages-femmes, dont le rôle est essentiel et crucial pour assurer le bon fonctionnement de la clinique et garantir que les soins parviennent à ceux qui en ont le plus besoin : les femmes enceintes vulnérables, les bébés, les enfants et leurs mères. Pour saluer leur rôle dans la sauvegarde de vies humaines, une journée internationale est célébrée chaque année, le 5 mai, dans le monde entier. Le thème de cette année est « Un million de sages-femmes supplémentaires », soulignant le besoin urgent d’une augmentation massive des effectifs mondiaux de sage-femmes. La campagne met l’accent sur l’amélioration des services de santé sexuelle, reproductive, maternelle et néonatale afin de prévenir des millions de décès chaque année d’ici 2035, en appelant à un investissement accru et à une meilleure reconnaissance des sage-femmes dans le renforcement des systèmes de santé.
Bebele illustre parfaitement comment des sages-femmes comme Elodie Derako sauvent des vies chaque jour. Dans une petite pièce du même bâtiment, ses collègues — les sages-femmes adjointes Elodie Rose Narambessan et Edith Assana — s’occupent des cas nécessitant des soins plus spécialisés.
« La plupart des femmes que nous voyons aujourd’hui souffrent de maladies telles que le paludisme et la candidose », explique Elodie. « Nous faisons tout ce que nous pouvons, mais notre plus grand défi est le manque de ressources. Pour les cas graves, nous devons orienter les patientes vers le centre de santé de Betoko, situé à environ 30 kilomètres, et il est souvent très difficile de trouver un moyen de transport. »
Les villages isolés de la RCA, comme Bebele, sont confrontés à de sérieux obstacles pour accéder aux soins de santé néonatale et maternelle : un manque de personnel de santé qualifié, des routes en mauvais état et des infrastructures médicales insuffisantes. Cela expose les mères et les bébés à un risque élevé. Grâce au soutien de partenaires tels que la Fondation Eleva et l'UNICEF, des sage-femmes qualifiées, travaillant aux côtés de matrones formées, jouent désormais un rôle clé. Elles assurent le suivi des grossesses, détectent précocement les signes avant-coureurs et orientent les cas à haut risque vers les salles d'attente des maternités et les établissements de santé. Cependant, des ressources, une formation continue et de meilleures infrastructures restent indispensables pour prévenir les décès maternels et néonatals.
La formation et l'équipement des sages-femmes et des matrones améliorent la sécurité maternelle et réduisent les risques liés à la grossesse et à l'accouchement.
Conformément à la politique d'engagement communautaire de CAR adoptée en 2023, la stratégie visait à mener des actions de sensibilisation auprès des autorités locales et des chefs de village afin de promouvoir la santé maternelle. Cela sert de base à l'élaboration des politiques et au cadre de mobilisation des ressources.
Depuis la mise en œuvre de cette initiative, des progrès significatifs ont été observés. Le nombre de consultations prénatales et d’accouchements assistés par des sage-femmes qualifiées a augmenté, ce qui a permis une réduction notable des complications liées à la grossesse et à l’accouchement, ainsi que des décès maternels dans les districts sanitaires ciblés. Les transferts en ambulance ont permis d’assurer une prise en charge rapide. Ainsi, le taux de réalisation des quatre consultations prénatales (ANC4) est passé de 16 % en 2022 à 46 % ; le taux de mortinatalité a diminué, passant de 49 pour 1 000 en 2022 à 29 pour 1 000.
Cette femme, examinée dans une petite pièce par les sages-femmes auxiliaires Rose et Edith — souffrant d’hypertension artérielle et présentant des signes évidents d’épuisement —, est sans doute représentative de nombreux cas similaires. Avec des soins prodigués à temps et adaptés, elle pourrait accoucher en toute sécurité, sans craindre de perdre la vie ou celle de son bébé. Malgré des ressources limitées, le dévouement et la compassion de ces soignantes font toute la différence, aidant les femmes des villages isolés à mener leur grossesse à terme avec plus de sécurité et de confiance.