Protéger les humanitaires qui viennent en aide aux populations les plus isolées en RCA
Chaque année, la Journée mondiale de l'aide humanitaire souligne le fait que les humanitaires ne devraient pas être pris pour cible dans les zones où ils interviennent. En République centrafricaine, malgré les difficultés, ils ne baissent pas les bras.
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Le convoi de deux véhicules de l'UNICEF, escorté par des soldats de la paix de l'ONU, ralentit à l'approche d'un pont sur la route reliant Bocaranga à Koui, dans le nord-est de la République centrafricaine. Des spécialistes des mines terrestres sautent du véhicule de tête et inspectent minutieusement le sol autour du pont à l'aide de démineurs. Après quelques minutes, le convoi reprend sa route vers sa destination.
Conformément aux protocoles de sécurité, lorsque les travailleurs humanitaires empruntent cette route et bien d'autres en RCA, une escorte est obligatoire. De plus, un protocole anti-mines est respecté. Il ne s'agit pas seulement d'une formalité. À peine un mois après cette mission de l'UNICEF, le 24 juillet, une mine a été découverte dans le village de Manga, à 27 kilomètres de Bozoum, dans la même préfecture.
« Il faut prendre les risques de securité au sérieux. Je dis toujours clairement à mes collègues que nous devons nous protéger si nous voulons aider les autres »,
Gertrude se souvient comment, il y a quelques années, elle a participé à une mission sur le terrain pour vacciner les enfants dans les villages de la préfecture de Basse Kotto : « Sur la route entre Alindao et Bokolobo, nous avons été arrêtés par un groupe armé. Je leur ai expliqué l'objectif de notre travail, mais ils ont refusé de nous laisser passer. Le moment était très tendu. Calmement, j'ai demandé à parler à leur chef et, après quelques négociations, il a finalement accepté de nous laisser partir. »
Toutes les situations à risque ne se terminent pas aussi bien. L'année 2024 a été la plus meurtrière jamais enregistrée à l'échelle mondiale pour les travailleurs humanitaires, avec 377 morts violentes dans 20 pays, soit une centaine de plus qu'en 2023. Joyce Msuya, sous-secrétaire générale des Nations Unies chargée des affaires humanitaires, qui a communiqué ces chiffres au Conseil de sécurité le 2 avril 2025, affirme qu'il existe de nombreuses lois nationales et conventions internationales pour protéger le travail humanitaire, « mais ce qui manque, c'est la volonté politique de les respecter ».
Un environnement difficile pour les travailleurs humanitaires
La recrudescence des attaques contre les travailleurs humanitaires à travers le monde est à nouveau mise en évidence à l'occasion de la Journée mondiale de l'aide humanitaire, célébrée cette année le 19 août. Cette date a été désignée par l'Assemblée générale de l’ONU en 2008 pour coïncider avec l'anniversaire de l'attentat à la bombe perpétré en 2003 contre le siège des Nations unies à Bagdad, en Irak.
La recrudescence des attaques contre les travailleurs humanitaires s'inscrit dans un contexte d'aggravation des souffrances des populations civiles dans de nombreuses zones de crise à travers le monde, ainsi que de non-respect du droit international humanitaire.
Malgré certaines améliorations ces dernières années, la République centrafricaine, où 38 % de la population a besoin d'aide humanitaire, reste un environnement difficile pour mener des opérations. En 2024, selon les données de l'OCHA, 142 incidents sécuritaires ont touché les travailleurs humanitaires en RCA, faisant quatre blessés. Au 31 mai 2025, les travailleurs humanitaires avaient déjà été la cible de 48 incidents, dont un mortel.
Les chiffres des Nations Unies montrent que, lorsque des travailleurs humanitaires sont victimes d'attaques, 95 % des personnes tuées sont des travailleurs locaux. Mme Msuya les a qualifiés de « pierre angulaire des efforts de secours, sans lesquels l'aide humanitaire s'effondrerait ». Malheureusement, lorsque des travailleurs humanitaires locaux sont tués, cela fait rarement la une des journaux.
Abdoulaye Outmane, directeur de l'ONG nationale Espérance, partenaire de l'UNICEF dans le cadre de projets de protection de l'enfance, se souvient comment les locaux de son organisation à Bria ont été pillés et endommagés par des hommes armés en 2017, après de violents échanges de tirs à Bria. « Pendant les affrontements, nous étions 16 personnes à l'intérieur, allongées par terre. L'un de nos employés a été tué », raconte-t-il.
M. Outmane est l'un des travailleurs humanitaires qui ont été victimes d'une attaque l'année dernière en RCA. Cela s'est produit le 12 septembre 2024 alors qu'il se rendait en moto avec un collègue entre Bossangoa et Nana-Bakassa dans le cadre d'une mission humanitaire. « Après 20 kilomètres, quatre hommes armés ont surgi et nous ont obligés à nous arrêter. Ils nous ont emmenés dans la brousse, où nous avons été battus, menacés et dépouillés de tous nos objets de valeur. Nous avons essayé de rester calmes, mais ils nous ont retenus captifs pendant cinq heures. Finalement, ils nous ont libérés et nous avons marché pendant plusieurs heures avant de trouver un village où les habitants nous ont aidés. »
Malgré cela, les travailleurs humanitaires ne baissent pas les bras. « Oui, il y a des nombreuses difficultés, mais chaque fois que je vois un enfant qui a besoin d'aide, je trouve la force dont j'ai besoin pour continuer », conclut-il.