Les matrones au cœur de l’amélioration de la santé maternelle en RCA

Avec le soutien des Fonds Thématiques de l'UNICEF et de la Fondation Eleva, les matrones sauvent des vies.

Mauricette Deballe et Jose Carlos Rodriguez
Dr. Mauricette Deballe, de l’UNICEF, échange avec la sage-femme Cecilia Feiganazoui
UNICEF/2024/Soupou
15 décembre 2024

La République Centrafricaine fait face à l’un des plus grands défis de santé publique au monde : la réduction de la mortalité maternelle et néonatale. Le pays présente un taux de mortalité maternelle de 882 pour 100 000 naissances vivantes et la deuxième mortalité néonatale la plus élevée au monde, à 28 pour 1 000 naissances vivantes. Parmi les facteurs principaux de cette tragédie figurent le manque de personnel médical qualifié, l’accès limité aux soins et un taux élevé d’accouchements à domicile, estimé à 42%.

Sur les 35 districts sanitaires que compte le pays, l’UNICEF apporte un appui intégré dans cinq pour améliorer l’accès aux services d’accouchement en réduisant considérablement les retards de consultation et de prise en charge des femmes enceintes et leurs nouveau-nés. Parmi eux, on note le district de Bossangoa, avec 176 688 habitants, situé dans le nord-ouest de la République Centrafricaine, fait face à de nombreux défis en matière de santé. L’hôpital régional, bien qu'équipé d’un service de maternité, est à plus de 90 km des villages les plus éloignés. À 60 kilomètres de Bossangoa se trouve le village de Ndokota, où l'accès aux soins de maternité reste limité.

Adèle, une matrone de Ndokota, joue un rôle essentiel dans la santé maternelle et néonatale de sa communauté. En tant que première interlocutrice pour les femmes enceintes, elle offre des conseils et une aide précieuse lors des accouchements. Grâce au partenariat entre l’UNICEF avec les fonds thématiques santé en complément des fonds reçus des autres bailleurs comme la Fondation Eleva, des formations pratiques ont été mises en place pour renforcer les compétences pratiques en soins obstétriques et néonataux, basées sur les actes et gestes qui sauvent en utilisant les mannequins. Adèle a ainsi acquis des connaissances et aptitudes pratiques essentielles pour améliorer les conditions des accouchements dans son village.

Je suis tellement contente d’avoir appris de meilleures pratiques de santé pour aider les mamans à accoucher sans problèmes.

Adèle.

Ce programme fait partie d'une initiative plus large pour améliorer les soins de santé aux femmes enceintes et leurs nouveau-nés. 

Depuis quelques mois, nous avons une ambulance qui sauve les vies des femmes arrivant dans un état nécessitant des soins urgents.

Adèle.

Cecilia, cheffe du service de maternité à l’hôpital provincial de Bossangoa, partage ce sentiment de progrès. À 58 ans, après des décennies de carrière en tant que sage-femme, elle est témoin de changements positifs : 

Ma plus grande frustration était de voir des femmes arriver à la maternité dans un état critique, à cause des mauvaises routes. Certaines risquaient de perdre leur bébé en cours de route, voire leur propre vie.

Cecilia

Dans les villages de l’aire de sante  du centre de Ndokota, chaque mois, une matrone peut conduire  une moyenne de cinq à six accouchements, parfois huit à dix en période de forte affluence.

Adèle

Des héros anonymes comme Adèle et Cecilia se battent chaque jour, dans les villages les plus reculés de la RCA pour que les grossesses ne soient pas un risque de santé sérieux. Les matrones, dont certaines possèdent entre 15 et 20 ans d’expérience, ont bénéficié de formations pratiques et ont reçu des outils essentiels pour les consultations prénatales et les accouchements.

Adele partage un moment de joie avec ses collègues
UNICEF/2024/Soupou Adele avec le foulard jaune partage un moment de joie avec ses collègues au centre de sante de Ndokota.

Bien que n'ayant pas de formation académique formelle, les matrones traditionnelles jouent un rôle clé dans ces communautés reculées, où l'accès aux soins est limité. Leur savoir, transmis de mère en fille, fait d'elles de véritables actrices de la plateforme du réseau de périnatalité. Elles sont souvent le premier recours en matière de santé reproductive dans les villages.

Le soutien de la Fondation Eleva et des Fonds thématiques de l’UNICEF a permis de former 260 matrones dont 60 à Bouca, 84 à Bossangoa et 116 à Bouar et de fournir des équipements essentiels pour réduire les risques liés à la grossesse et à l’accouchement. Ces investissements ont un impact profond, offrant à chaque maman l’opportunité d’accoucher en toute sécurité, tout en réduisant les risques associés à la grossesse.

Je suis tellement contente d’avoir appris des meilleures pratiques de sante pour aider les mamans à accoucher sans problèmes.

Adèle

Les mamans qui reçoivent des meilleurs services de santé partagent la même joie.