La réintégration communautaire pour un meilleur avenir

La réintégration communautaire en Centrafrique, une seconde chance pour les enfants affectés par les conflits

mauricette Bogangabe
Chancellar lors du stage professionnelle en couture
UNICEF_2022_TGH
21 décembre 2022

Avant les évènements de 2013 qui ont frappé la Centrafrique et la région de Bambari en particulier, Marie, 16 ans aujourd’hui, vivait heureuse avec ses parents et ses deux frères.

La vie était paisible jusqu’à ce que leur père et leur mère ne soient tués dans les évènements. C’est à ce moment-là que les trois enfants ont décidé de quitter Bambari pour rejoindre la capitale Bangui dans l’espoir de trouver une vie meilleure là-bas.

« La route a été longue et épuisante, mais notre chagrin et la peur que nous avions de rester seuls dans une zone de conflit nous ont motivé à partir pour Bangui. Nous avons marché pendant deux jours et deux nuits ».

Malheureusement, tout ne s’est pas passé comme Marie et ses frères l’espéraient.

« Lorsque nos parents ont été tué, mes frères et moi avons fui et nous sommes retrouvés dans les rues de Bangui, sans abri et sans personne pour nous accueillir. Nous sommes restés près du marché du quartier PK12 où une commerçante du marché nous a remarqué et nous a proposé de la nourriture contre des petits travaux que nous faisions pour elle. Cependant, n’ayant pas de maison, nous devions dormir dans la rue depuis leur arrivée de Bambari », explique Marie.

La vie dans la rue a été difficile, particulièrement pour la jeune fille. Une nuit, deux hommes se sont rapprochés d’elle et l’ont violée. « Ça s’est reproduit plusieurs fois, » ajoute-t-elle, « Il n’y avait personne pour les arrêter et avec mes frères nous ne savions pas où aller pour nous réfugier ».

Marie nous a dit qu’un jour, pendant une activité de maraude, un travailleur social, agent expert du domaine psychosocial, et partenaire de UNICEF, les a trouvés dans la rue et les a amenés dans des centres d’hébergement pour enfants vulnérables à risque de violence et pour enfants des rues.

« Malheureusement, nous n’avons pas pu rester ensemble, mes deux frères et moi, nous avons été placés dans un centre pour garçons et un autre centre pour fille. Nous avons passé six mois séparés. »

Ce n’est qu’en 2016, trois ans après leur départ de Bambari, que, grâce au projet de réintégration de l’UNICEF soutenu par le Gouvernement du Luxembourg, les agents de protection de l’enfant ont finalement réussi à retrouver un membre de leur famille, une tante maternelle et à les réunifier tous ensemble.

« Depuis que nous sommes chez notre tante et grâce à cette nouvelle opportunité, mes frères ont été inscrits à l’école et ont reçu des kits et tenues scolaires, » exprime-t-elle avec joie. « Et moi, j’ai pu suivre une formation professionnelle en couture. Ma tante, qui est devenue notre tutrice, a reçu un appui pour la mise en place d’un petit atelier de couture, ce qui nous a aidé à avoir un revenu stable et à mieux vivre ».

Le projet soutenu par le Gouvernement du Luxembourg vise à construire un système résilient pour la réintégration des enfants affectés par les violences armées. Depuis son lancement en 2019, le projet a aidé plus de 141,000 enfants, comme Marie, qui ont été pris en charge soit par des services de soutien psychosocial ou par des services de réintégration communautaire.

« Je remercie ceux qui nous ont aidé à sortir de la rue, à retrouver notre tante, à envoyer mes frères à l’école et à me permettre de faire un métier que j’aime et de vivre mieux. Et moi, je ne m’arrêterai pas ici. Une fois mon stage terminé, je travaillerai pour avoir les moyens et matériels nécessaires pour mon installation et ainsi avoir mon propre atelier de couture. Mon but est d’aider les autres filles et garçons en difficulté, comme moi je l’ai été un jour », dit Marie.

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