Des enfances retrouvées
Les enfants constituent la moitié de la population centrafricaine. Beaucoup se sont retrouvés utilisés par des groupes armés et exposés à de multiples formes de violence. Des organisations humanitaires s’activent pour leur offrir une vie normale.
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Ahmat Ahmet* avait 10 ans quand sa vie a basculé. Un jour ensoleillé de la saison sèche de l’année 2024, il faisait pâturer les bœufs de ses parents dans un espace vert du village de Bokolobo quand soudainement des hommes armés surgissent de la forêt et l’ont contraint à les suivre. Le jeune s’est exécuté et a abandonné les animaux de ses parents. S’en suivit alors un long et éprouvant périple de village en village, parsemé de massacres ; de pillages ; de destructions et de viols. D’épuisants jours de marche se sont écoulés avant que l’enfant se retrouve dans la cache de ses ravisseurs : une forêt qu’il ne saurait nommer ou même géolocaliser. Pendant un peu plus d’un an, Ahmat explique avoir été forcé à effectuer diverses travaux domestiques pour les hommes armés.
« Je balayais, je puisais de l’eau et je faisais de petites tâches manuelles pour eux. Mais ils ne m’ont jamais violenté physiquement par ce que je faisais tout ce qu’ils me demandaient."
Il a retrouvé sa liberté en mars 2025 grâce à aux efforts de dialogue menées par l’UNICEF et la MINUSCA auprès du groupe armé. Au total, vingt enfants ont ainsi été libérés et vu renaitre l’espoir d’un avenir meilleur. Après leur libération, l’UNICEF et son partenaire l’ONG Espérance ont conduit 14 d’entre eux à Bambari afin de les placer dans des familles d’accueil en attendant de retrouver leurs parents biologiques. Dans les cas les plus complexes, il a fallu plus ou moins neuf mois pour retrouver les familles.
« A mon retour à la maison, j’ai vu les larmes de joie de ma mère et de mes frères et sœurs. Ils pensaient ne plus jamais me revoir » dit Ahmat Ahmet.
Une cérémonie de réunification des enfants avec leurs familles s’en est donc suivi dans le village de Maloum. Ceux qui étaient originaires des villages de Bokolobo, Gréyanda, Sabagoudé, Goya, Marché Lundi, Kouango et Pombolo ont été acheminés à Bambari avant leurs villages respectifs. Les autres qui avaient déjà leurs parents à Maloum sont restés dans ce village. Tous ont bénéficié d’une prise en charge médicale et psychosociale visant à soutenir leur rétablissement et leur réintégration au sein de leurs familles et communautés. Ces enfants ont également eu accès aux opportunités de réintégration socio-économiques adaptées à leurs aspirations et au contexte local, notamment des formations professionnelles dans différents domaines tels que la couture, la mécanique, la maçonnerie, la boulangerie et l’agro-pastorale. Ces activités, financées par l’UNICEF Espagne, Bureau of Humanitarian Affairs (BHA) et le Département d’État des États-Unis, contribuent à renforcer leur autonomie et leurs perspectives d’avenir. Ahmad pense à son futur.
« J’ai choisi la couture comme formation, mais ce que je veux vraiment c’est devenir fonctionnaire de l’Etat centrafricain, même si je ne sais pas encore dans quel domaine. Je veux juste être une personnalité dans mon pays ».
Il a fait 6 mois pour apprendre la coupe, le faufilage avec une machine, et surtout l’assemblage d’une machine à coudre pour savoir dépanner sa propre machine le cas échéant. Comme d’autres enfants anciennement associés aux groupes armés, Ahmat a reçu sa machine à coudre après sa formation accélérée. Il ambitionne également de retourner à l’école pour mieux apprendre à lire et écrire afin de poursuivre son rêve :
De 2014 à nos jours, l’UNICEF a pu faire libérer plus de 18 000 enfants du joug des groupes armés.
Des parents temporaires pour accueillir les enfants seuls et anciens enfants associés aux groupes armés
Tout comme Ahmat Ahmet, les enfants qui précédemment associés aux groupes armés, les enfants séparés de leur famille ainsi que ceux affectés par différentes formes de violence peuvent être confiés temporairement à des familles d’accueil pendant l’évaluation de leur situation et la recherche d’une solution durable conforme à leur intérêt supérieur.
Ces familles bénévoles bénéficient d’un appui destiné à soutenir la prise en charge temporaire des enfants libérés des groupes armés, notamment pour couvrir leurs besoins essentiels pendant la période de transition.
Aishatou Souleymane est l’une de ces personnes qui accueillent les enfants. Cette mère de 62 ans a elle-même 8 enfants et 16 petits enfants. Elle a ouvert ses portes aux enfants en détresse pour la première fois par simple altruisme en 2015 avec l'ONG Nda qui est l'actuelle ONG Espérance, partenaire de l’UNICEF.
« À l'époque il y avait très peu de soutien financier mais c’est comme si c’est le bon Dieu qui me demandait d’aider ces enfants. » dit Mme Aishatou. C’est en 2015 qu’elle a accueilli pour la première fois des enfants libérés de groupes armés.
Ce groupe venait de Alindao et comptait 11 enfants : 3 filles et 8 garçons âgés de 10 ans à 16 ans. Mère d’accueil depuis plusieurs années, Aichatou explique avoir parfois rencontré des difficultés face aux comportement de certains enfants, souvent marqués par les expériences vécues au sein des groupes armés. « il y avait un enfant de 10 ans qui voulait à tout prix retourner avec les groupes armés. Je n’ai jamais compris pourquoi mais il a fini par fuguer pour rejoindre les groupes armés » confie Aichatou Souleymane.
Afin d’offrir un cadre d’accueil sûr et adapté aux enfants en détresse, Aishatou a mis à leur disposition une de sa concession. Celle-ci comprend 4 chambres dans lesquelles elle repartit les enfants par sexe et par tranche d’âge. Depuis plus d’une décennie, cette femme dévouée estime à une cinquantaine d'enfants qu'elle a temporairement hébergé avec certes l’appui financier de l’UNICEF et ses partenaires aussi de ses enfants biologiques qui sont désormais tous grands et travaillent déjà.
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*Nom fictif utilisé à des fins de protection.