Un avenir pour les enfants qui quittent les groupes armés en RCA
Depuis plus d'une décennie, des groupes armés en République centrafricaine recrutent de force des enfants dans leurs rangs. L'UNICEF a récemment rencontré trois garçons et une fille qui ont été réintégrés après avoir quitté ces groupes.
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Les mains de Hadija* pétrissent lentement la pâte qu'elle a laissée reposer toute la nuit.
Tôt le matin, elle dispose soigneusement les pains qu'elle a façonnés sur une plaque et les enfourne dans un four que sa mère a chauffé au bois. Environ 30 minutes plus tard, elle sort les pains cuits du four et les remplace rapidement par une autre plaque pleine.
« Je vais bientôt commencer ma dernière année de lycée et je dois étudier sérieusement. Grâce à ma boulangerie, je paie moi-même mes frais de scolarité. Mon rêve est de devenir sage-femme. »
Avant qu'elle ne parte à l'école, les premiers clients arrivent dans la cour de sa mère, dans la ville de Bria, alors que le pain est encore en train de refroidir. Hadija vend chaque pièce 100 CFA (environ 15 centimes d'euro). Si elle n'a pas le temps de vendre tout le lot, sa mère continuera à le faire pour elle après son départ.
Il y a cinq ans, Hadija, aujourd'hui âgée de 19 ans, faisait partie d'un des groupes armés présents à Bria, sa ville natale, qui pendant plusieurs années a été divisée en secteurs, chacun dominé par une milice différente.
Elle s'est échappée de leurs rangs en 2020 et s'est cachée pendant plusieurs mois chez des proches pour éviter d'être à nouveau recrutée de force. Lorsque, l'année suivante, le gouvernement a repris le contrôle total de Bria, elle s'est inscrite à un programme de formation professionnelle, dans le cadre d'une intervention de l'UNICEF en faveur des enfants anciennement associés à des groupes armés, grâce à des financements des sections espagnole et française de l’UNICEF, ainsi que des fonds du State Department americain.
Non loin de la maison d'Hadija, dans le même quartier, Moustapha, 21 ans, tient un kiosque où il vend du crédit pour téléphones portables. Lui aussi était membre d'un groupe armé, bien que différent de celui d'Hadija. Il n'est pas improbable qu'à plusieurs reprises, ils aient pris part à des escarmouches en combattant dans des camps opposés. Lorsqu'il a fui la milice, également en 2020, il a réussi à rejoindre la maison de ses parents dans une autre région de la RCA, mais là aussi, il a trouvé une situation encore pire et a décidé de retourner à Bria.
Lorsqu'il s'est inscrit au programme de formation professionnelle de l'UNICEF, il a choisi d'apprendre le commerce. Pendant plusieurs mois, il a suivi des cours sur les bases des activités génératrices de revenus. « Je gagne généralement entre 2 000 et 3 000 CFA par jour, ce qui me suffit pour subvenir à mes besoins et payer mes études », explique-t-il. Le personnel de l'ONG Espérance, partenaire de l'UNICEF, lui rend régulièrement visite, ainsi qu'à de nombreux autres enfants qui faisaient autrefois partie de groupes armés.
Encore des violations graves des droits des enfants
Le rapport annuel du Secrétaire général des Nations Unies sur les enfants et les conflits armés, publié le 17 juin 2025, révèle toujours une escalade alarmante des violations graves des droits des enfants vérifiées par les Nations Unies en RCA, avec 733 cas touchant 479 enfants (283 garçons et 196 filles), soit une augmentation de 77 % du nombre d'incidents et plus du double du nombre d'enfants touchés par rapport à 2023. Le recrutement et l'utilisation d'enfants par des groupes armés ont presque triplé (passant de 103 à 331).
Familles d'accueil pour mineurs non accompagnés
Hadija et Moustapha s'épanouissent, mais quitter les groupes armés n'est jamais facile. Dans un autre quartier de Bria, le « quartier Gobolo », habité principalement par des personnes d'ethnie peule, Mahamat, 16 ans, vit dans une famille d'accueil. Sa mère d'accueil, Amina, s'occupe de Mahamat depuis un mois, après qu'il a quitté le groupe armé à la suite d'un récent accord de paix..
While NGO Esperance provides psychosocial support to him twice a week, UNICEF and its partners are trying to trace his parents. Mahamat is a native of Darfur, in Sudan, and he was recruited from there before coming to CAR. He speaks only fulbe, hence why he has been placed in the care of a family with whom he can communicate.
Pendant que Mahamat attend, Abdel, un autre ancien enfant soldat, est un exemple brillant. Lorsqu'il s'est échappé de son groupe il y a cinq ans, après deux ans passés au sein de celui-ci, il n'avait qu'un seul objectif : poursuivre ses études. Le fait qu'il ait pu retrouver ses parents peu après sa libération a facilité son processus de réintégration. Aujourd'hui, à 21 ans, il a terminé ses études secondaires. Et il est heureux d'avoir réussi l'examen pré-universitaire.
« Je veux étudier l'économie. Mon pays a besoin de beaucoup de développement », dit-il. « Il y a trop de pauvreté ici, c'est pourquoi il y a des guerres. Le jour où tout le monde aura suffisamment pour vivre, il n'y aura plus de violence. »
*Les noms ont été modifiés à des fins de protection.