Le jour où la recherche d'or s'est transformée en cauchemar
Des enfants et des adolescents sont encore victimes du recrutement forcé des groupes armes. L’UNICEF travaille avec le gouvernement pour réintégrer les mineurs qui quittent leurs files.
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Il n’y a pas beaucoup d’années, Phillipe et Tony* commençait leur journée en se rendent à l’école à pied, comme tous les enfants de leur village de l’Ouham Pende, dans le Nord de la République Centrafricaine (CAR). Un jour, au lieu d’aller à l’école, ils décidèrent de tenter leur chance dans l’orpaillage. Par pression de leurs camarades ou par nécessité, ils ont suivi certains de leurs camarades au plus profond de la brousse, rêvant de faire fortune. Au bord d’une rivière ils reconnurent nombreux d’autres garçons et filles de leur village en quête d’or à l’aide de tamis pour filtrer l’eau.
Les jours passèrent et l'année scolaire s'éloigna de plus en plus. Leur rêve de nager dans l'or se transforma soudain en cauchemar. Ils découvrirent bientôt qu'ils n'étaient pas seuls : des hommes en armes commencèrent à visiter le site minier informel et à faire pression sur les garçons et les filles qu'ils jugeaient plus aptes à travailler pour eux.
D'abord, il s'agissait de faire quelques courses dans la ville voisine, tandis que des garçons jugés plus intelligents recevaient l'ordre d'explorer les routes et les villages environnants pour recueillir des informations sur les mouvements de l'armée. Un jour, Philippe et Tony, ainsi que d'autres enfants, furent emmenés plus profondément dans la brousse. Les filles étaient contraintes aux tâches ménagères comme la cuisine et la lessive. Les deux garçons se retrouvèrent armés de fusils en bois, effectuant des exercices militaires. Ils devaient obéir à des ordres stricts et, en cas d'échec, ils étaient battus. Un jour, le commandant leur donna de véritables fusils d'assaut AK47. À partir de ce moment, ils ne furent plus des auxiliaires, mais de véritables rebelles, prêts à se battre.
Dans certaines zones où nous campions, on nous ordonnait de surveiller les barrages routiers et de taxer les voyageurs, y compris ceux qui voyageaient avec du bétail. Notre rêve de devenir négociants en or s'était évanoui. Nous n'étions plus que de la chair à canon.
Un jour, considérant le risque qu'ils couraient, ils décidèrent de s'enfuir. Leur possession d'armes facilita leur fuite. Ils errèrent dans la forêt jusqu'à ce qu'ils rencontrent un homme. Ils lui dirent de ne pas avoir peur et lui demandèrent de les conduire aux autorités. Le soir même, ils furent accueillis dans un camp militaire des forces gouvernementales. Les soldats leur confisquèrent leurs armes et leur dirent de ne pas avoir peur.
Peu après, l'UNICEF fut alertée de leur présence. Les garçons étaient loin de chez eux et, en raison de la présence d'hommes armés dans la région, ils risquaient toujours d'être recrutés. Après avoir contacté leurs parents (ravis d'apprendre que les deux enfants étaient encore en vie), l'UNICEF les plaça dans un foyer d'accueil sécurisé à Bangui, la capitale.
C’etait notre premiere fois a la capitale. Nous sommes dans un foyer avec un papa et une maman qui ont d’autres enfants qui sont devenus nos frères et sœurs. Ici, on est bien, on a du temps pour nous reposer.
Les enfants associés à des groupes armés sont confrontés à de nombreux défis lors de leur réintégration. La première étape consiste à se trouver dans un lieu sûr, à l'abri des menaces et où le risque de recrutement est réduit. Ensuite, ils ont souvent besoin d'un soutien psychosocial pour surmonter les expériences douloureuses qu'ils ont subies. Une troisième étape importante consiste à recevoir une formation professionnelle pour pouvoir se construire un avenir et gagner sa vie.
Un protocole historique sur le transfert des enfants associés aux groupes armés, signé par le gouvernement centrafricain, les Nations Unies et l'UNICEF en septembre 2024, stipule que les enfants ayant quitté ces groupes doivent être transférés dans les 24 heures vers les services civils de protection de l'enfance les plus proches afin de bénéficier de soins appropriés.
En 2024, les programmes de protection de l'enfance de l'UNICEF, en partenariat avec le ministère de la Promotion de la Femme et de l'Enfant, grâce au financement du Département d'État des États-Unis et d'autres partenaires, ont permis la réinsertion de 702 enfants (206 filles et 496 garçons). Ce soutien a contribué à renforcer les efforts continus visant à favoriser la réintégration grâce au déploiement et à la diffusion des derniers outils et directives mondiaux destinés aux enfants associés aux forces armées et aux groupes armés.
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* Noms modifiés pour des raisons de protection