« Ici nous sommes chez nous ». L’histoire de Issa et freres

Une fraction des quelque 600 000 Centrafricains encore réfugiés à l'étranger sont de retour. Pour beaucoup de leurs enfants, les épreuves n'ont pas effacé leurs rêves.

Jose Carlos Rodriguez / UNICEF CAR
Adama, Fatou et Issa partagent un moment de détente dans la cour de leur maison à Bangui
UNICEF/Rodriguez
19 juin 2025

Issa, 12 ans, veut devenir ambassadeur.

Alors qu'il vient de terminer sa cinquième année d'école primaire, il lui reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre cet objectif. Et comme il est clair qu'il ne veut rien de moins qu'un poste diplomatique aux États-Unis, il est conscient qu'il devra ajouter l'étude de l'anglais à son programme scolaire.

En décembre 2013, alors qu'il n'avait que dix mois, ses parents ont été contraints de quitter leur maison en République centrafricaine lorsque les combats ont éclaté dans tout le pays. Sa mère, Balkisou Yassin, se souvient de chaque détail de leur fuite en tant que réfugiés en République du Congo :

« Les gens nous appelaient wara centrafricains, un nom péjoratif donné aux musulmans centrafricains qui, comme nous, avaient fui leur pays. Il y a quelques mois, nous avons décidé de rentrer. C'est notre patrie et nous voulons que nos enfants sachent que c'est l'endroit auquel ils appartiennent.»

Balkisou Yassin

Elle parle calmement en compagnie de ses trois enfants dans ce qui était la maison de son père, dans l'un des quartiers du Kilomètre Cinq, le principal centre économique de Bangui, où la majorité des habitants sont issus de la communauté musulmane. « Mon père a été tué lorsque des miliciens nous ont attaqués et ont lancé une grenade à l'intérieur », raconte-t-elle.

C'était en décembre 2013, lorsque leur banlieue était le théâtre de batailles rangées quasi quotidiennes. À l'époque, elle était étudiante en chimie à l'université. Comme des dizaines de milliers de ses voisins, elle et son mari ont été contraints de rassembler à la hâte quelques effets personnels et de fuir avec leur bébé. Le voyage en camion jusqu'à la frontière camerounaise a été une expérience éprouvante, marquée par de fréquentes attaques au cours desquelles certains de leurs compagnons de voyage ont été tués.

Réfugiée pendant 12 ans, Mme Balkisou et son mari ont travaillé dur pour élever leurs trois enfants. Aujourd'hui, de retour chez eux, ils espèrent un avenir meilleur
UNICEF/Rodriguez Réfugiée pendant 12 ans, Mme Balkisou et son mari ont travaillé dur pour élever leurs trois enfants. Aujourd'hui, de retour chez eux, ils espèrent un avenir meilleur

À Garoua-Boulai, au Cameroun, ils ont passés quelques années en tant que réfugiés. C'est là que leur deuxième enfant, Fatou, a vu la lumière.

Ensuite, ils se sont installés à Brazzaville, en République du Congo, où son mari, ancien fonctionnaire à Bangui, a pu trouver un emploi à moitié décent, et où est né leur petite Adama.

Il y a trois mois, ils ont décidé de rentrer en RCA. L'année dernière, un peu plus de 16 000 Centrafricains qui vivaient dans d'autres pays en tant que réfugiés sont rentrés chez eux. Ce n'est qu'une fraction des 681 000 compatriotes qui vivent encore à l'étranger, selon le Haut-Commissariat pour les Réfugiés.

Lorsqu'ils reviennent, nombre d'entre eux trouvent leur maison détruite ou occupée. Balkisou a eu plus de chance. Certains de leurs proches restés sur place l'ont conservée en bon état. Il manque encore des meubles de base, mais ils essaient de l'équiper progressivement.

«Nous sommes très heureux d'être de retour. Nos parents et amis nous ont accueillis chaleureusement. Notre kilomètre cinq a tellement changé et la violence entre les communautés appartient au passé.»

Balkisou Yassin

Issa, Fatou et Adama sont également heureux, même si leurs amis de Brazzaville leur manquent souvent.

« Nous ne leur avons jamais dit que nous étions des réfugiés : Nous sommes ici pour faire un petit travail et une fois qu'il sera terminé, nous retournerons dans notre pays,» explique Balkisou.

Le fait que, même en tant que réfugiés, ils aient toujours parlé le haussa et le sangho, la langue nationale de la RCA, à la maison, a facilité leur réintégration. À l'école du Congo, ils ont appris le français, langue dans laquelle ils poursuivent leurs études. Tous les jours, ils sautent tous les trois sur une moto pour aller suivre des cours dans une école locale.

Fatou veut devenir médecin et Adama rêve de devenir avocat.

Malgré les difficultés qu'ils ont rencontrées jusqu'à présent dans leur vie à travers plusieurs pays, Adama, Fatou et Issa sont heureux d'être de retour chez eux et d'aller à l'école. Peut-être qu'un jour, Issa réalisera à nouveau son rêve de voyager à travers le monde, mais cette fois en tant qu'ambassadeur.