La lutte contre le VIH/SIDA chez l’enfant, une préoccupation pour l’UNICEF

Découvrez comment l’UNICEF appuie des « Clubs d’enfants et d’adolescents vivant avec le VIH/SIDA».

Par Naïm-Kaélin ZAMANE
Pour chaque enfant, la vie!
UNICEFCAR/2018/Zamane
17 avril 2019

« Jusqu’à l’âge de neuf ans, je prenais tous les jours des médicaments sans savoir pourquoi je les prenais. Un jour, j’ai refusé de les prendre. J’ai exigé de mon père qu’il m’explique pourquoi je prenais ces médicaments. Une semaine est passée sans que je n’abdique. Je suis alors tombée malade. Mon père, ayant eu peur, m’a dit que j’étais séropositive. Je n’en revenais pas », a raconté Prisca (nom changé), âgée de 12 ans et élève en classe de CM1 à Bangui, la capitale centrafricaine.

Prisca fait partie des 9 600 enfants et adolescents vivant avec le VIH dans le pays. Avec une prévalence de quatre pour cent de la population générale et 3,7 pour cent chez les femmes enceintes, le VIH demeure une priorité de santé publique en République Centrafricaine. Les enfants et les adolescents de moins de 15 ans sont autant affectés que les adultes avec une prévalence moyenne de 3,8 pour cent chez les adolescents.

La stigmatisation des personnes vivant avec le VIH est parfois extrême : selon l’enquête Index Stigma, près de la moitié d’entre elles (45,6 pour cent) fait l’objet de stigmatisation de la part de la communauté. L’auto-stigmatisation par les patients eux-mêmes est également très forte et s’exprime sous diverse formes -- sentiment de culpabilité, blâme ou piètre estime de soi, et honte.

Malgré cette forte stigmatisation, le paquet de soins n’inclut pas systématiquement les activités d’accompagnement psychologique, surtout pour les enfants et les adolescents. A Bangui par exemple, sur 12 centres de prise en charge du VIH chez l’enfant et l’adolescent, seuls trois ont mis en place un mécanisme de préparation et d’annonce du statut sérologique aux enfants.

Afin de répondre à la situation, l’UNICEF, avec le soutien du Comité Français de l’UNICEF, met en œuvre un programme visant à rassembler les enfants et adolescents vivant avec le VIH dans des espaces récréatifs, pour les encourager à prendre régulièrement leurs médicaments et à entrevoir l’avenir autrement. Huit clubs ont été ouverts à Bangui. Au sein de ces groupes, les pré-adolescents et adolescents font des jeux, dansent, écrivent des poèmes etc. Ils reçoivent aussi un appui psychosocial.
Prisca trouve que les clubs jouent positivement sur elle et les autres.

« Comment affronter la dure vérité de mon état sérologique? », s’est-elle demandée, après avoir découvert qu’elle avait le VIH.

« Un jour, j’ai participé à une formation organisée par l’UNICEF et ses partenaires à la cathédrale Immaculée Conception de Bangui. A l’issue de cette formation, j’ai rejoint le club des adolescents vivant avec le VIH. Ce club m’a permis d’accepter ma situation et de prendre régulièrement mes médicaments », poursuit-elle.

« Mon rêve aujourd’hui est d’être assidue à l’école, de bien étudier et de travailler plus tard comme sage-femme. Je voudrais récompenser mon père, qui a beaucoup fait pour moi », conclut-elle.

Un des enfants visant avec le VIH/SIDA en République centrafricaine
UNICEFCAR/2018/Zamane

En effet, de janvier à mars 2017, l’UNICEF et la Coordination Nationale pour la Lutte contre le SIDA ont organisé une session de formation à l’endroit des adolescents et parents (tuteurs ou parents d’enfants vivant avec le VIH, femmes participant aux programmes de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant). Ils étaient près de 163, dont 126 adolescents, à prendre part à cette formation, dont l’objectif est de contribuer à la réduction de l’auto-stigmatisation, renforcer l’adhérence et la rétention sous traitement par la formation des personnes vivant avec le VIH. A la fin de la formation, les enfants ont été organisés pour mettre en place les clubs d’adolescents vivant avec le VIH.

Au sein de ces clubs, il y a aussi un système de parrainage. Sakis, 15 ans, vit à Combattant, un quartier de Bangui. Elle est parrainée par Jessica qui, elle, a 22 ans.

« Deux fois par semaine, j’appelle chez Sakis pour prendre ses nouvelles et m’assurer qu’elle prend bien ses médicaments », a indiqué Jessica.

Ensemble, les enfants vivant avec le VIH/SIDA se soutiennent
UNICEFCAR/2018/Zamane

Jephté, 17 ans, va plus loin. Il se déplace pour s’enquérir de la situation de son filleul.« Je quitte Ouango dans [un] arrondissement de Bangui pour aller rendre visite à mon filleul qui est dans [un autre] arrondissement. Je suis content de le faire parce que je contribue à la survie d’autres enfants ».

Albertine est âgée de 32 ans. Elle vit avec le VIH et élève sa fille de six ans, qui l’est aussi. Elle joue le rôle de marraine au sein des clubs des enfants et adolescents vivant avec le VIH. Elle est émerveillée par les enfants qu’elle accompagne. « Grâce à ces clubs, les enfants ont appris à accepter leur situation », a-t-elle constaté.

« Ils n’ont pas peur de parler de leur statut sérologique, même publiquement. Ils n’ont pas honte. Ce sont des enfants éveillés et qui raisonnent très bien. Ma fille intégrera ces clubs quand elle aura 10 ans. C’est vraiment un cadre pour l’épanouissement des enfants vivant avec le VIH ».