Quand la ruée vers l’or vole les rêves des enfants

À Mbal, au Cameroun, l’exploitation aurifère menace les progrès durement acquis en matière d’éducation, obligeant les enfants à choisir entre l’école et des gains rapides

Ahmed Ousman Nib Ngom
Des enfants participent à l’extraction de l’or dans une mine à ciel ouvert à Mbal, dans l’est du Cameroun, illustrant la dure réalité où l’éducation rivalise avec l’attrait des gains rapides.
UNICEF/2025/Ahmed Ousman
12 janvier 2026

À Mbal, dans l’Est du Cameroun, l’école avait retrouvé son souffle grâce à des efforts communautaires et au soutien de l’UNICEF. Mais un nouvel adversaire s’impose : l’or. Entre promesse d’un avenir scolaire et tentation des gains rapides, les enfants se retrouvent pris au piège d’un choix cruel : apprendre ou creuser.

L’or défie l’éducation à Mbal

Dans le village de Mbal, dans la commune de Betare Oya à l’Est du Cameroun, le calme règne en ce lundi après-midi. La communauté vit au rythme des saisons, dans une quiétude qui semble immuable. À première vue, tout va bien. Pourtant, derrière cette tranquillité apparente, un dilemme profond ronge l’avenir des enfants. Celui d’aller à l’école ou de partir à la recherche de l’or.

Quand l’école faisait battre le cœur du village

Il fut un temps où l’école publique de Mbal était le centre de vie du village. Les rires des enfants, leurs voix récitant les leçons et les jeux dans la cour, animaient les journées. Ces bruits ne troublaient pas le calme, au contraire, ils lui donnaient un sens.

Mais en 2023, l’établissement faisait face à de lourdes difficultés. L’école ne disposait ni de salles de classe adaptées, ni de point d’eau, ni de latrines. Les enfants étaient exposés aux maladies hydriques et diarrhéiques. L’absence d’eau rendait la rétention scolaire presque impossible. Car une fois sortis de l’enceinte de l’école, nombreux étaient ceux qui ne revenaient plus.

Un tournant décisif grâce à l’action de l’UNICEF et des partenaires

Face à cette situation alarmante, l’UNICEF, avec l’appui financier de la Korea International Cooperation Agency - KOICA, est intervenu. De nouvelles salles de classe ont été construites et équipées de tables-bancs. Un forage et des latrines ont été installés au bénéfice de l’école et de toute la communauté.

Les résultats ne se sont pas fait attendre et l’école a connu un véritable renouveau. Les effectifs sont passés de 120 élèves à 226 la première année, puis à 323 élèves pour l’année scolaire suivante. L’espoir semblait de nouveau permis.

A person wearing a colorful Cameroon-themed shirt stands in front of a small school building with bright painted doors and a water tower in the background.
UNICEF/2025/Ahmed Ousman Aboubakar , a student stands in front of Mbal’s renovated public school, a symbol of hope for education in a community where the gold rush threatens to pull children away from their classrooms

Je veux aller à l’école, mais je veux aussi avoir de l’argent

Philomène, 14 ans

La ruée vers l’or, un nouvel obstacle

Mais dès l’année scolaire 2024–2025, la tendance s’est inversée. Les effectifs ont chuté brutalement. Passant à 237 élèves, puis 159 élèves en cette fin d’année 2025.

Cette baisse n’est ni liée aux infrastructures, ni au manque d’eau, de latrines ou d’enseignants. La cause est ailleurs. Elle est brillante, attirante et désormais destructrice. l’or.

Dans cette partie du Cameroun, de nombreux chantiers aurifères attirent des populations venues de toute la région. Si la recherche de l’or ne posait problème que chez les adultes, l’impact serait moindre. Mais à Mbal, la ruée vers l’or emporte aussi les enfants.

Quand le prix de l’or écrase l’école

Malgré les efforts pour maintenir les enfants à l’école, la flambée du prix de l’or a réduit considérablement les progrès réalisés.

« La bichette d’or coûtait entre 2 500 et 3 000 FCFA. Aujourd’hui, elle atteint presque 8 000 FCFA », confie Serge Aboui, le directeur de l’école publique de Mbal.
« Dès lors, les enfants ont abandonné l’école pour aller sur les chantiers », conclut-il.

Des efforts qui peinent à freiner l’exode scolaire

Les autorités administratives, ainsi que l’UNICEF, ont multiplié les formations et mis en place des réseaux communautaires de protection de l’enfance pour sensibiliser les familles. Mais sur le terrain, la course à l’or ne ralentit pas.

« Les autres communautés nous envient parce que notre école est bien dotée. Mais notre village a besoin de ses enfants. Ça nous fait mal de les voir troquer leur avenir ainsi », déplore le directeur.

Des rêves d’enfants pris au piège

Certains enfants souhaitent poursuivre leur scolarité, mais leur environnement ne leur facilite pas la tâche. Attirés par le niveau de vie de leurs camarades travaillant sur les chantiers, d’autres finissent par les suivre.

Philomène, 14 ans, élève à l’école publique de Mbal, confie avec une sincérité désarmante :

« Je veux aller à l’école, mais je veux aussi avoir de l’argent. »

Son rêve pourtant est clair : devenir médecin.

À ses côtés, Aboubakar, 19 ans, élève au lycée de Bétaré-Oya, incarne une autre voie possible :

« Mes parents ont décidé de m’envoyer au lycée pour que je réalise mon rêve de devenir cardiologue. Je viens ici seulement les week-ends et pendant les vacances pour aider mes parents, tout en continuant à réviser. J’ai un examen cette année. »

Aboubakar fait partie de ces rares jeunes qui résistent à la tentation de l’or et refusent de sacrifier leur éducation.

Children and adults working in a muddy gold mining site with water-filled pits, surrounded by green vegetation and a distant village.
UNICEF/2025/Ahmed Ousman Children and adults dig and pan for gold in muddy pits near Mbal, eastern Cameroon, where mining threatens to pull young learners away from school and jeopardize their future.

Un choix impossible pour trop d’enfants

Pour beaucoup d’autres, ce choix est presque inexistant. Comment résister quand un enfant peut gagner entre 20 000 et 100 000 FCFA par jour sur un chantier aurifère ?

« Je ne sais plus quoi dire aux enfants pour qu’ils aillent à l’école. Ils ne veulent que l’or », confie Bienvenue, la voix chargée de désespoir.
«Un jour, l’or va finir. Que deviendront nos enfants ? Que feront-ils ? »

Sauver l’avenir, maintenant

À Mbal, comme dans de nombreuses localités de la région de l’Est du Cameroun, l’or coûte cher. Et ce sont les enfants qui en paient le prix le plus élevé.

Il devient urgent de sauver leur avenir, en renforçant les contrôles sur les chantiers aurifères et en interdisant strictement l’accès aux enfants. Un enfant ne devrait jamais avoir à choisir entre son droit fondamental à l’éducation et l’argent.