IUEC Bandjoun : mobilisation pour les droits de l’enfant
À l’IUEC de Bandjoun, une trentaine d’universitaires et acteurs de la société civile ont suivi un atelier UNICEF pour déconstruire les idées reçues et placer l’intérêt de l’enfant au centre.
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Briser les barrières de la perception
Avant la formation sur l’évolution des droits de l’enfant, les visages étaient dubitatifs presque désinvoltes. « Une formation de plus !», s’agaçaient quelques-uns, qui trainaient le pas pour rejoindre le futur Centre des Droits de l’Enfant de l’IUEC de Bandjoun. L’esprit était occupé à régler les aspects logistiques de l’inauguration du Centre, le jour suivant.
Dans la salle configurée en U, une trentaine d’enseignants, de responsables administratifs et d’acteurs de la société civile s’interrogeaient sur le contenu de la formation.
Le Pr Jules-Roger Kuiaté, Recteur de l’IUEC de Bandjoun a d’emblée recadré les enjeux :
« L’homme dans sa globalité est au centre de l’action de l’IUEC. Nous avons toujours recherché le bien-être des humains qui nous entourent. Je compte sur vous pour que notre Centre des droits de l’enfant soit le meilleur de tout le pays. », a-t-il lancé comme un défi aux enseignants de son Université.
Une approche historique : l’Afrique, pionnière des droits
À la suite de ce propos introductif, les Docteur.e.s Eteri Kirtskhalia et Albert le Grand Fosso de l’UNICEF ont pris le relais.
Dans une approche interactive, les deux experts de l’UNICEF vont progressivement piquer la curiosité de leurs interlocuteurs. Le Dr Eteri est la première a campé le décor :
« Les droits de l’enfant sont universels et indivisibles. Chaque enfant peu importe ses origines, sa religion, son genre et où qu’il/elle se trouve doit jouir de tous ses droits. Tous les droits de l’enfant sont interdépendants. Aucun droit ne peut se réaliser sans les autres. »,
dévoile-t-elle avant de démontrer que les droits de l’enfant sont le fruit d’un long processus historique depuis l’Égypte antique, la Grèce antique et dont les racines contemporaines remontent au 18e siècle. C’est à partir de ce siècle-là que les enfants sont reconnus comme une catégorie sociale indépendante grâce aux œuvres de Jean-Jacques Rousseau.
Le Dr Albert le Grand Fosso va complètement déconstruire l’idée que les droits de l’enfant seraient étrangers à l’Afrique. Il a rappelé que l’Afrique fait figure de pionnière depuis le 15e siècle avec la Charte du Mandèn. « Cette charte prouve que l’enfant a toujours eu une place privilégiée en Afrique », révèle-t-il.
« Aujourd’hui, l’Afrique est le seul continent à avoir adopté une convention spécifique relative aux droits de l’enfant : la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples qui est plus contraignante que la Convention Internationale »
Les deux experts de l’UNICEF vont indiquer que la Convention internationale relative aux droits de l’enfant adoptée le 20 novembre 1989 est la convention la plus ratifiée au monde. Elle repose sur quatre grands principes à savoir :
- La non-discrimination
- L’intérêt supérieur de l’enfant
- Le droit à la vie, à la survie et au développement de l’enfant
- Le droit à la participation
« C’est un traité contraignant qui fixe le minimum des droits de l’enfant. Les États-parties doivent fournir des rapports périodiques et prendre en compte les recommandations du comité des droits de l’enfant. Ce qui signifie que l’interprétation des droits de l’enfant est dynamique », ajoute le Dr Eteri Kirtskhalia.
Repenser la pédagogie : l'étudiant mineur au centre des droits
Au fur et à mesure que l’échange se poursuit, les enseignants prennent conscience de leurs lacunes sur les droits de l’enfant.
« Avant, nous traitions nos étudiants de moins de 18 ans comme des adultes en se disant qu’ils sont déjà à l’Université. Maintenant nous comprenons que malgré qu’ils soient à l’Université, le fait qu’ils soient âgés de moins de 18 ans, ils sont encore des enfants et dont protégés par la Convention Internationale relative aux droits de l’enfant et la Charte africaine des droits de l’enfant. Nous allons organiser une séance de restitution et nous allons inviter les 300 enseignants de notre Université afin qu’ils intègrent les droits de l’enfant dans leurs rapports avec les étudiant.e.s. Cette formation nous invite à réviser notre approche pédagogique c’est-à-dire passer d’une approche de discipline rigide à une approche rédemptrice. Il s’agit de mettre l’étudiant au cœur du processus de formation en se rassurant qu’il/elle soit épanouie », assure le Dr Georesse Fotso, Vice -Doyen de la Faculté d’Agronomie et des sciences de l’environnement de l’IUEC de Bandjoun.
Les deux experts de l’UNICEF ont rappelé aux enseignants et aux acteurs de la société civile qu’ils ont un rôle clé à jouer dans la transformation sociale à travers la documentation, la recherche et le plaidoyer en faveur des droits de l’enfant.
« J’ai retenu deux concepts de cette formation : l’intérêt supérieur de l’enfant et le droit à la participation des enfants. J’avais l’habitude de couper la parole aux étudiants quand ils étaient dans l’erreur. J’ai compris que les plus jeunes font face à une crise de modèle et d’identité. Ils ont besoin d’être écoutés pour être mieux accompagnés. Je m’engage à être désormais plus à l’écoute de mes étudiant.e.s », confie, la Dr Soh Mabekou Sandrine, Enseignante de Biologie Moléculaire à l’IUEC de Bandjoun.
Transformer la société civile en guide communautaire
Au-delà des amphis, l'impact s'étend au terrain. Pour les acteurs de la société civile, comme M. Sahguo Tagne Joseph de l’Alliance Sahélienne, les outils reçus permettent de mieux naviguer entre autorité parentale et autonomie de l’enfant.
« Il arrive que sur le terrain, nous trouvions des enfants en conflit avec leurs parents. Aujourd’hui, nous sommes outillés pour expliquer aux parents leur rôle de guide. Avec cette formation, nous comprenons mieux le concept d’autonomie. Nous savons désormais qu’il ne signifie pas que l’enfant peut faire ce qu’il veut mais plutôt qu’il doit progressivement acquérir des compétences qui lui permettront de prendre pleinement ses responsabilités dans la vie adulte » confie, le Coordonnateur national de l’Alliance Sahélienne de recherche pour le développement durable.
Mr Sahguo Tagne Joseph of the Sahelian Alliance
Pour que chaque enfant soit entendu
La formation de Bandjoun nous rappelle une vérité fondamentale : le respect des droits de l'enfant n'est pas une option, c'est le socle de toute société émergente. Lorsque des professeurs de biologie moléculaire ou d'agronomie s'engagent à troquer la "discipline rigide" pour une "approche rédemptrice" et une écoute active, c’est tout le système éducatif qui respire.