« Nous soignons les enfants, mais pas toujours la cause »
À Bonassama, Dr Marthe Tagne, infirmière depuis plus de dix ans, repère les signes avant même que les mères parlent : toux persistante, infections respiratoires répétées, fatigue chez les tout-petits.
« On soigne, mais à la longue les symptômes sont toujours récurrents, et on se demande souvent d’où ça vient vraiment », confie-t-elle.
Durant l’enquête sur les risques environnementaux chez les enfants, conduite par UNICEF Cameroun et le Ministère de la Santé Publique (MINSANTE) du 16 au 21 janvier, Dr Marthe comprend que ces interrogations longtemps partagées trouvent enfin un espace d’écoute et d’analyse.
Les échanges portent notamment sur les expositions environnementales, les métaux lourds, et les limites auxquelles font face les structures de santé locales pour en assurer la détection et la prise en charge.
« Nous n’avons pas de laboratoire pour confirmer une intoxication au plomb ou à l’arsenic », explique-t-elle. « Alors nous traitons les symptômes, sans toujours pouvoir traiter la cause. »
Comme dans d’autres formations sanitaires rencontrées, le personnel de santé exprime un besoin clair : renforcement des capacités, accès à des outils de diagnostic adaptés pour une meilleure intégration des questions environnementales dans la prise en charge des enfants et des femmes enceintes exposées à ces substances (Le plomb, l’arsenic, le mercure).
C’est dans le but de combler les gaps en matière d’évidence que l’ UNICEF et le Ministère de la santé publique ont réalisé cette enquête sur la santé environnementale des enfants dans les régions du Nord, de l’Est, du Centre et du Littoral. Elle a été menée auprès des ménages, des formations sanitaires et des hôpitaux situés près des zones industrielles afin d’évaluer plus précisément l’ampleur de l’exposition des enfants et des femmes enceintes aux métaux lourds et générer des preuves pour la formulation des programmes visant à prévenir la contamination aux substances toxiques et la réduction des risques environnementaux.
À travers cette enquête UNICEF et le Ministère de la santé publique ont mis en lumière une réalité souvent invisible : la santé de l’enfant commence bien avant la consultation médicale. Elle commence dans l’air qu’il respire, l’eau qu’il boit, et le sol sur lequel il grandit.
En donnant la parole aux professionnels de santé, les résultats de cette enquête permettront de renforcer le plaidoyer pour des systèmes de santé mieux équipés et des environnements plus sûrs, afin que chaque enfant ait une chance réelle de grandir en bonne santé.