UNICEF pour l'accès à une éducation de qualité pour les élèves touchés par les situations d'urgence
Avec le soutien de ECHO, l’UNICEF mène, dans la province de Kirundo, des interventions visant à réintégrer à l’école les enfants rapatriés et d’autres enfants vulnérables, dans des conditions d'apprentissage favorables.
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Il est aux alentours de 10h du matin lorsque nous arrivons à l’École Fondamentale de Cewe. Le soleil brille déjà très fort sur cette contrée située à 11 km du chef-lieu de la province de Kirundo. La colline Cewe est frontalière avec la commune de Bugabira, l’une des zones les plus chaudes de la province de Kirundo.
Bien que ce soit encore la période des grandes vacances, nous y trouvons une cinquantaine d’élèves venus suivre les cours de rattrapage. Ces enfants, essentiellement rapatriés, doivent être renforcés car ils ont encore des points à améliorer dans leurs apprentissages en raison des barrières linguistiques résultant du fait que les langues d'enseignement au Burundi diffèrent de celles utilisées au Rwanda, pays où ces enfants étaient réfugiés.
Ces cours de rattrapage s’inscrivent dans le cadre du projet « Bakingire bige » visant la réintégration scolaire des enfants rapatriés et autres enfants affectés par les urgences. C’est un projet financé par ECHO (European Civil Protection and Humanitarian Aid Operations), à travers l’UNICEF, et mis en œuvre par JRS (Jesuit Refugee Services) en consortium avec les ONG locales AIDE et PPSM dans les communes de Kirundo, Bugabira et Busoni de la province de Kirundo. En raison de leur proximité avec le Rwanda, les écoles de ces communes sont dans une zone de grand retour et accueillent donc beaucoup d’élèves rapatriés.
Denis Nizeyimana, 16 ans, élève à l’École Fondamentale de Cewe, fait partie de cette catégorie. Les cours de rattrapage ont beaucoup rehaussé son niveau. « Depuis que je suis les cours de rattrapage, je suis premier de classe », dit-il avec assurance. La joie que lui procure ce succès a complètement apaisé le chagrin qu’il avait ressenti auparavant quand il s’est retrouvé dans l’obligation de retourner en 4e année alors qu’il fréquentait déjà la classe de 6e année au Rwanda. « C’est la règle, les enfants rapatriés reculent de 2 ans pour être mis au même niveau que les autres élèves », explique le directeur de l’école, Eslo Ndayikengurutse.
« Cette décision m’a beaucoup fait mal, au point où j’ai failli abandonner l’école. J’étais trop triste ! Je suis resté par respect pour mes parents qui ont beaucoup insisté pour que je continue ma scolarité », confie Denis, pensif.
Grâce au projet « Bakingire bige », Denis, comme nombre de ses camarades d’école rapatriés, tels que Diella, Clairia et Bernard, a pu bénéficier des cours de rattrapage ; l’accent étant mis sur le domaine des langues (les cours de français et de kirundi) où les enfants rapatriés accusent un niveau plus bas en comparaison aux autres élèves issus des familles hôtes, d’après le directeur de l’école.
Les résultats sont palpables, selon Eric Nshimirimana, un des enseignants facilitateurs des cours de rattrapage. « Avant le projet, beaucoup d’enfants rapatriés abandonnaient l’école, car ils se décourageaient très vite. Mais la situation s’est maintenant inversée car les élèves rapatriés qui suivent les cours de rattrapage se classent désormais parmi les premiers de classe », explique-t-il.
Les mêmes histoires de succès s’observent également chez les enfants des communautés hôtes, affectés par les urgences, qui font aussi partie de la cible du projet. C’est le cas de Diella Irankunda, une élève de la 4e année. « Avant que je ne suive les cours de rattrapage, j’étais souvent classée dans les 19e, voire 20e places. Mais désormais, je ne dépasse plus les 5 premières places », dit-elle, avec le sourire.
Joséphine Rwasa, une maman rapatriée de la colline Cewe, confirme le fait que les cours de rattrapage opèrent des miracles : « Depuis que ma fille fréquente les cours de rattrapage, elle est devenue brillante en classe. Je compte adresser ma demande au directeur pour que ma 2e fille, qui n’a pas eu la chance d’être inscrite, puisse aussi y accéder cette année », dit-elle, déterminée.
Au total, 83 écoles des communes de Busoni, Kirundo et Bugabira mettent en œuvre le programme de cours de rattrapage, sous la supervision de 249 enseignants facilitateurs et 83 directeurs, avec l’aval et le suivi des directions communales et provinciales de l’enseignement.
Grâce au projet, plus de 30 800 enfants rapatriés, déplacés internes, et autres enfants vulnérables des communautés d'accueil ont été réintégrés à l'école, dont plus de 23 400 qui ont suivi les cours de rattrapage pour être au même niveau que les autres.
En complément aux cours de rattrapage, les élèves et les enseignants bénéficient également du matériel scolaire, composé notamment de cahiers, stylos, lattes, crayons, boîtes mathématiques et de manuels scolaires en lien avec les cours de rattrapage.
Le projet met aussi l’accent sur l'amélioration de l'environnement d'apprentissage, notamment à travers la réhabilitation des salles de classe endommagées et la distribution de bancs pupitres.
Depuis le début du projet, 2 000 bancs pupitres ont été distribués et 85 salles de classes ont été réhabilitées dans les communes de Kirundo, Busoni et Bugabira. Pour faire face au problème d’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement, 42 écoles ont bénéficié des SCEPs (Systèmes de collecte des eaux pluviales). Les communes de Busoni, Kirundo et Bugabira sont les plus frappées par les conséquences récurrentes du changement climatique, dont la plus alarmante est le déficit hydrique, malgré la présence de plusieurs lacs dans la localité. Le projet intègre également l'accès aux services d’assistance psychosociale et de santé mentale pour les enfants dans le besoin.