Quand la formation des pères transforme les foyers pour le bien des enfants
À Ngozi, des couples ont été formés à adopter des normes de genre équitables et à promouvoir la santé infantile, notamment contre la poliomyélite. Cette formation a transformé leur rôle de parents et de partenaires.
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Il est 9h30 du matin. Dans une salle simple mais chargée d’enthousiasme, au chef-lieu de la province de Ngozi, l’atmosphère est inhabituelle. Des mains se lèvent, des voix se pressent pour prendre la parole. Hommes et femmes témoignent à tour de rôle. L’émotion est palpable. Ce qui s’y raconte dépasse de loin une simple formation : c’est une transformation en marche.
Grâce à l’appui de l’UNICEF, en partenariat avec le Réseau des Confessions Religieuses, 50 couples issus de la commune de Mwumba ont participé, du 28 avril au 2 mai 2025, à une formation sur l’adoption de normes de genre positives et l’engagement des pères en faveur du bien-être des enfants.
Financé par le Gender Mainstreaming Group for Polio Eradication, ce programme s’inscrit dans un cadre plus vaste : éradiquer la poliomyélite, renforcer l’accès équitable aux soins de santé primaires et promouvoir des normes de genre bénéfiques au développement des enfants.
Mais ce qui s’est passé pendant cette formation va bien au-delà de la théorie. Il s’agissait de partager des histoires de vie, marquées par des remises en question profondes et des regards renouvelés sur ce que signifie être père, conjoint et citoyen.
« Nous avons cinq enfants. Durant cette formation, j’ai compris que je n’aidais pas mon épouse autant que je le devrais. J’ai appris que, mis à part donner naissance et allaiter, je peux faire tout le reste », confie Kubwenge Jean De Dieu, de la colline Nzove.
Un autre participant, Nshimirimana Désiré, de la colline Mushitsi, évoque avec humilité un moment marquant : « Un jour, j’ai trouvé mon porc mort. J’ai accusé ma femme sans même lui parler, et j’ai gardé une rancune pendant plusieurs jours. Avec la formation, j’ai compris que le dialogue est essentiel dans un couple. J’ai regretté ma réaction. »
Il a toutefois tenu à préciser que ce jour-là, c’était lui qui avait changé les couches de leur bébé, preuve qu’il commençait à remettre en question certaines normes et à adopter une posture plus égalitaire dans la parentalité.
Durant cinq jours, les participants ont été outillés sur des thématiques clés : l’importance de la vaccination, la participation des pères aux soins des enfants, la déconstruction des stéréotypes de genre, la promotion de foyers égalitaires, la prévention des violences conjugales, la résolution des conflits au sein des couples et le partage équitable des tâches domestiques, afin de créer un environnement familial propice au développement des enfants.
L’objectif était de faire de ces couples des modèles communautaires. Et le changement se fait déjà sentir. Dans la famille de Turimumahoro Herman et Nzikobanyanka Patricia, de la colline Kabasazi, les enfants eux-mêmes en témoignent : « Oui, oui, il y a eu un changement ! Papa balaie, cuisine, et nous parle. On est toujours étonnés, on espère que ça va durer », confie l’aînée, sourire en coin et yeux pétillants.
Ce sont ces gestes du quotidien – balayer, écouter, cuisiner, dialoguer, changer les couches – qui, dans leur simplicité, redessinent les contours d’une société plus juste. Ces couples formés deviennent les piliers d’un nouveau modèle de vie communautaire, fondé sur le respect mutuel, la répartition équitable des responsabilités et le bien-être des enfants.
En s’impliquant activement dans l’éradication de la polio et la promotion de comportements égalitaires, ces hommes et ces femmes deviennent de véritables acteurs du changement. Le rôle des pères ne se limite plus à pourvoir aux besoins matériels : il s’étend à l’écoute, à la tendresse, à l’éducation et à la co-construction d’un avenir meilleur pour les enfants du Burundi.
Dans les regards échangés à Ngozi ce matin-là, une conviction commune s’est imposée : le changement est possible, et il commence dans chaque foyer.