Vers une stratégie d’engagement communautaire : co-créer avec les acteurs locaux
Avec l’appui de l’UNICEF, les communautés de Gisuru et de Kibogoye, dans la province de Gitega, unissent leurs voix pour contribuer au développement d’une stratégie d’engagement communautaire ancrée dans leurs réalités et leurs aspirations.
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Alors que la participation communautaire s’impose aujourd’hui comme un pilier du développement durable, le Burundi franchit un pas décisif en lançant, avec le soutien de l’UNICEF et en collaboration étroite avec la Direction générale du développement communautaire et de la décentralisation, un processus novateur de co-création pour élaborer une stratégie nationale d’engagement communautaire. Cette initiative traduit une volonté politique de renforcer la gouvernance locale, de valoriser les savoirs et les dynamiques communautaires, et de faire des citoyens des acteurs à part entière de leur propre développement.
Du 15 au 19 septembre 2025, un atelier participatif s’est tenu à Gitega, réunissant des représentants des institutions publiques, des partenaires techniques et financiers, ainsi que des organisations de la société civile. L’objectif : bâtir ensemble une stratégie d’engagement communautaire fondée sur des données probantes, des expériences locales et un dialogue ouvert entre tous les acteurs.
L’un des moments forts de cet atelier a été la visite de terrain dans la commune de Giheta, sur les collines de Gisuru et de Kibogoye, où les participants ont pris part à une activité de co-création en milieu communautaire, en appliquant des méthodes de recherche sociale participative. L’objectif était d’écouter les communautés, de comprendre leurs dynamiques d’organisation, leurs rôles dans les initiatives de développement, ainsi que leurs attentes vis-à-vis de la future stratégie.
Quatre focus groups ont été organisés : à Gisuru, l’un composé d’agents de santé communautaire (ASC), de mamans lumières et de membres des comités de santé (COSA) ; l’autre réunissant des représentants de comités de protection de l’enfant (CPE), de comités de gestion des écoles, des Imboneza, des personnes handicapées, des familles d’accueil, des pères et des tantes. Sur la colline de Kibogoye, les échanges ont impliqué, d’une part, les jeunes, adolescents et enfants, et d’autre part les comités de développement collinaires (CDC), les Abahuza, les confessions religieuses, les comités mixtes de sécurité, les groupes d’écoute communautaire, la Croix-Rouge et des représentants batwa.
Les discussions, guidées par une fiche d’animation centrée sur le quotidien, les valeurs communautaires, les liens sociaux, la participation, la coordination, la communication et le suivi des initiatives, ont permis à chaque groupe de partager ses expériences à travers des récits vécus : crises sanitaires, mobilisations collectives, ou campagnes de mobilisation sociale. Ces témoignages ont mis en lumière les mécanismes d’accès à l’information, les différents niveaux d’implication, les moments de tension ou de solidarité, ainsi que les leviers favorisant la participation.
Il ressort de ces échanges une forte confiance accordée aux agents de santé communautaire et autres acteurs locaux, perçus comme des relais fiables d’information et d’action. Cependant, plusieurs acteurs ont admis ne pas toujours comprendre clairement leur rôle. Les jeunes, par exemple, ont exprimé leur frustration d’être souvent sollicités pour des tâches ponctuelles sans être impliqués dans la prise de décision. Le besoin de renforcer les capacités des comités de développement collinaires, la faiblesse des mécanismes de communication bidirectionnelle et l’absence de suivi structuré ont également été soulignés.
Parmi les recommandations figurent : l’intégration active des jeunes dans les instances de concertation, l’encadrement sur les valeurs culturelles locales pour prévenir les tensions intergénérationnelles, la tenue régulière des réunions mensuelles pour les différentes structures communautaires, la mise en place de dispositifs de protection spécifiques en période d’épidémie, ainsi que la clarification des cahiers des charges des structures, en particulier des comités de développement collinaires, pour renforcer leur efficacité.
La visite de terrain n’était qu’un jalon d’un atelier intensif de cinq jours, réunissant à Gitega des responsables gouvernementaux, des experts sectoriels, des représentants de la société civile et des partenaires techniques autour d’une ambition partagée : bâtir une stratégie d’engagement communautaire cohérente, inclusive et réaliste.
Les premiers jours ont permis de poser les fondations : compréhension commune de l’engagement communautaire, retour sur les expériences menées en Afrique de l’Ouest (notamment au Niger et au Cameroun), et présentation des méthodes de co-création de données probantes. Un temps fort a été consacré à l’analyse des initiatives existantes au Burundi : Foyers d’apprentissage et de réhabilitation nutritionnelle (FARN), Assainissement Total Piloté par la Communauté (ATPC), groupes d’écoute communautaire et comités de protection de l’enfant.
Chaque initiative a été analysée selon des critères clés : participation, inclusion, planification, autonomisation, communication bidirectionnelle, suivi-évaluation. Ce travail a mis en lumière les forces et limites des approches existantes, révélant un engagement communautaire souvent en deçà des attentes, principalement en raison d’un manque de structuration, d’appropriation et d’outils adaptés de communication et de redevabilité.
Un moment méthodologique important a été la création de personas communautaires : des profils fictifs mais réalistes représentant les acteurs clés (agents de santé, parents, jeunes, membres de comités). Cette approche centrée sur l’humain a permis de mieux comprendre les contextes, motivations et contraintes de ces intervenants, afin d’adapter les outils de collecte aux réalités locales. Ces personas ont servi de base pour orienter les observations, et les échanges sur le terrain, renforçant la qualité et la légitimité des données recueillies à Giheta.
La dernière journée a été consacrée à la co-création d’une vision partagée de l’engagement communautaire, à partir des données collectées, des défis identifiés, et des propositions des participants. Ce travail a permis de définir des axes d’intervention clairs, incluant la co-création de données probantes, le développement d’approches adaptées aux besoins locaux et la mise en place d’un suivi participatif.
L’atelier s’est conclu sur un engagement fort : l’UNICEF a réaffirmé son appui à la mise en œuvre de la stratégie, et les autorités ont appelé à maintenir cette dynamique dans toutes les communes.