Ngozi : Quand les pères et les mères travaillent ensemble pour le bien-être des enfants
À Ngozi, 170 couples soutenus par le Gender Mainstreaming Group (GMG), membre de la Global Polio Eradication Initiative, adoptent une parentalité positive pour le bien-être des enfants de moins de 5 ans
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À Ngozi, une révolution silencieuse est en marche. Dans une société où les normes culturelles assignent aux femmes la quasi-totalité des responsabilités domestiques et parentales, certains couples osent briser les barrières pour construire des foyers équilibrés, capables d’assurer l’accès de leurs enfants aux soins et à la vaccination.
Lors de la cérémonie de clôture du projet, plusieurs couples ont témoigné du changement de comportement vécu dans leur foyer grâce aux enseignements reçus par les couples modèles facilitateurs et les leaders religieux.
Parmi eux, Gilbert et Florence sont devenus des exemples vivants de ce changement :
Gilbert raconte son expérience avec fierté : « Avant, je ne pouvais pas amener mon enfant se faire vacciner, c’était quasiment impossible. Mais maintenant, je l’ai fait et je suis fier car c’est mon enfant et c’est mon devoir de prendre soin de lui ».
Ce geste, pourtant banal dans d’autres contextes, a suscité la surprise générale au centre de santé. Gilbert était le seul homme dans une file d’attente composée uniquement de femmes. Les regards étonnés, les murmures, et même les accusations d’ensorcellement ont fusé.
« Une femme m’a demandé si ma femme ne m’avait pas ensorcelé. Je lui ai répondu que c’est grâce aux enseignements reçus ».
Pour Gilbert, cette expérience symbolise la rupture avec des croyances qui freinent la participation des hommes à la vie familiale et à celle des enfants en particulier.
« Je suis heureux de ce que j’ai appris. Mon souhait est que ces enseignements parviennent à d’autres couples pour leur permettre de changer pour le bien-être de leurs enfants et de leur famille. Je dirais aux autres hommes de changer et d’assumer pleinement leurs responsabilités envers leur famille ».
Une transformation profonde dans le foyer
Florence, son épouse, témoigne avec émotion : « Avant, mon mari rentrait le soir et ne m’aidait en rien. Même enceinte, je faisais tout seule. Il me voyait comme une domestique, pas comme sa femme. »
Mais les enseignements reçus ont bouleversé cette dynamique. Aujourd’hui, Gilbert participe aux tâches ménagères, s’intéresse à la santé de son épouse et prend des initiatives pour le bien-être de la famille : « Quand il m’a dit qu’il voulait amener notre enfant se faire vacciner j’étais étonnée mais heureuse. À son retour, il m’a raconté les réactions des gens. Je suis fière de lui».
Florence conclut avec gratitude : « Si je compare avant et après, il a vraiment changé. Il m’aide dans tout et me demande comment j’ai passé la journée. Je suis heureuse. Je remercie ce projet et mon souhait est qu’il soit étendu dans d’autres communes et provinces. »
Briser les normes pour bâtir l’avenir
L’histoire de Gilbert et Florence illustre la puissance des programmes communautaires qui promeuvent l’égalité et la responsabilité partagée. En abandonnant des normes culturelles néfastes, ces couples construisent des foyers où règnent respect et dialogue.
Ce changement ne profite pas seulement aux époux : il améliore la santé des enfants et inspire toute la communauté. Ces changements contribuent également à diminuer les conflits dans le couple et à retrouver la cohésion familiale. Dans les mots de Abduljabar, époux participant au projet : « Avant, à la maison j’étais souvent absent, je passais mes journées seul dans la rue et je n’étais pas capable d’acheter la nourriture pour ma famille. A la maison, c’était toujours le conflit. Avec les messages que j’ai reçus, maintenant je m’occupe beaucoup plus de ma famille, je lave les habits des enfants, je les aide dans leurs devoirs et je sors avec eux ».
Aicha, son épouse confirme ces propos : « Avant, il ne contribuait en rien pour la famille. Toute la charge des enfants était sur moi. Mais maintenant il y a de la cohésion dans la famille et aussi une complémentarité. Nous prenons ensemble toutes les décisions, y compris celles financières, privilégiant le bien-être de notre famille et de nos enfants en particulier ».
Depuis 2023, l’UNICEF au Burundi et le Ministère de la Santé Publique œuvrent à transformer les normes sociales limitant l’accès aux soins primaires, notamment à la vaccination. Une analyse de genre réalisée par l’UNICEF en 2024 a révélé que 37% des personnes interrogées – dont 70% d’hommes – considèrent les normes traditionnelles et la répartition inégale des rôles domestiques comme des obstacles majeurs pour les femmes et les enfants pour l’accès aux soins de santé primaires, en particulier la vaccination. Les stéréotypes qui attribuent entièrement la santé des enfants aux mères aggravent ces difficultés, certains pères craignant d’être stigmatisés s’ils s’impliquent. Pour y répondre, le projet pilote soutenu par le GMG a mobilisé 75 leaders religieux pour accompagner 170 couples ayant de jeunes enfants, favorisant des comportements parentaux équitables. Des familles comme celle de Gilbert et Florence montrent que des changements durables sont possibles.