La lutte contre le Mpox se poursuit malgré l’accalmie à l’hôpital de Kayanza.
Après une lutte acharnée contre le Mpox et une baisse significative des cas au Burundi, peut-on enfin considérer cette maladie comme un vieux souvenir ? Ou la vigilance reste-t-elle de mise face à un risque toujours présent ? Plus dans cet article
- English
- Français
Le 25 juillet 2024, le ministère de la Santé publique du Burundi a déclaré officiellement une épidémie de Mpox sur le territoire national. Cette annonce avait suscité de l’inquiétude et une mobilisation générale. Dix-huit mois plus tard, à l’hôpital de Kayanza, le silence apparent du centre d’isolement contraste avec les souvenirs encore vifs des semaines de forte affluence.
Dès l’annonce de l’épidémie, l’UNICEF s’était mobilisé aux côtés du gouvernement burundais, avec le soutien financier de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, afin de freiner la propagation du virus.
L’intervention, conçue dans une approche holistique, avait combiné plusieurs actions : campagnes de sensibilisation communautaire, appui à la prise en charge médicale, fourniture de médicaments et de denrées alimentaires, distribution de kits d’hygiène (savon, seaux, ustensiles), ainsi que la mise à disposition de bouillie enrichie destinée aux enfants. Mais l’un des gestes les plus visibles reste la mise en place de centres d’isolement dans certains hôpitaux du pays, dont celui de Kayanza.
À l’hôpital de Kayanza, les tentes blanches installées dans l’enceinte témoignent encore de l’ampleur de la riposte. Aujourd’hui vides, elles symbolisent pourtant un moment fort dans la lutte contre l’épidémie.
Reverien Barutwanayo, chef des soins infirmiers à l’hôpital depuis juin 2025, se souvient : « L’UNICEF nous a beaucoup aidés en nous construisant un centre d’isolement avec des tentes qui, auparavant, n’existaient pas. Cela a permis de prévenir la contamination Mpox malades par le Mpox par d'autres patients hospitalisés pour d'autres motifs dans différents services. »
L’isolement, mesure incontournable face à une maladie transmissible par contact étroit, a permis de casser les chaînes de transmission au sein même de la structure hospitalière. Mais l’appui ne s’est pas limité à l’infrastructure.
« La prise en charge médicale et nutritionnelle a été d’une importance capitale. Les patients n’avaient pas d’autres préoccupations. Cela facilitait la guérison », ajoute-t-il.
Dans un contexte où de nombreuses familles vivent dans la précarité, la fourniture de nourriture et de produits d’hygiène a allégé un fardeau considérable pour les malades et leurs proches.
Lors de notre visite, aucun patient n’occupait le centre d’isolement. Une situation rassurante que le personnel salue avec prudence.
Le Dr Irambona Dophine, médecin à l’hôpital de Kayanza depuis deux ans, analyse : « La prise en charge a été adéquate. L’isolement des malades hors de la communauté a permis de rompre la chaîne de transmission. Les actions de sensibilisation et la prise en charge des malades ont permis une nette réduction du nombre de cas de Mpox. »
Selon elle, la majorité des patients admis n’étaient pas dans un état grave, ce qui a facilité le traitement et limité les complications. Pourtant, l’épidémie n’appartient pas totalement au passé.
« Il n’y a pas deux semaines que le dernier patient en isolement est sorti. De temps en temps, certains cas viennent ici. C’est une maladie qui peut ressurgir à tout moment. »
Si les cas graves semblent moins nombreux, une autre inquiétude émerge : celle des patients qui choisissent de rester à domicile. Avec la diminution de l’appui matériel, notamment de l’aide alimentaire, certains malades hésiteraient à se rendre à l’hôpital. Le personnel évoque la possibilité de cas d’automédication, difficiles à quantifier.
« Nous n’avons pas de chiffres précis, mais nous pensons que certains cas restent à la maison pour éviter de venir à l’hôpital, surtout qu’il n’y a plus d’aide particulière », confie un membre de l’équipe soignante.
Cette hypothèse soulève un enjeu considérable : la lutte contre une épidémie ne se limite pas aux infrastructures médicales. Elle repose aussi sur la confiance, la sensibilisation continue et l’accompagnement social.
« Il faut rester vigilants, la maladie n’est pas partie », insiste le Dr Irambona.
Dix-huit mois après la déclaration officielle de l’épidémie, le Burundi semble avoir pris une longueur d’avance dans la riposte contre le Mpox. Les chiffres rassurent, la pression retombe et l’urgence semble s’éloigner. Pourtant, derrière le calme retrouvé, jusque dans les tentes silencieuses du centre d’isolement de Kayanza, demeure une certitude : aucune victoire sanitaire n’est irréversible. La lutte contre le Mpox est aujourd’hui moins visible. Elle n’en est pas moins primordiale. Plus qu’un combat spectaculaire, c’est désormais un travail patient et constant qui s’impose.