L’UNICEF lance un appel de fonds à finalité humanitaire
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Trois heures au sol pour sauver des vies

A Arbinda, dans le nord-est du Burkina Faso, l’UNICEF applique la localisation pour servir les personnes déplacées internes et les communautés hôtes

Ndiaga Seck
Une femme a amené sa fille souffrant de malnutrition au centre de santé d’Arbinda, nord-est du Burkina Faso.
UNICEF/BurkinaFaso/2024/Boureima
15 août 2024

Aminata Oubri, une jeune femme de 22 ans, a vécu l’un des jours les plus beaux de sa vie ce lundi 5 aout 2024. Vers 3 heures du matin, elle a donné naissance à des jumelles et elles sont toutes les deux bien portantes. « Tout s’est bien passé. La maman n’a pas souffert et les bébés vont bien », dit Martine Poda, la sage-femme.

La naissance des bébés tombe le jour où l’UNICEF a eu une rare occasion de se déployer à Arbinda, dans le nord-est du Burkina Faso. Le service aérien humanitaire des Nations Unies (UNHAS) opéré par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a offert à l’UNICEF trois heures au sol, pour visiter une zone qu’aucun membre du personnel n’a visité depuis trois ans.

Avec l’insécurité qui sévit au Burkina Faso depuis plus de cinq ans maintenant, l’accès à Arbinda reste quasi impossible par route. UNHAS dessert la zone en urgence avec l’hélicoptère qui dépose les passagers pour décoller aussitôt après. Mais ce lundi, il a offert la possibilité de déposer le personnel des Nations Unies et de revenir les récupérer après trois heures.

« Félicitations ! On est très contents de la naissance de ces bébés. Ils sont très jolis », dit Daouda Sanou, spécialiste en eau, hygiène et assainissement de l’UNICEF poste au bureau de Dori, capitale régionale du Sahel, qui a profité du pont aérien pour venir évaluer le travail de l’ONG locale SERACOM, partenaire de l’UNICEF dans la zone. 

Aminata Oubri, 22 ans, a donné naissance à des jumelles au centre de santé d’Arbinda, nord-est du Burkina Faso.
UNICEF/BurkinaFaso/2024/Boureima Aminata Oubri, 22 ans, a donné naissance à des jumelles au centre de santé d’Arbinda, nord-est du Burkina Faso.

Le paquet intégré de services multisectoriels centré sur l’enfant rend la localisation plus efficace

Avec la localisation, une stratégie de programmation adaptative pour améliorer l'accès aux enfants et aux familles vulnérables dans les régions touchées par la crise, l'UNICEF soutient les capacités locales communautaires pour garantir la fourniture d'un paquet intégré de services multisectoriels centrés sur l'enfant, notamment dans les zones à forts défis sécuritaires.

SERACOM a été identifié comme partenaire stratégique dans le cadre de la localisation et sur base de renforcement de capacités reçus, l’ONG est en mesure aujourd’hui de mener des évaluations multisectorielles lorsque des alertes de déplacements lui parviennent.

En raison de l’insécurité, Aminata Oubri s’est déplacée de son village de Djamo en février dernier, pour se réfugier à Arbinda. A la naissance de ses jumelles, elle a reçu de SERACOM des kit d’hygiène et de dignité, composés entre autres de seaux, bassines, pot pour enfant, culottes, collants, savon, pagnes, bouilloires, bidons et torches. Grâce à l’appui de l’UNICEF en fournitures médicales, la jeune femme a eu un accouchement assisté et reçu des soins de qualité au centre de santé.

Au Burkina Faso, 2 millions de personnes sont déplacées, dont 58 pour cent sont des enfants. Les déplacés sont de plus en plus nombreux dans les centres urbains et les zones plus sécurisées, et puisent dans les ressources et services déjà très limités des communautés hôtes. Le gouvernement du Burkina Faso, l'UNICEF et les partenaires leur fournissent des articles et services vitaux au moment opportun là où c’est possible.

La cité d’Arbinda abrite 27 000 personnes déplacées internes, la majorité sont des femmes et des enfants qui ont fui leur village avec presque rien, et ont besoin de fournitures essentielles pour commencer une nouvelle vie. Afin de mitiger les risques d’attaques, les personnes déplacées internes sont servies par petits groupes ou par une distribution porte-à-porte.

Ce matin, l’ONG partenaire complète une distribution de kits d’hygiène à 300 ménages. « Pour des raisons de sécurité, ce n’est pas recommandé de regrouper un grand nombre de personnes et faire de larges distributions. Il faut en faire de petits lots pour gérer la masse facilement. Une distribution a déjà été faite dans les autres secteurs et aujourd’hui, il faut servir les ménages qui n’avaient pas encore reçu », précise Sanou.

Le Spécialiste WASH de l’UNICEF Daouda donne un kit de dignité à une jeune maman déplacée à Arbinda, nord-est du Burkina Faso.
UNICEF/BurkinaFaso/2024/Boureima Le Spécialiste WASH de l’UNICEF Daouda donne un kit de dignité à une jeune maman déplacée à Arbinda, nord-est du Burkina Faso.

La localisation, très adaptée au contexte du Burkina Faso, requiert de placer les communautés au centre des services destinés aux enfants, de transférer des connaissances et des capacités aux acteurs locaux, afin de rendre les communautés plus résilientes. À cette fin, l’UNICEF garde une programmation agile, flexible, adaptée aux risques, pour répondre aux besoins des plus vulnérables.

A Arbinda, l’ONG partenaire SERACOM a installé des systèmes d'adduction d’eau, des réservoirs et des latrines dans les écoles, les centres de santé et au sein des communautés pour renforcer l’accès aux services sociaux de base pour les familles d'accueil et déplacées.

« Cette année, j’ai accueilli deux ménages déplacés venus de Bossé et de Borel. Nous vivons en harmonie et nous n’avons aucun problème », explique Souleymane Badilou, un agriculteur d’une cinquantaine d’années. Dans son quartier, l'UNICEF a construit des latrines communautaires pour réduire les risques de défécation à l’air libre. « Cette latrine est pour toutes les familles qui sont ici. Vous allez bien l’utiliser et bien l’entretenir, la maintenir propre pour lutter contre les mouches, les moustiques et les maladies », conseille Sanou. 

Le chef de ménage Souleymane Badilou ouvre la porte de la latrine communautaire nouvellement construite à ’Arbinda, nord-est du Burkina Faso.
UNICEF/BURKINAFASO/2024/Andalandpinal Le chef de ménage Souleymane Badilou ouvre la porte de la latrine communautaire nouvellement construite à ’Arbinda, nord-est du Burkina Faso.

La rareté des convois de ravitaillement met en danger la vie des enfants

A vue d’œil, la petite Aminata Sawadogo âgée de deux ans, et très mal en point. Elle présente des symptômes de malnutrition, avec des œdèmes aux pieds et des joues gonflées. Quand Sanou a passé le MUAC autour de son bras, le curseur est sur le rouge, ce qui indique que la fille souffre de malnutrition aigue sévère, qui peut lui coûter la vie si elle n’est pas prise en charge.

Arbinda est très enclavée et son accès est rendu encore plus difficile par l’insécurité. La population est confrontée à l’insécurité alimentaire et les enfants souffrent de malnutrition. « Les convois de ravitaillement qui proviennent de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, prennent parfois six mois. Et quand les dotations d’urgence en vivres arrivent ici, elles sont parfois l’unique repas disponible même pour les adultes », souligne Abdoul Guelile, le médecin d’Arbinda.

A l’aide d’un frigo solaire fourni par l’UNICEF, les vaccins contre les maladies évitables sont bien conservés. Cependant, les étagères du dépôt ne sont pas achalandées. Les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi qui servent à traiter la malnutrition aigüe sévère sont en rupture, mettant en danger la vie des enfants. La petite Aminata aura du lait thérapeutique et sera suivie de près par le médecin et l’agent de santé à base communautaire qui le seconde.

Un enfant souffrant de malnutrition est en train d’être mesuré au centre de santé d’Arbinda, nord-est du Burkina Faso.
UNICEF/BurkinaFaso/2024/Boureima Un enfant souffrant de malnutrition est en train d’être mesuré au centre de santé d’Arbinda, nord-est du Burkina Faso.

À Arbinda, l'UNICEF et le ministère en charge de l'Éducation (MENAPLN) continuent d'ouvrir l'accès à l'éducation aux enfants déplacés, grâce au programme d’éducation par la radio (PER). Dans une école non loin du centre de santé, des enfants de différents niveaux sont regroupés dans une même salle de classe, avec certains assis à même le sol. « Nous avons 64 apprenants dont 33 filles, presque tous des enfants déplacés. D’autres enfants viennent participer aux cours. La radio est utilisée pour atteindre la plupart des enfants et même des adultes », explique l’enseignant.   

« Je m’appelle Moira Santa, et j’ai 12 ans. Je viens du village de Bougma et je suis dans cette classe depuis huit mois. Maintenant, je peux écrire mon nom et je sais compter », dit une fille debout au milieu de la salle de classe. 

Un enseignant utilise le programme d’éducation à la radio (PER) pour enseigner des enfants déplacés a Arbinda, nord-est du Burkina Faso
UNICEF/BurkinaFaso/2024/Boureima Un enseignant utilise le programme d’éducation à la radio (PER) pour enseigner des enfants déplacés a Arbinda, nord-est du Burkina Faso

Il est extrêmement difficile d’acheminer du matériel humanitaire dans des zones difficiles d’accès comme Arbinda. Les articles vitaux sont souvent transportés par hélicoptère, ce qui pourrait accroitre les coûts des opérations humanitaires.

 « L'UNICEF a besoin de fonds flexibles toujours disponibles afin d’exploiter des fenêtres d’opportunité comme celle d’aujourd’hui, pour sauver la vie de milliers d’enfants au Burkina Faso », plaide Sanou.