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A Toussiana, des voix s’élèvent pour protéger les filles contre l’excision

La mise en œuvre du projet d’accélération de l’élimination des mutilations génitales féminines repose notamment sur l’engagement des acteurs communautaires. À Toussiana, grâce à l’engagement de Bazié Bazombié, la parole se libère peu à peu.

Estelle Lompo, Yeri Audrey Kambiré
Des membres de club de pères en discussion sur les MGF et les mariage d'enfants
UNICEF/Burkina Faso/2026/Lompo
01 octobre 2026

Sous le grand arbre de Toussiana, dans la région du Guiriko, la communauté se retrouve régulièrement pour échanger. Organisée en clubs de pères, de mères, de jeunes filles et de jeunes garçons, elle participe à des animations et à des discussions sur des sujets encore entourés de silence et de tabous : les mutilations génitales féminines (MGF) et le mariage d’enfants.

Au cœur de cette mobilisation, Bazié Bazombié, leader communautaire, joue un rôle essentiel. Âgé de 58 ans, il est responsable du conseil villageois de développement et s’investit depuis plusieurs années dans la protection des filles contre les MGF et le mariage d’enfants.

« C’est après le passage d’un animateur dont les explications sur les conséquences de l’excision et du mariage d’enfants m’avaient beaucoup touché que je me suis engagé dans cette lutte », raconte-t-il.

A Toussiana, Bazié sensibilise les membres du club des jeunes filles sur les conséquences de l’excision
UNICEF/Burkina Faso/2026/Lompo A Toussiana, Bazié sensibilise les membres du club des jeunes filles sur les conséquences de l’excision

Les conséquences des MGF peuvent être nombreuses et parfois durables : douleurs intenses, hémorragies, infections, difficultés à uriner, complications menstruelles, douleurs pendant les rapports sexuels ou encore complications lors de l’accouchement. Certaines femmes peuvent également souffrir de conséquences psychologiques. Au-delà de leurs conséquences sur la santé et le bien-être, les MGF constituent une violation des droits des filles et des femmes. Pour Bazié Bazombié, faire connaître ces risques est essentiel pour permettre aux familles de prendre conscience des dangers liés à cette pratique.

Lorsqu’il apprend discrètement qu’une famille envisage de faire exciser une fille, il va à sa rencontre pour échanger avec les parents et tenter de les convaincre d’abandonner leur projet. Il se souvient notamment d’une petite fille qui devait être excisée.

« Je me suis approché du père pour lui parler des conséquences que l’enfant pourrait subir et porter durant toute sa vie de femme. Il m’a dit que c’était l’idée de sa femme. Je suis donc allé voir la mère et je lui ai expliqué les mêmes choses. Finalement, elle m’a écouté et a abandonné son projet d’excision », témoigne-t-il.

Aujourd’hui, cette famille participe à son tour aux efforts de sensibilisation dans la communauté.

Briser le silence pour protéger les filles

Mais son engagement n’a pas toujours été facile. Au début, certains membres de la communauté étaient réticents à parler d’excision, un sujet souvent considéré comme tabou, notamment en raison de certaines traditions et coutumes. Malgré ces résistances, Bazié a poursuivi ses discussions avec les pères et les mères de famille. Petit à petit, il constate une plus grande ouverture au dialogue sur l’excision et le mariage d’enfants au sein de la communauté. 

Fatima, membre du club des mères et mère de quatre enfants, témoigne de cette évolution.

« Étant nous-mêmes excisées, plusieurs d’entre nous sont conscientes des dangers liés à l’excision et ne souhaitent pas voir leurs filles subir la même chose. Nous avons la chance d’avoir un leader communautaire compréhensif, qui est très écouté dans nos familles. Souvent, c’est lui qui fait le plaidoyer auprès de certains chefs de famille en notre faveur. Il nous rassemble au moins trois fois par mois pour des séances de sensibilisation », explique-t-elle.

Fatima participe, avec d’autres femmes de son club, à des discussions sur la protection des filles
UNICEF/Burkina Faso/2026/Lompo Fatima participe, avec d’autres femmes de son club, à des discussions sur la protection des filles

Placée sous le leadership du Ministère de la Famille et de la Solidarité, la mise en œuvre du projet d’accélération de l’élimination des mutilations génitales féminines est assurée dans la région de Guiriko par l’association TIE partenaire opérationnel de l’ONG Children Believe, grâce au financement du Comité suisse pour l’UNICEF.

Des espaces pour libérer la parole

Pour accompagner cette dynamique communautaire, des Techniciens d’Appui Communautaire (TAC) interviennent dans 150 villages de la région du Guiriko afin de soutenir les activités de sensibilisation et de rester à l’écoute des familles.

Thierry Nagalo est l’un de ces acteurs engagés dans l’animation des clubs de filles, de mères, de pères et de garçons mis en place dans les villages pour promouvoir la protection des droits et le bien-être des enfants.
« Ces espaces permettent progressivement de briser les tabous. Nous commençons nos sensibilisations par des jeux de rôles. Avant même la fin des jeux, les barrières commencent à tomber et nous pouvons aborder le sujet del’abandon des MGF. Certaines personnes sont réceptives et se confient. Les échanges se poursuivent ensuite avec les pères et les mères », explique-t-il.

Après une séance de sensibilisation, Thierry Nagalo échange avec les filles du club autour des enjeux liés à leur protection et à leur bien-être
UNICEF/Burkina Faso/2026/Lompo Après une séance de sensibilisation, Thierry Nagalo échange avec les filles du club autour des enjeux liés à leur protection et à leur bien-être

Les clubs, qui regroupent une trentaine de membres, créent des espaces réguliers de dialogue et de prise de conscience. Ainsi sensibilisées, certaines femmes se sont volontairement engagées comme ambassadrices communautaires.

En complément des actions de prévention, l’UNICEF, en collaboration avec les structures déconcentrées du ministère de la Famille et de la Solidarité, œuvre également à la fourniture de services appropriés aux femmes et aux filles ayant subi des mutilations génitales féminines.

Mettre fin à l’excision ne signifie pas seulement abandonner une pratique néfaste. C’est aussi faire le choix collectif de protéger les droits des filles, de préserver leur santé et de leur permettre de grandir, d’apprendre et de s’épanouir pleinement.

L’UNICEF Burkina Faso remercie le Comité suisse pour son soutien en faveur de la protection et de l’épanouissement des filles, notamment dans la promotion de l’élimination des mutilations génitales féminines.