Le VSLA et le leadership communautaire, un duo efficace pour l’accès à des services WASH durable
A Gado, les VSLA et les leaders communautaires s’engagent pour l’accès à des services d’assainissement de base inclusifs et durables
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La place du village est particulièrement animée aujourd'hui. À l'ombre d'un gigantesque Nimier, une foule de femmes se rassemble. Toutes habillées de différents uniformes de leurs groupes respectifs, elles écoutent attentivement l'animateur communautaire. Un peu plus en retrait, un groupuscule d’hommes et de jeunes autour du chef du village assiste à la réunion. Il s'agit d'une rencontre d’échanges menée par l’Association pour la Paix et la Solidarité (APS), une ONG burkinabè soutenue par l'UNICEF, sur les activités des Associations Villageoises d’Epargne et de Crédit et leurs contributions à l’assainissement de leur village.
Dans la foule, une femme se lève à son tour après quelques interventions de ses consœurs. Birba Nathalie, âgée de 28 ans mère de quatre enfants, prend la parole et explique « Le déclenchement de l'assainissement total piloté par la communauté (ATPC) a été salutaire pour village en termes d’amélioration de la qualité de vie et ouvert la porte pour nous les femmes à l’épargne et au crédit pour notre réalisation personnelle et pour la communauté », témoigne Nathalie avec conviction.
Lors de la grande rencontre qui a réuni les habitants du village de Gado sur la place publique il y a de cela deux ans et demi, la situation du village que les habitants ont eux-mêmes dépeinte par rapport à l’insalubrité qui régnait n’était pas reluisante. « Nous avions eu très honte. On a eu l’impression que les gens de APS sont venus nous humilier. Pourtant, c’était la réalité et ils avaient raison », déclare Nathalie.
Après le déclenchement, l’adhésion des habitants était totale. Les semaines qui ont suivi, chaque ménage, selon ses moyens cherchait à implanter une latrine. En l’espace de deux semaines, le mari de Nathalie creusa la fosse et la couvrit d’une dalle en béton pour la rendre plus solide. A l’aide de briques en terre stabilisées, il dressa les murs et crépit les alentours de la dalle pour éviter l’infiltration de l’eau de pluie dans la fosse.
Grâce aux cotisations hebdomadaires que Nathalie fait dans son groupe d’épargne et de crédit, elle a pu obtenir un prêt pour aider son mari à acheter du ciment pour renforcer la chape et le crépissage de l’intérieur de la latrine, acheter des bouilloires et du savon pour l’entretien de la latrine et le maintien des pratiques d’hygiène de la maison.
Abou Ido est membre du Comité d'assainissement villageois ou de quartier (CAVQ) du village. Il joue un rôle clé dans la sensibilisation des habitants et la promotion de bonnes pratiques comme la construction de latrines familiales. Il ne cache pas sa joie et sa satisfaction des résultats obtenus. « A Gado, toutes les concessions ont des latrines et les femmes sont très entreprenantes. La formation sur l’épargne a aidé les femmes au point qu’elles sont maintenant incontournables dans le maintien des bonnes pratiques d’hygiène des ménages et mieux, elles arrivent à subvenir aux besoins vitaux de la famille », déclare-t-il.
Badimbié Ido, 82 ans, représentant du chef du village de Gado est témoin de la grande mobilisation des habitants du village une semaine après le déclenchement de l’ATPC à Gado. Ce jour-là, on sonna le tambour sacré et les habitants du village se rassemblèrent sous le grand arbre du village qui fait office de place publique du village. Rappelant la situation du village par rapport à l’insalubrité que les habitants ont eux-mêmes dépeint le jour du déclenchement de l’ATPC, le chef, sur le champ, donna un délai d’un mois pour que chaque ménage dispose d’une latrine sous peine d’une amende d’une chèvre. « C’est une question de dignité !», s’exclame le représentant du chef. « Ce que nous avons expérimenté nous-même le jour de la grande sensibilisation avec les gens de APS ne nous autorisait pas à rester sans rien faire. C’est pourquoi le chef lui-même s’est engagé avec les habitants du village à mettre fin à la défécation à l’air libre et les mauvaises pratiques qui n’honore pas le village », renchérit-il.
En un mois, la majorité des habitants de Gado disposait d’une latrine. Ceux qui n’en disposaient pas encore était la plupart des personnes très âgés qui ne pouvaient pas creuser. La semaine qui a suivi, le chef donna instruction d’organiser les jeunes pour aider toutes les personnes frappées par le poids de l’âge à pouvoir disposer d’une latrine.
L’histoire de la réussite à Gado tient à deux facteurs clefs : une alliance entre un leadership communautaire fort et l'autonomisation économique des femmes. D'un côté, le chef du village qui a su mobiliser l'ensemble de la communauté autour de la fin de la défécation à l'air libre, fixer des engagements clairs et organiser la solidarité envers les ménages les plus vulnérables, et de l'autre, les groupes d'épargne et de crédit mis en place à la suite de l'ATPC et qui ont permis aux femmes de financer l'amélioration des latrines, l'acquisition de matériel d'hygiène et de contribuer davantage au bien-être de leurs familles.
Il faut souligner que l’action de ces deux forces complémentaires ont permis au village de Gado d'atteindre et de maintenir l'accès aux services d'assainissement de base tout en renforçant la place des femmes dans les instances de décision et la vie communautaire.
Begré Zongo travaille pour l’organisation non gouvernemental APS. Fervent militant de l’assainissement, il est satisfait de l’intérêt que porte les habitants de GADO pour l’ATPC et surtout des actions menées par les femmes à travers leurs groupes d’épargne et de crédit pour non seulement maintenir leur village propre, mais aussi dynamiser l’économie locale par les diverses activités génératrice de revenus. « Nous ne nous sommes pas trompés en formant les femmes au système d’épargne et de crédit. Aujourd’hui, ce sont les femmes qui, sans conteste, sont les piliers sûrs de l’assainissement mais aussi les bras financiers des ménages », confie-t-il très convaincu.
Dans le cadre du programme ASWA III l’UNICEF a mis en œuvre l’ATPC dans 67 villages de la région du Nando au Burkina Faso. Des 67 villages, 5 dont Gado ont expérimenté avec succès la stratégie novatrice combinant l’ATPC avec la mise en place des groupes d’épargne et de crédit (VSLA) dont les acteurs sont essentiellement des femmes. Ce repositionnement des femmes est très important pour ASWA III dont l’un des axes prioritaires qui est le genre transformatif vise à améliorer les normes sociales sur une base durable pour des services WASH inclusifs et durable.