De la sensibilisation à la fertilisation : une communauté s’approprie les latrines ECOSAN
Armée d’une boîte à images, Awa accompagne les familles dans l’adoption des bonnes pratiques qui permettent aux latrines écologiques et sanitaires (ECOSAN) de devenir à la fois un outil d’assainissement et une source de fertilisants pour l’agriculture.
Chaque matin à Kounandja, Awa Zoromé entame sa tournée de concession en concession. Relais communautaire, elle ne construit pas de latrines. Pourtant, son rôle est déterminant.
« Nous nous asseyons pour faire une causerie avec les images. Il y a des images qui montrent de bonnes pratiques et d’autres qui montrent les pratiques à proscrire » raconte Awa.
Lors de ses visites, Awa vérifie la propreté des installations, s'assure que la cendre est bien utilisée après chaque passage dans la latrine et échange avec les habitants lorsque certaines consignes ne sont pas respectées. Les images lui servent de support pour expliquer les comportements à encourager et ceux à éviter. Peu à peu, les habitudes changent. « Avant, plusieurs n'avaient pas compris. Maintenant, avec les sensibilisations, beaucoup ont changé leurs pratiques », explique-t-elle.
Son travail contribue à améliorer l'utilisation des latrines au niveau des ménages, mais aussi à renforcer la compréhension du lien entre assainissement et agriculture. Car dans cette communauté, le changement commence à la maison.
Une innovation qui améliore le quotidien des familles
Pour Coulibaly Kamatche, agriculteur, l'adoption des latrines ECOSAN a représenté bien plus qu'un simple changement d'infrastructure. Contrairement aux anciens modèles, ces latrines séparent l'urine et les selles (fèces), facilitant leur transformation en fertilisants après une période d'hygiénisation -au moins 6 mois pour les fèces et 45 jours pour les urines). Selon lui, cette innovation apporte à la fois davantage de confort aux familles et une nouvelle ressource pour les champs. « Nous avons accepté parce que la tâche est facile et bénéfique », raconte-t-il. Les fertilisants produits peuvent être utilisés dans les jardins et les exploitations agricoles, réduisant la dépendance aux intrants chimiques coûteux. Il insiste également sur l'importance des gestes quotidiens, notamment l'ajout systématique de cendre après chaque utilisation afin de favoriser le processus de transformation/hygiénisation et de limiter les odeurs. « Les urines constituent de l’engrais pour les arbres, on peut aussi les amener aux champs en utilisant une unité de mesure pour les mettre aux pieds des jeunes pousses », poursuit-il.
À la maison, les enfants participent eux aussi à cette évolution des pratiques. Pauline Coulibaly, 11 ans, apprécie particulièrement la nouvelle latrine familiale. Elle sait que les urines et les selles sont dirigées vers des compartiments distincts et a intégré les règles d'hygiène apprises à la maison. Après chaque utilisation, elle se lave les mains avec du savon ou de la cendre. « Je ne vais plus dans la brousse pour faire mes besoins », confie-t-elle.
Pour Awa, ces changements observés chez les enfants sont particulièrement encourageants. Ils témoignent d'une appropriation progressive des bonnes pratiques par toute la famille et renforcent les perspectives de durabilité du projet. « Ensemble, nous optons pour les bonnes pratiques. Ensuite, nous parlons de l’utilisation des latrines par les enfants. S’ils disent que les enfants ne peuvent pas utiliser les latrines, je leur fais savoir qu’ils peuvent utiliser les pots », poursuit Awa.
Ces changements observés dans les ménages s'inscrivent dans le cadre du projet conjoint « Promotion des services d’assainissement écologiques durables gérés en toute sécurité dans les communes de Boromo et de Dédougou », mis en œuvre par l’UNICEF, le PAM et l’UNFPA avec l’appui du Fonds central d'intervention d'urgence (CERF) WASH Climat. Dans trois villages des communes de Boromo et de Dédougou, l’initiative a permis la réalisation de 350 latrines ECOSAN, la mise en place de comités de gestion et d’hygiénisation, la dotation en moyens de collectes et de transport des produits ECOSAN, ainsi que l’installation de trois fermes agroécologiques abritant des sites d’hygiénisation et des espaces de production. Ces investissements visent à faire de l’assainissement un levier de santé, de protection de l’environnement et de résilience des moyens d’existence.
Une responsabilité partagée pour garantir des bénéfices durables
Au-delà des ménages, la pérennité des installations repose sur l'engagement collectif. Ramongo Zella Soma, secrétaire de la coopérative agricole Yancadié, est membre du comité de gestion et veille au respect des règles qui garantissent la qualité des fertilisants produits. Son équipe sensibilise les utilisateurs sur les conditions de conservation et les délais nécessaires avant toute utilisation agricole de l'urine hygiénisée. « Nous avons le devoir de préserver ces réalisations afin que d'autres puissent constater les bénéfices que le projet nous a apportés », dit-il.
Pour lui, la réussite du projet dépend de la capacité des communautés à préserver les acquis bien après la fin des activités du projet. Il insiste également sur la transmission des bonnes pratiques aux enfants afin que les installations continuent de servir les générations futures.
Cette dynamique communautaire bénéficie également de l'appui des services techniques de l'État. Sidibé Ali, chef du service de l'agriculture de la commune a accompagné la mise en œuvre du projet aux côtés des producteurs. « Cette approche est très utile. La valorisation des fèces et de l’urine hygiénisées constitue une innovation importante, car ce sont des ressources qui peuvent être utilisées comme fertilisants en agriculture. Elles contribuent à améliorer la production des céréales, du maraîchage et des légumineuses. En plus des avantages agricoles, l’approche permet également d’améliorer l’assainissement du cadre de vie des populations », déclare-t-il.
Les services techniques ont participé à la formation des producteurs sur les mesures d'hygiène, les conditions d'utilisation des fertilisants et les doses recommandées pour les cultures et continueront d'assurer un suivi après la fin du projet grâce aux compétences acquises par les agents sur le terrain.
Pour Sidibé Ali, cette approche mérite d'être étendue à d'autres communes de la région, sinon qu’à toutes. Au-delà de l'amélioration de l'assainissement, elle offre des bénéfices sanitaires, environnementaux et agricoles concrets.
En reliant les actions d’un relai communautaire comme Awa, l'engagement des familles, la vigilance des structures de gestion et l'accompagnement des services publics, les latrines ECOSAN démontrent qu'une solution locale peut contribuer simultanément à la santé, à la dignité et à la résilience des communautés rurales.