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A Naton, les femmes épargnent, entreprennent et militent pour un village plus propre

En créant les VSLA, les femmes de Naton accroissent leur autonomie financière et leur pouvoir décisionnel tout en renforçant les acquis de l’hygiène et de l’assainissement au niveau des ménages

Claude Tarpilga
Ebou Néa, secrétaire du VSLA Yissono de Naton met le tampon sur le carnet d’une des membres du groupe qui vient de cotiser
UNICEF/Burkina Faso/2026/Tarpilga
04 octobre 2026

Tour à tour les femmes se lèvent, s’avancent et tendent leurs carnets en déclarant le nombre de parts à verser. Ebou, assise devant sa table en tiges de bois récupère le carnet, reprend à haute voix le nombre de parts déclaré par la souscriptrice, y applique le nombre de tampons correspondants et le dépose sur la table où trône une caisse bleue en métal.

Ebou Néa est secrétaire de l’Association Villageoise d’Epargne et de Crédit (VSLA ou AVEC) Yissono de Naton dans la commune de Pouni, province du Sanguié, région de Nando. Agée d’une cinquantaine d’années et mère de trois enfants, Ebou assume son rôle avec sérieux et détermination. Elle veille au bon déroulement des réunions, à la tenue des documents et au respect des engagements pris collectivement. Sa capacité d’organisation et son sens des responsabilités lui ont permis de gagner la confiance des membres. « Être secrétaire de VSLA demande beaucoup de rigueur. Il faut être disponible, savoir écouter et surtout être honnête avec les membres », explique-t-elle.

Un membre du VSLA versant sa cotisation
UNICEF/Burkina Faso/2026/Tarpilga Un membre du VSLA versant sa cotisation

Pour elle, le VSLA est bien plus qu’un simple cadre d’épargne. C’est un espace où les femmes peuvent se soutenir mutuellement et trouver les moyens de développer leurs activités. En plus des parts ou actions allant de 500F à 2500F versés chaque semaine, les membres cotisent à un fonds de solidarité interne d’un montant de 100F qui sert de soutien ponctuel aux événements sociaux des familles dont sont issues les membres. « Avant, certaines personnes avaient des difficultés à trouver de l’argent pour démarrer ou renforcer leurs activités. Aujourd’hui, notre groupe compte 27 membres et grâce à l’épargne et aux crédits, plusieurs arrivent à investir et à améliorer leurs conditions de vie », témoigne-t-elle.

En plus de ses responsabilités au sein du VSLA et de son engagement communautaire, Ebou mène ses propres activités génératrices de revenus. Son objectif est clair : contribuer aux dépenses du ménage et assurer à sa famille de meilleures conditions de vie.

Avant d’intégrer le groupe Yissono, Ebou était réduite aux travaux ménagers et n’exerçait aucune activité qui pouvait lui procurer un revenu. En novembre 2025, après maintes hésitations, elle s’engage dans le groupe grâce à sa cousine qui la convainc des avantages du système d’épargne et de crédit promu par l’Association pour la Paix et la Solidarité (APS), une organisation non gouvernementale œuvrant dans le domaine de l’Assainissement total piloté par la communauté (ATPC) avec l’accompagnement de UNICEF dans le cadre du programme ASWA III. « Mon premier crédit était d’un montant de 10000F. J’ai acheté du piment, du poisson sec et d’autres épices pour revendre sur la place du marché.  Dieu merci, ça a marché et je me suis procuré un petit bénéfice et je me suis dite pourquoi ne pas continuer » confie-t-elle.

Ebou Néa au marché du village devant son étal en train de vendre des beignets à un enfant
UNICEF/Burkina Faso/2026/Tarpilga Ebou Néa au marché du village devant son étal en train de vendre des beignets à un enfant

En moins d’un mois Ebou a remboursé le crédit et contracté un autre d’un montant de 25000F pour élargir son petit commerce. Elle se ravitaille en graines de néré pour fabriquer du soumbala, un bouillon local très apprécié qu’elle conditionne dans des sachets pour vendre au marché du village. Très ambitieuse, elle s’essaie à la vente de gâteaux à base de blé et ce fut une réussite. C’était le régal des enfants du village surtout les jours de marché.  Cette deuxième tentative la conforta dans à se lancer dans son petit commerce qui devint au fil du temps une passion pour elle. « Je suis très heureuse et je me sens utile dans mon foyer. Je suis financièrement autonome et je participe aux charges de ma famille sans grande difficulté », dit-elle avec fierté.

Cette volonté de travailler et de multiplier les sources de revenus illustre une réalité vécue par de nombreuses femmes du village de Naton. 
Solange Nébié, veuve de 62 ans pratiquait déjà l’élevage des porcs avant de rallier le groupe d’épargne et de crédit dont elle fait partie. Assurer la nourriture des porcs sur toute la saison n’était pas sans difficulté, le cout des aliments étant en constante augmentation. En décembre 2025 elle intègre le groupe d’épargne et de crédit Relwende et décide de cotiser 5 parts par semaine, une part équivalant à 500F CFA. Au troisième mois, elle contracta un crédit de 50000F qui lui permis d’acheter le sorgho ou mil rouge pour la préparation et la vente du dolo, une bière locale traditionnelle très prisée. « La vente de dolo est très avantageuse. En plus du revenu qu’elle me procure, La drêche que je collecte après la fabrication du dolo sert à nourrir mes porcs, sans compter la levure générée par la cuisson qui est aussi une source de revenu assurée. La calebasse de levure se vend à 3000F sur la place du marché », explique-t-elle.

Solange Nébié mélange de la drêche issue de la cuisson de la bière locale pour nourrir ses porcs
UNICEF/Burkina Faso/2026/Tarpilga Solange Nébié mélange de la drêche issue de la cuisson de la bière locale pour nourrir ses porcs

Bénéwendé Tondé est membre de l’AVEC Sougri Nooma. Mère de trois enfants et très enthousiaste, elle s'investit pleinement dans son activité de tissage. Elle ne regrette pas son choix et affiche sa volonté de réussir.  Grâce à son deuxième crédit d’un montant de 25000F contracté, elle vient de s’approvisionner en fil à tisser pour honorer une commande importante d’une chorale de la ville de Koudougou. « Où trouverai-je l’argent pour exécuter une telle commande ? », s’interroge-t-elle. « L’obtention des prêts auprès de certaines personnes solvables ici dans le village dépendait de leur bon vouloir et il fallait parfois supporter les humeurs et les caprices de ces dernier. Le système d’épargne et de crédit est vraiment le bienvenu pour nous les femmes. Il nous aide énormément et préserve notre dignité » témoigne-t-elle.

Bénéwendé Tondé sur son métier à tisser
UNICEF/Burkina Faso/2026/Tarpilga Bénéwendé Tondé sur son métier à tisser

La dynamique impulsée par les VSLA de Naton s’est aussi inscrite dans le mouvement de valorisation et d'autonomisation des femmes en situation de handicap.  Yvonne Dahourou en est l’illustration parfaite. Mère de deux enfants, vit avec un handicap moteur qui a certes limité sa mobilité, mais pas son courage et sa combativité. Experte en tresse de tout genre, elle arrive à satisfaire ses clientes dans tout type de coiffure, qu’il s'agisse de tresses africaines traditionnelles, de vanilles, de nattes collées ou de box braids. « J’arrive à me débrouiller et je m’en sors bien. Grâce à l’épargne que j’ai pu réaliser dans mon groupe, je pourrais, pour la prochaine rentrée scolaire, prendre un crédit pour l’achat des fournitures de mes enfants » dit Yvonne.

Yvonne Dahourou tressant les cheveux d’une femme sur la place du marché du village
UNICEF/Burkina Faso/2026/Tarpilga Yvonne Dahourou tressant les cheveux d’une femme sur la place du marché du village

Pour Isabelle Sian, superviseure et chargée de suivi VSLA de l’ONG APS, les associations villageoises d'épargne et de crédit constituent une puissance économique locale incontournable. Pensée à l’origine pour inciter les femmes à contribuer au renforcement des acquis de l’ATPC et l’amélioration de l’hygiène et de l’assainissement au niveau des ménages, le VSLA s’est imposé comme un puissant moteur de micro-entrepreneuriat et de réduction de la pauvreté. Cette réalité résulte de l’engouement des femmes qui sont organisées de sorte à dupliquer les groupes en finançant elles-mêmes les équipements. « Naton compte aujourd’hui neuf VSLA entièrement pilotés par des femmes. A ce jour, les épargnes des neuf VSLA ont déjà mobilisé pour ce premier cycle de 9 mois un montant de plus de 10 millions de francs CFA », déclare Isabelle.

Isabelle Sian, superviseure et chargée de suivi VSLA de l’ONG Association pour la Paix et la Solidarité (APS) s’entretenant avec quelques membres des groupes VSLA du village de Naton
UNICEF/Burkina Faso/2026/Tarpilga Isabelle Sian, superviseure et chargée de suivi VSLA de l’ONG Association pour la Paix et la Solidarité (APS) s’entretenant avec quelques membres des groupes VSLA du village de Naton

Dans le cadre du programme ASWA III l’UNICEF a mis en œuvre l’ATPC dans 67 villages de la région du Nando au Burkina Faso. Des 67 villages, 5 dont Naton ont expérimenté avec succès la stratégie novatrice combinant l’ATPC avec la mise en place des groupes d’épargne et de crédit (VSLA) dont les acteurs sont essentiellement des femmes. Ce repositionnement des femmes est très important pour ASWA III dont l’un des axes prioritaires qui est le genre transformatif vise à améliorer les normes sociales sur une base durable pour des services WASH inclusifs et durable.