Sandrine : un nouveau souffle après l’excision
« La souffrance liée aux mutilations génitales féminines n’est plus silencieuse. Avec l’appui des partenaires et des communautés, un accompagnement adapté permet aux victimes de se reconstruire. »
Sandrine (nom d’emprunt) a aujourd’hui 17 ans, et vit à Bilakongo dans la région de Bankui. Elle est née et a grandi dans une communauté où les traditions occupent une place très importante dans la vie des familles.
Comme beaucoup de jeunes filles, elle a été excisée sans en comprendre les raisons. Aujourd’hui, elle trouve le courage de partager son histoire.
« Ce jour-là, je ne savais rien. Je n’étais pas préparée, tout est arrivé brusquement. J’ai été prise par surprise. Ce que j’ai vécu reste gravé en moi comme un moment de grande douleur physique intense, mais surtout une souffrance émotionnelle profonde dans mon cœur », confie-t-elle.
Sa vie n’était plus la même. Elle vivait avec des séquelles, notamment un accolement, qui l’empêchait même de se soulager normalement. Chaque jour était difficile et lui rappelait ce qu’elle avait subi. Mais Sandrine retrouve espoir après cette épreuve silencieuse.
Le début d’un changement
L’UNICEF, en collaboration avec le Ministère de la Famille et de la Solidarité, œuvre à la fourniture de services appropriés aux femmes et filles ayant subi l’excision en plus des activités de prévention.
Issue d’une famille vulnérable, Sandrine voit son avenir prendre un nouveau tournant grâce au projet financé par le Comité suisse de l’UNICEF ; mis en œuvre dans les régions de Bankui et du Sourou.
Le tournant survient lors d’une séance de sensibilisation organisée dans son village par l’ONG Association Songui Manégré / Aide au développement endogène (ASMADE). L’animatrice communautaire, Mme Ouédraogo Alima Noelie, a présenté clairement les conséquences des mutilations génitales féminines. Elle a abordé le sujet à travers des échanges simples, en illustrant son propos des images explicatives. C’est alors que Sandrine a compris ce qui lui était arrivé.
C’est dans ce cadre qu’elle a été orientée vers le Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) de Safané, où elle bénéficie d’une prise en charge adaptée, respectueuse et empreinte de bienveillance.
« Aujourd’hui, je peux dire que j’ai retrouvé ma santé. Je peux enfin me soulager normalement. Je me sens soulagée, libérée d’un poids que je portais en silence », dit Sandrine, reconnaissante.
Des parents transformés, désormais engagés
Zassi, le père de Sandrine, se remémore cette expérience avec beaucoup de regret.
« Par ignorance, nous avons fait exciser notre fille. Nous pensions bien faire, comme cela se faisait depuis des générations. Mais nous avons compris, trop tard, que c’était une grave erreur. »
Face à la souffrance de leur fille, son épouse et lui, ont pris une décision ferme de ne plus jamais exciser aucune de leurs filles. Aujourd’hui, ils sont des acteurs du changement. Ils sensibilisent leur entourage en partageant leur expérience pour éviter que d’autres familles ne la vivent.
Au cœur du changement : l’engagement communautaire
Placée sous le leadership du Ministère de la Famille et de la Solidarité, la mise en œuvre du projet d’accélération de l’élimination des mutilations génitales féminines repose également sur le travail des animateurs et animatrices communautaires. Mme Ouédraogo Alima Noelie, 45 ans, en est un des visages marquants, par son engagement qui ne faiblit pas avec le temps.
Depuis près de 20 ans, elle sillonne les villages de la commune de Safané pour sensibiliser les communautés avec la ferme conviction, qu’« aucune fille ne devrait subir l’excision. »
À travers des outils adaptés comme les boîtes à images, théâtres fora, discussions communautaires, elle aborde les mutilations génitales féminines avec patience et conviction.
Son action lui a déjà permis d’accompagner 15 filles survivantes de MGF et de sauver de nombreuses autres qui étaient menacées. De ce parcours, elle garde en mémoire certaines situations.
« Je pense notamment à une petite fille de trois ans, qui souffre aujourd’hui de graves complications. Elle n’arrive pas à uriner normalement, et elle vit déjà avec une douleur qu’aucun enfant ne devrait connaître. Ces situations renforcent ma détermination à continuer de dire NON à l’excision, NON à la souffrance silencieuse », confie-t-elle.
Cette transformation est rendue possible grâce au financement du Comité suisse de l’UNICEF. Pour être au plus près des communautés, ASMADE a mis en place un dispositif basé sur des acteurs de première ligne : les Techniciens d’Appui Communautaire (TAC). Ils sont déployés dans 12 communes et interviennent dans plus de 149 villages. Cette organisation permet d’être présents, à l’écoute, et proches des bénéficiaires.
« Au début, certaines communautés étaient hésitantes. Mais avec le dialogue et les résultats visibles, la confiance s’est installée. Aujourd’hui, nous constatons une participation active, un engagement réel et une prise de conscience progressive. Ce combat est encore long mais chaque témoignage, chaque fille accompagnée, chaque famille sensibilisée est une victoire », dit Bognini Boulalou est coordonnateur terrain du projet.
L’histoire de Sandrine prouve que les MGF constituent une réalité encore présente surtout en milieu rural mais aussi le pouvoir du changement que nous pouvons opérer avec nos interventions. Grâce à l’information, à l’accompagnement et à l’engagement communautaire, le silence autour des mutilations génitales féminines commence à se briser et des vies sont sauvées.
L’UNICEF Burkina Faso remercie le Comité suisse pour son soutien pour la protection et l’épanouissement des filles, notamment dans la lutte contre les mutilations génitales féminines.