L’UNICEF lance un appel de fonds à finalité humanitaire
Click to close the emergency alert banner.

De la maltraitance à la résilience : le parcours de Bintou vers la réintégration

Déplacée interne, Bintou, 10 ans, a traversé l’abandon et la maltraitance avant de retrouver un cadre plus protecteur et reprendre le chemin de l’école.

Syntyche Ouedraogo
Bintou Salouka, aime apprendre ses leçons depuis son retour à l’école
APAD/2026/Lamice
16 janvier 2026

« Je suis contente d’être chez ma tante. Je m’habille bien, je mange bien et je pars à l’école », dit Bintou.

Déplacée interne à la suite de la crise qui a frappé son village dans la région du Bankui, Bintou, s’est installée avec sa famille à Solenzo. C’est dans ce contexte de déplacements forcés et de profonds bouleversements familiaux que ses parents se sont séparés et qu’elle s’est retrouvée à vivre avec son père. Cette rupture marque le début d’une période d’instabilité qui va affecter son parcours.

À seulement 10 ans, la petite fille vit une succession de ruptures. A la séparation de ses parents, sa mère l’a laissée derrière elle. Confiée à une tante, Bintou y subit des violences répétées. 

« Je ne mangeais pas, on me frappait tous les jours et mon dos est plein de cicatrices », explique-t-elle.

Victime d’abus insupportables, Bintou a souvent changé de tutrice et de gardienne au sein de sa famille maternelle, jusqu’au jour où elle a décidé de fuir pour rejoindre Tata Alimata, la grande sœur de sa mère. Dans ce nouvel environnement, l’adolescente trouve enfin un cadre plus protecteur, essentiel à son bien-être et à sa reconstruction.

Le soutien psychosocial change la vie de Bintou

Ce changement de cadre familial a été déterminant. Bintou se sent désormais en sécurité et retrouve progressivement un sentiment de stabilité. Mais au-delà de la protection immédiate, l’un des enjeux majeurs restait l’éducation. Comme de nombreux enfants séparés ou maltraités, Bintou risquait encore de perdre une année, après déjà deux années consécutives qu’elle n’a pas étudié en raison des multiples déplacements.

Grâce à l’intervention de All for Peace and Dignity (APAD), partenaire de mise en œuvre de l’UNICEF dans le cadre du projet « Prévenir le recrutement et soutenir la réintégration des enfants touchés par les conflits en Afrique occidentale et centrale » financé par les Etats Unis dans la région du Bankui (Boucle du Mouhoun), Bintou a bénéficié d'un accompagnement pour sa réinsertion scolaire ainsi que d'un kit de protection comprenant des vêtements, des chaussures, des brosses à dents, du dentifrice, une couverture, etc. Cet appui lui a permis de reprendre sereinement le chemin de l’école.

Aujourd’hui en classe de CP2, Bintou se projette à nouveau vers l’avenir. Elle aime les calculs, fait ses devoirs, s’est fait des amies et, pendant la récréation, elle écrit. Son rêve est clair. 

« Je veux devenir infirmière pour sauver des vies », dit-elle.

Grâce à sa participation aux échanges dans les Espaces Sûrs, Alimata Kouanda, la tante qui a accueilli Bintou à un moment clé de son parcours, a pu sauver sa nièce. Elle pense que l’éducation est essentielle pour l’enfant. 

« Ce qui me plait aujourd’hui, c’est que l’enfant puisse continuer ses études et devenir une bonne personne dans l’avenir », dit-elle.

Bintou Salouka est plus épanuie auprès de sa tante, Kouanda Alimata
APAD/2026/Lamice Bintou Salouka est plus épanuie auprès de sa tante, Kouanda Alimata

Maintenir le cap face aux obstacles

« Bintou est plus épanouie, plus propre, elle socialise avec les autres enfants et apprend régulièrement ses leçons », souligne Bonkoungou Lamice, gestionnaire de cas à APAD. 

Mais elle rappelle que la réinsertion est un processus fragile. 

« Après avoir vécu des déplacements forcés, de l’abandon et diverses formes de violence, l’enfant présentait un risque important d’abandon scolaire. Depuis sa prise en charge, des améliorations notables ont été observées dans son comportement et sa participation. Toutefois, il reste essentiel de maintenir un accompagnement régulier afin de prévenir toute rechute et de soutenir durablement sa stabilité et sa réussite scolaire », affirme-t-elle.

La réinsertion des enfants se heurte souvent à des défis complexes. Les délais liés aux programmes de réhabilitation des enfants prolongent parfois la séparation familiale et augmentent les risques de vulnérabilité.

Lamice Bonkoungou, gestionnaire de cas à APAD, discusse avec Bintou Salouka
APAD/2026/Lamice Lamice Bonkoungou, gestionnaire de cas à APAD, discusse avec Bintou Salouka

Face à ces contraintes, l’UNICEF a maintenu l’accès des enfants aux centres de transit et aux structures de prise en charge, assurant un suivi continu, un accompagnement psychosocial et une gestion de cas adaptée.

L’expérience de Bintou montre que si le soutien psychosocial constitue une base essentielle, il doit être renforcé par des liens solides avec l’éducation, des moyens de subsistance et des initiatives structurées de réconciliation communautaire. Ces éléments sont indispensables pour restaurer la confiance et favoriser une inclusion sociale durable.