Le chef Saidou Kaboré a bouté le mariage d'enfants hors de sa communauté
Au Burkina Faso, en 6 ans, le taux de mariage d’enfants a chuté de 51,3 % à 38,2 % chez les femmes mariées avant l’âge de 18 ans, et de 8,9% à 7,8% chez les femmes mariées avant l’âge de 15 ans.
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« Si nous avions trois ou quatre jeunes femmes du village dans la fonction publique, notre village serait plus développé. Les femmes se soucieraient de notre bien-être plus que les hommes. C’est ma vision du développement des filles », dit avec conviction Saidou Noom Kaboré, chef communautaire à Bagma, à une vingtaine de kilomètres au sud de la capitale burkinabè, Ouagadougou.
L'homme de 65 ans a toujours œuvré pour que les filles de son village aillent le plus loin possible dans leurs études. Depuis plusieurs années, il s'est résolument engagé à mettre fin au mariage des enfants, un fléau qui pourrait lui coûter l'excellence.
Chef Kaboré en croisade contre le mariage d'enfants
Dès qu'il en a l'occasion, le charismatique chef communautaire rassemble hommes, femmes, garçons et filles sous l'arbre à palabres au milieu du village pour discuter de l'éducation des filles qu'il oppose aisément au mariage d'enfants.
« Mon souhait est que nos filles réussissent à exceller car la réussite de la fille, d’une femme profite à toute sa communauté. C’est pourquoi de nos jours aucune fille en âge d’aller à l’école ne reste à la maison. Nous les accompagnons du mieux qu’on peut après leur inscription à l’école », dit Kaboré, debout au milieu du cercle.
Devant un public tenu en haleine, Chef Kaboré explique comment protéger les filles jusqu'à l’âge de 18 et même au-delà afin que celles-ci réussissent un mariage de bonheur.
« Une fille ne doit pas être donnée en mariage de manière précoce, encore moins de force. Même si elle a l’âge de se marier, elle ne doit pas être donnée en mariage contre son gré. Les filles sont parfois obligées d’épouser des vieux. Il faut laisser la jeune fille choisir son époux. Ainsi, son mariage sera rempli d’amour et de bonheur », justifie-t-il.
Au Burkina Faso, l'effort du gouvernement, de la société civile, des communautés et des leaders communautaires comme Kabore, ont porté leurs fruits. De 2015 à 2021, la proportion de femmes âgées de 20 à 24 ans mariées avant leurs 18 ans a chuté de 51,3 % à 38,2 % et celle des femmes âgées de 20 à 24 ans qui se sont mariées avant l’âge de 15 ans, a baissé de 8,9% à 7,8%.
Chef Kaboré est accompagné par l'ONG Voix Des Femmes, grâce au fonds du Programme mondial UNFPA-UNICEF visant à mettre fin au mariage d'enfants. Le programme a été lancé en 2016 dans 12 des pays où la prévalence du mariage d’enfants est la plus élevée, dont le Burkina Faso. Il défend le droit des adolescentes de ne pas se marier et de ne pas tomber enceintes, tout en leur permettant de réaliser leurs rêves grâce à l’éducation et par d’autres voies
Dans le village du Chef Kaboré, tous, filles comme garçons, comprennent les risques du mariage d'enfants et les conséquences qui en découlent. Veronique Nikiema, une fille de 14 ans, tient à ses études, car pour elle, se marier avant d'atteindre la majorité, c'est hypothéquer son avenir.
« A mon avis, le mariage précoce a de nombreuses conséquences négatives. Tu ne peux pas faire de longues études. A cet âge, tu n’es pas en mesure de porter une grossesse, ni de bien t’occuper de toi-même, ou d’un bébé. Tu ne pourras plus obtenir un diplôme qui te permettra d’avoir un bon emploi », explique-t-elle.
Le succès de Chef Kaboré est reconnu hors du Burkina Faso
Saidou Noom Kaboré a sauvé de nombreuses filles du mariage d'enfants, et son succès retentit au-delà des frontières du Burkina Faso. En 2019, Nafissa Ouedraogo a fui la Côte d'Ivoire voisine pour se réfugier à Bagma pour échapper au mariage d’enfants, sachant que Chef Kaboré, qui est aussi son oncle, la protégerait.
« J’avais 14 ans quand on m’a présenté à un homme de 42 ans qui avait déjà deux femmes. J’ai refusé ses avances. Mes parents ont donc décidé de me marier de force à cet homme qu’ils avaient choisi », relate Nafissa, aujourd'hui âgée de 19 ans.
Quand les parents de Nafissa sont allés au village pour la ramener en Côte d'Ivoire, Kaboré leur a fait entendre raison. Plus tard, l'homme qui a tenté d'épouser Nafissa a été poursuivi pour détournement de mineure, et incarcéré.
Le message de Kaboré est entendu et assimilé par les membres de la communauté, et relayé par les jeunes du village. Pour Thomas Kaboré, un jeune homme de 30 ans, grâce à la sensibilisation personne n'acceptera de donner sa fille en mariage précoce ou forcé.
« Certaines de nos tantes et grandes sœurs ont fui le mariage forcé. Elles ne parlent plus avec leur famille et ne sont plus jamais revenues. Elles auront des enfants qui ne connaitront pas leur famille maternelle », se plaint-il.
Avec l'appui de l'UNICEF, Nafissa Ouedraogo a suivi des formations et a lancé son propre business, fort couru par les jeunes filles du village.
« L’ONG Voix Des Femmes m’a aidé à me lancer dans la saponification. Je produisais et vendais du savon liquide. Je ne faisais pas d’énormes bénéfices. Alors, j’ai laissé tomber et j’ai appris à faire du tatouage avec du henné », dit-elle.
Fort des succès glanés, Saidou Kaboré poursuivra sa lutte contre le mariage d'enfants. Il veut que les filles de Bagma terminent leurs études supérieures, aient des diplômes universitaires et contribuent à bâtir le Burkina Faso de demain.