Rattraper les enfants non scolarisés en modélisant des écoles coraniques au Burkina Faso
Modélisation des écoles coraniques au Burkina Faso
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Il est 9 heures du matin. Les élèves de l'école coranique de Bagagnan Yacouba située au secteur 13 de Ouahigouya viennent de reprendre les cours il y a à peine une heure.
Ramata Diallo, craie en main, fait des allers-retours entre les deux poutres en bois qui soutiennent le hangar en paille sous lequel les élèves sont assis. "Qui sait épeler le mot "charrette" ?". A peine a-t-elle terminé sa phrase que des mains se lèvent pour contester la réponse.
Il y a deux ans, personne n'aurait imaginé une animatrice qui, de surcroît, est une femme administrant un cours de français dans une école coranique dont la mission principale est d'apprendre le Coran en arabe. Pourtant, à l'instar de l'école coranique de Yacouba, d'autres écoles coraniques de la ville de Ouahigouya, en plus de l'apprentissage du Coran en arabe enseignent le français et bien d'autres modules aux enfants.
Selon M. Seni Sanfo, coordinateur du projet et travaillant pour l'Association d'Aide aux Enfants et aux Familles Démunies (ADEFAD), un partenaire d'exécution de l'UNICEF, il s'agit d'un programme d'éducation accélérée adapté aux écoles coraniques afin de permettre aux enfants non scolarisés d'intégrer le cycle scolaire normal. "C'est une question d'équité", a-t-il déclaré.
En effet, grâce à l'appui de l'UNICEF, une stratégie de scolarisation accélérée a été mise en place avec le ministère en charge de l'éducation nationale dans la région du Nord pour intégrer les enfants non scolarisés dans le système scolaire, qui n'ont pas la chance d'aller à l'école et qui sont les cibles privilégiées de recrutement des groupes armés non étatiques qui sont présents dans la région.
Nourou Sanfo Abdoul a 12 ans. Originaire de Kongoussi, il a été placé par son père chez Yacouba Bagagna, un maître coranique vivant dans le secteur 13. "J'apprends à lire le Coran. On nous apprend aussi le français et le mooré, la langue locale. Je suis en deuxième année dans ce foyer et je passe l'examen du Certificat d'études primaires cette année", dit-il fièrement.
Nourou est heureux d'être dans cette école où il apprend à lire le Coran avec ses camarades. Comme Nourou, la plupart de ses camarades viennent d'autres régions comme Koungoussi, Kaya, et même Ouagadougou. "Cela fait 23 ans que j'enseigne le Coran aux enfants", dit Yacouba, le maître coranique. Mais quand je vois aujourd'hui mes élèves écrire leur propre nom en français ou tenir une conversation, cela me rend fier et heureux. Nous devons faire connaître Dieu à travers l'enseignement du Coran mais nous devons aussi donner à nos enfants les compétences nécessaires pour faire face à notre société en pleine mutation" confie-t-il.
L'école coranique compte un effectif de 29 élèves âgés de 10 à 16 ans. Tous les enfants sont sous sa responsabilité. Il y a deux ans, Yacouba a décidé de faire du jardinage non seulement pour occuper les enfants mais surtout pour faire face aux charges de son école. La mendicité pour lui est certes une source de revenus pour subvenir aux besoins des enfants mais il ne l'encourage pas car selon lui, cette pratique n'est prévue nulle part dans les textes religieux.
Ensuite, dès 7 heures du matin, les jeunes vont au jardin pour travailler puis se retrouvent à 10 heures pour les cours de l'école classique avant de commencer l'apprentissage du Coran à 13 heures après le déjeuner.
Ramata, l'institutrice, a été recrutée par l'ADEFAD. Elle est en charge d'un programme de 3 classes pendant un an. L'alphabétisation en langue mooré, le programme du cours préparatoire qui concentre les programmes de la première, deuxième et troisième année et le programme de la quatrième, cinquième et sixième année pour ceux qui sont en deuxième année d'inscription.
Cette année, Ramata a la chance de diriger sa première cohorte pour l'examen du certificat d'études primaires. Elle est confiante mais reste néanmoins réaliste car il s'agit de sa première tentative.
Pour le directeur provincial en charge de l'éducation nationale, la stratégie est un succès. Les cours classiques dispensés dans les écoles coraniques permettent non seulement de renforcer les compétences de vie courante des apprenants mais aussi de contrôler les contenus qui y sont enseignés. En outre, l'éducation à la paix et l'instruction civique et morale qui sont des modules enseignés dans les écoles coraniques contribuent également à la culture de la paix, à la tolérance et à la cohésion sociale chez les apprenants.
En ce qui concerne le contexte sécuritaire, l'amélioration des écoles co du gouvernement raniques doit être intégrée dans une vision de réduction des crises sociales. Grâce au fonds de consolidation de la paix, l'UNICEF soutient les initiativesà travers la formation de 500 apprenants (talibés) dans 20 écoles coraniques de la région Nord (provinces du Yatenga et du Loroum), dont 30% de filles formées selon les curricula de la stratégie de scolarisation accélérée.